Rubriques




Se connecter à

Le concierge profitait de l'absence de la propriétaire pour utiliser l'appartement et rouler en Bentley

Le gardien d’une résidence de Monaco avait profité de l’absence d’une propriétaire pour héberger une adolescente dans l’appartement et utiliser la Bentley pour ses déplacements.

JEAN-MARIE FIORUCCI Publié le 29/12/2021 à 07:30, mis à jour le 28/12/2021 à 18:36
L’homme était en poste dans la résidence depuis 12 ans. Il a profité de l’absence d’une propriétaire aisée en décembre 2020. Photo archives Jean-François Ottonello

Balzac, en son temps, aurait dénombré dans sa « Comédie humaine » ce personnage : un concierge apparemment redoutable d’après les faits et rarement bienveillant.

Triste rapprochement pour le prévenu. Il a vu son destin basculer après sa comparution devant le tribunal correctionnel pour abus de confiance avec six mois derrière les barreaux.

La raison? Employé comme gardien en poste dans une résidence depuis douze ans, il avait fomenté en décembre 2020 un plan périlleux pendant l’absence d’une propriétaire aisée.

"Quelques trajets dans Monaco et une fois à Menton"

Afin d’héberger une adolescente à la dérive et frimer avec une Bentley, il transgressait les règles de convenances de sa profession. Une plainte suivait pour une faute relativement facile. Surtout quand on est dépositaire des clés des occupants aux fins d’éventuelles interventions dans les appartements en cas d’imprévus.

 

Le concierge avait même les trousseaux pour déplacer la luxueuse limousine comme la Ferrari aux fins d’entretien. Mais la plaignante avait pris soin de photographier avec son portable les compteurs kilométriques des deux véhicules avant son départ.

Or, les indications étaient différentes sur la Bentley à son retour. Concernant le squat de son logement, le désordre constaté avait alerté la propriétaire.

"L’enquête policière minutieuse vous a mis en cause, annonce la présidente Françoise Barbier-Chassaing (*) au prévenu. Au cours d’une soirée, vous aviez laissé les clés à une jeune fille pour passer la nuit. La voiture avait roulé…"

A la barre, le concierge tempère. "Je n’ai jamais effectué un millier de kilomètres, au prix du carburant et la consommation de la Bentley. Juste quelques trajets dans Monaco et une fois à Menton…"

Papiers de bondons et mégots dans la voiture

La partie civile, représentée par Me Alice Pastor, fait un rappel des faits et reproche à l’intéressé son comportement détestable. Jusqu’à brouiller les pistes pendant l’enquête afin d’orienter les inspecteurs vers des collègues. Ou les insultes envoyées par SMS à la victime…

"Quelle outrecuidance ! Pas un mot d’excuse pour la violation de domicile, relate l’avocate. Quand cette dame est retournée de voyage le 9 janvier, elle était stupéfaite de constater le grand désordre qui régnait dans son appartement. Puis de retrouver des papiers de bonbons et des mégots dans sa voiture."

 

Et de relever: "Le gardien s’est comporté comme un monarque absolu. Ma cliente était venue en Principauté pour être tranquille. Depuis cette histoire, elle a peur. Le concierge a été licencié. Cette anxiété est chiffrée à 10.000€ de préjudice".

"Une mafia nouvelle formule"

Outre les détournements reprochés des véhicule et domicile, le premier substitut Cyrielle Colle insiste sur une sécurité menacée. "La confiance dans le personnel doit être absolue. Or, ce lien a été totalement bafoué. De voir son intimité violée, cela peut effectivement choquer!"

Ses réquisitions sont ponctuées d’une parabole: "Quel est ce bon samaritain qui a rompu une garantie importante? Il mérite quatre mois ferme pour ce dérapage."

Après trois semaines de délibération, le tribunal a été sans pitié pour "une mafia nouvelle formule". Le prévenu, absent quand la décision a été rendue, a été condamné à six mois de prison ferme plus mandat d’arrêt.


*Assesseurs : M. Florestan Bellinzona et Mme Françoise Dornier

"Il n’a pu rouler 1.000 km en un mois"

Si la défense ne va pas tourner autour du pot, Me Christophe Ballerio aurait aimé un peu plus de justesse de l’autre côté de la barre.

"On a chargé mon client ! Pourquoi décrire un chaos complet en évoquant une scène de cambriolage quand cette dame est rentrée dans son appartement ? Jusqu’à l’accuser de faire porter le chapeau à des collègues de travail, et j’en passe. C’est faux ! Cet homme, dès la première audition, a reconnu les faits. Il n’a pas pu rouler pendant 1.000 km en un mois.

Certes, l’occupation de l’appartement est une erreur… Une bêtise par pure commodité organisationnelle, car mon client vit dans un studio de 30 m². Mais il n’y a eu aucun vol, aucun enrichissement.

Licencié, mis à la retraite anticipée avec 1.400.€ mensuels, il a déjà commencé à payer! Faite preuve de clémence. Enfin, il faut justifier le préjudice de 10.000€. Moral peut-être! Mais économiquement, il n’y a aucune évaluation."

L’avocat fera-t-il appel de la décision ?

Offre numérique MM+

...

commentaires

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.