Une montre Cartier à 6 600€ restituée ! Le préjudice causé par un Malaisien dans les négoces de la Principauté dans la journée du 22 décembre dernier n'aura aucune incidence pour le commerce local grâce à la vigilance des policiers. Car ce mécanicien de vingt-cinq ans, rouage d'une fraude bien plus vaste entre Londres, Genève et Bruxelles, a été aussitôt interpellé. À l'issue de sa comparution, menotté, devant le tribunal correctionnel, il a été condamné à trois mois de prison ferme.
Pourtant, le prévenu ne s'est pas privé d'écumer les magasins de luxe du Carré d'or de Monte-Carlo. Mais les nombreuses tentatives de règlement par cartes bancaires ont majoritairement échoué et les commerçants ont vite alerté la Sûreté publique. Munis de son signalement, les policiers l'arrêtent et s'aperçoivent qu'il détient un nombre impressionnant de cartes bancaires falsifiées : cinquantaine cinq au total !
Le président Jérôme Fougeras-Lavergnolle l'interroge sur ce type d'escroquerie dont la contagion semble se répandre rapidement par le biais des réseaux mafieux. « Chez moi, je dois une grosse somme à cause de mon addiction au jeu d'argent : plus de 60 000 $. Alors, un ami m'a proposé de rembourser cette dette en allant en Europe pour faire des transactions frauduleuses. On m'a remis une enveloppe avec les cartes et un téléphone pour recevoir les instructions à chaque lieu où je devais intervenir… »
Le président essaie d'en savoir plus. Mais le prévenu a peur de parler. « C'est un réseau et on ne m'a donné aucun nom pour les contacter. Si je ne leur obéis pas, ils s'en prendront à ma famille… »
À son tour, le procureur Cyrielle Colle incite les commerçants à redoubler de vigilance et détaille les opérations entreprises par cet homme qui loge au Novotel, à Nice : une montre à 26 000€, deux sacs Céline à 1 250€ chacun, deux autres montres, etc. « Toutes ces tentatives d'achat ont échoué. Le prévenu revient plusieurs fois dans les boutiques et explique que les transactions ne passent pas à cause des plafonds bancaires… Il s'agit de groupes établis en Asie qui envoient de petites mains pour escroquer. Deux jours auparavant, un autre Malaisien avait employé le même procédé… Alors, a-t-il agi sous la contrainte ? Lui seul le sait. Il faut envoyer un message fort : huit mois d'emprisonnement ferme. »
« Dans ce dossier, mon client reconnaît sa responsabilité personnelle, estime Me Xavier-Alexandre Boyer pour la défense. Il n'a rien d'un professionnel et il fait plutôt office de lampiste, de pion, dans une escroquerie organisée à grande échelle. Car il va accepter par naïveté. Une fois la montre restituée, il n'y a pas de préjudice pour la maison Cartier. Huit mois, c'est disproportionné. Quant aux chefs mafieux, ils se moquent de ces messages. Faite preuve de clémence ! »
Le tribunal accédera en partie aux demandes du plaideur. Ce sera trois mois de prison ferme.
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