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"Jusqu'à 15 hommes par jour", le terrible témoignage d'une ado kidnappée à Lyon et livrée à la prostitution à Nice

Mis à jour le 15/01/2021 à 07:25 Publié le 15/01/2021 à 05:39
Séquestrée près de l’aéroport et livrée à des hommes de 18 à 60 ans.

Séquestrée près de l’aéroport et livrée à des hommes de 18 à 60 ans. Photo Claude Ardid

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"Jusqu'à 15 hommes par jour", le terrible témoignage d'une ado kidnappée à Lyon et livrée à la prostitution à Nice

Elle avait tout juste quinze ans lorsqu’au printemps 2019, elle a été séquestrée à Nice pour être livrée à des hommes de 18 à 60 ans. Sauvée par une voisine après toute une semaine de calvaire.

C’était le tarif. 180 euros avec préservatif. 200 "nature", comme elle dit. Soit un supplément de vingt euros pour une vie en danger. Un client a même payé 1.500 euros pour passer toute une nuit avec cette ado.

Chez lui. Où l’ont accompagnée ses ravisseurs, un jeune homme d’une vingtaine d’années et sa compagne, alors âgée de 16 ans. Lui comparaissait ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Nice. Seul, sa complice présumée étant toujours mineure.

Sarah (prénom d’emprunt) n’a jamais vu la couleur de l’argent, elle qui croyait se faire "des millions". Sans imaginer un instant, si l’on croit ses propos, qu’en suivant ce jeune couple, elle se laissait piéger dans l’engrenage de la prostitution. Voici comment…

Vénissieux, près de Lyon. Un samedi. "En rentrant chez moi après avoir quitté mon petit copain, j’ai entendu quelqu’un me siffler. Je me suis retournée, c’était une fille. Ce qui m’a intriguée." 

"Tu veux discuter?", lui demande l’inconnue. Pourquoi pas, pense Sarah. "Elle m’a expliqué que, si je voulais, je pouvais me faire de l’argent facilement. Et m’a proposé de la suivre dans un hôtel du quartier." 

Sur place, trois jeunes femmes et un homme, surnommé "le magicien" parce qu’il faisait des films, sans autre précision. "Je ne comprenais pas de quoi il s’agissait. J’avais en tête les paquets de billets que l’on me montrait. Et la garde-robe que je pourrais m’acheter. Bientôt, je serais comme les stars." 

Ce soir-là, Sarah est rentrée tranquillement. Pour préparer un petit sac de voyage, un rendez-vous étant fixé dès le lendemain. Elle n’a rien dit à ses parents.

"J’étais coincée"

"Le lendemain, le couple m’a fait monter dans sa voiture. J’ai dû donner la puce de mon téléphone, prendre de l’ecstasy et fumer des pétards. Je me suis réveillée à Nice." 

Le début du cauchemar. "Un appartement, près de l’aéroport. Mes photos sur un site d’escorts. Et tout de suite, un premier garçon allongé sur moi. J’ai dû coucher avec lui."

Des dizaines d’autres ont suivi. Parfois, quinze par jour. "Le couple montait reprendre l’argent. J’étais enfermée. Il était trop tard. J’étais coincée." 

Quelques coups. Des griffures. Et des salissures. "Si les clients payaient pour un rapport sans préservatif, je devais dire oui", dit Sarah qui a contracté une maladie sexuellement transmissible.

Pas le sida, mais ce n’est que pure chance. Aucun de ces hommes n’aurait été recherché. Il leur était facile de deviner que leur proie était jeune, très jeune. 1,60 m, 45 kg, voix fluette et visage enfantin.

Le 6 juin 2019, une voisine, surprenant ses pleurs, a donné l’alerte. Sarah, impressionnée par l’arrivée de la police et effrayée par la réaction prévisible de ses ravisseurs, a tenté de prendre la fuite. À moitié dénudée.

"Je n’ai pas su la protéger", se désole aujourd’hui sa mère, une aide-soignante qui, pendant de longues journées, est restée sans nouvelles. "Quand ma fille est revenue, elle était méconnaissable. Des cernes sous les yeux. Une odeur d’urine. Elle s’est automutilée. Refusait de s’alimenter. Toujours en colère, au bord de la crise de nerfs. Moi aussi, j’en ai bavé. Au début, chaque nuit, en fermant les yeux, je voyais des hommes défiler." 

Un an et demi après sa descente aux enfers, la petite est comme anesthésiée. Mais s’en veut. Elle a hésité à venir témoigner. Ne sait pas très bien pourquoi elle l’a fait.

Entourée de ses parents, elle peut aussi compter sur son avocate, Me Gwladys Varinard, du barreau de Lyon, et sur le soutien de l’association Enfance et partage.

Le prévenu encourt une peine maximale de dix ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende.

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