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On en sait plus sur la personnalité de celui qui a tué un cuisinier à Monaco

Dans l'attente du rapport d'autopsie pratiquée sur le cuisinier italien poignardé à mort dans le restaurant du Portier, de premiers témoignages dépeignent un assassin « taciturne » et instable

Thomas MICHEL Publié le 04/03/2017 à 17:45, mis à jour le 04/03/2017 à 18:54
La police scientifique avait œuvré des heures sur la scène de crime le 24 février. Michael Alesi

Trente ans. Italiens. Partageant une même passion pour la cuisine. Voilà pour les seuls points communs entre Alfio Fallica et Ricard Nika. Ce dernier, toujours détenu à Imperia après avoir avoué le meurtre de son collègue, est en effet présenté comme un personnage énigmatique, « taciturne ». Au contraire d'Alfio, sa victime, qualifié de « volubile ». Deux personnalités incompatibles ?

Les enquêteurs ont en tout cas la certitude, d'après les premiers témoignages, qu'une dispute avait éclaté entre les deux cuisiniers le mois dernier. Pourquoi ? L'enquête de personnalité débutée ces derniers jours tentera de l'établir.

« C'était un bon ouvrier »

Auteur de propos « confus » après s'être livré à la police italienne le soir même du meurtre, à Bordighera, Ricard Nika se serait depuis prostrée dans le mutisme selon les médias italiens. Rien de surprenant selon d'anciens collègues de travail, qui présentent l'homme comme un taiseux capable de coups de sang lorsque poussé dans ses retranchements.

Italien d'origine albanaise, Ricard Nika n'en était pas à sa première expérience à Monaco. Après un passage dans les cuisines d'une plage de la Principauté, il effectue une saison dans un établissement du port Hercule à l'été 2016, laissant derrière lui un souvenir mitigé. Celui d'un jeune homme professionnel mais torturé, selon l'un de ses plus proches collègues.

 

« On s'appréciait. C'était un cuisinier professionnel et passionné. Un bon ouvrier qui n'hésitait pas à rester après la fermeture pour réaliser des desserts et les proposer au chef qui les validait. »

Volontaire, Ricard apparaît toutefois peu enclin à la critique à cette époque. « Quand le chef lui faisait une réflexion, il se renfermait sur lui. J'ai commencé à détecter quelques problèmes psychologiques après une dispute avec un cuisinier italien. »

Toujours d'après ce témoin direct, le cuisinier italien nourrissait une rancœur envers Ricard, regrettant qu'un de ses amis n'occupe pas sa place en cuisine. Si l'opposition en restera au stade de « l'agression verbale », Ricard n'aurait pas apprécié d'être « dénigré ».

« Ricard a tapé du poing sur la table et m'a dit : "ça va mal se passer". J'ai appelé le chef et je lui ai dit qu'il fallait qu'il intervienne sinon l'autre cuisinier allait recevoir une dérouillée… » Car sous son tablier, le discret Ricard en impose. « Ce n'était pas un gars agressif et il fallait vraiment le chercher pour qu'il réponde… mais il était assez costaud ! »

« Il avait été suivi par un psychiatre »

La cohabitation se poursuit tant bien que mal jusqu'à ce que Ricard Nika mette les voiles de son propre chef à la fin de la saison. Apparemment déçu de ses attributions : « Il disait qu'il n'avait pas assez de travail à son goût ».

En cette fin d'année, l'un des cuisiniers du Pulcinella décide justement de rejoindre une autre enseigne monégasque. Ricard prend le relais. Entre-temps, celui « qui ne discutait pas trop car il était toujours concentré » se confie par bribes. « Il m'a dit qu'il avait déjà fait un burn-out et qu'il avait été suivi par un psychiatre. »

 

En dehors du boulot, Ricard « aime les filles », « sort » et revendique une dernière relation de « deux ou trois ans ». Pas de vie de famille, au contraire de sa victime, Alfio Fallica. Un Sicilien d'origine, « passionné de foot », qui s'était marié en juin 2016 à Menton et dont l'épouse travaille dans le milieu hospitalier à Nice. Domicilié à l'adresse de sa belle-famille près de la gare centrale de Menton, le cuisinier venait, d'après un proche, de rendre les clés d'un studio en bord de mer, à la frontière de Roquebrune. En vue, une maison pour asseoir une vie familiale…

Vidéosurveillance dans l'établissement

Des environnements et personnalités actuellement étudiés par les enquêteurs des deux côtés de la frontière. Les autorités monégasques se sont d'ores et déjà procuré les auditions. Reste à les traduire en intégralité. « Il n'y a aucune difficulté dans la coopération et aucune inquiétude pour la suite », se félicitait hier le procureur général adjoint de Monaco, Hervé Poinot, confirmant qu'une autopsie avait été pratiquée mercredi 1er mars et que le rapport serait confié à un magistrat instructeur de Monaco.

Autopsie confirmant que « plusieurs coups de couteau » ont été portés, « comme on le pressentait en voyant le corps sur les lieux ». En suspens, la nature du, ou des, coups fatals. Savoir, aussi, si la blessure au bras arborée par Ricard Nika lors de son arrestation était « défensive ou offensive ».

Le procureur adjoint a également confirmé que le Pulcinella disposait d'un système de vidéosurveillance en salle. « Positionnées à des endroits stratégiques et classiques dans un restaurant », ces caméras ne couvraient en revanche pas la cave. Sous-sol où le drame se serait joué. Elles ont permis, toutefois, de retracer la chronologie des faits et immortaliser les arrivées et départs des protagonistes.

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