"Ils ont vraiment saisi 45.000 euros?": reportage au 222 route de Turin, l'un des supermarchés de la drogue démantelés à Nice

La police a démantelé cette semaine deux "drive-in" de la came dans la capitale azuréenne. On est allé "visiter" l'une des deux cités.

Grégory Leclerc (gleclerc@nicematin.fr) Publié le 03/07/2021 à 15:06, mis à jour le 03/07/2021 à 14:22
reportage
Dans l'entrée du 222 route de Turin, des tags hostiles à la police et des menaces de mort pour ceux qui parleraient. Photo C. D.

"Ils ont vraiment saisi 45.000 euros? C’est énorme, énorme, énorme." Samedi matin, devant le 222 route de Turin: nous venons de croiser un locataire. Ce retraité, qui vit modestement depuis une vingtaine d’années dans cette cité baptisée "Les loggias du Paillon", est sous le choc.

Il a toujours travaillé, gagné sou après sou. Alors imaginez, 45.000 euros entre les mains de gamins de 18 ans… Il n’en revient pas.

Juste derrière nous, une inscription peinturlurée en rouge sur un mur extérieur indique: "Ici c’est la rue, la vraie."

Les fauteuils des guetteurs sont là, à chaque angle d’immeuble de ce micro quartier en cul-de-sac. Ils sont inoccupés à cette heure. Mais notre présence est vite remarquée. Un jeune tourne, observe nos allées et venues, téléphone en main.

"C'est très difficile ici, ça fait 19 ans qu’on habite la résidence", commente le retraité. Sa femme, à ses côtés, abonde: "Nous n’avons jamais eu de soucis avec les jeunes, ils n’embêtent pas les riverains. Mais quand je rentre du travail, que toute la soirée j’entends les cris, "Ara" pour prévenir qu’il y a des policiers, les hurlements dans les cages d’escalier… Comment voulez-vous que j’arrive à me reposer?"

 

"Même les médiateurs ont peur ici"

Elle voudrait que Côte d’Azur Habitat mette un gardien en permanence. "Quelqu’un qui sache s’imposer dans une cité. Même les médiateurs ont peur ici."

La résidence "Les loggias du Paillon", au 222 route de Turin. Les dealers avaient créé un péage à l'entrée. Photo C. D. .

Sur les bâtiments, le nombre "222" est tagué partout. Comme un sigle de ralliement. L’ensemble d’immeubles de huit étages maximum, construit au pied d’une falaise rocheuse du quartier Bon-Voyage, parsemé de pins, a dû ressembler à quelque chose à sa construction en 1991.

Mais il est aujourd’hui dans un état lamentable. "Les municipaux, arrêté (sic) de faire les fou (re sic), vous allez le regretter": voilà le tag qui attend les visiteurs qui pénètrent par l’unique entrée piétonne.

Un autre met clairement en garde: "Attention au balance (sic), la mooort!!!". Un message clair à qui voudrait s’aviserait de parler.

 

D’ailleurs, le couple que nous interviewons jette un œil inquiet aux allées et venues. "Ne restez pas là, ils vont arriver", préviennent-ils avant de poursuivre leur route avec empressement. Le "222" a régulièrement fait l’objet d’une guerre de territoires dans le trafic de stups qui gangrène le quartier.

En 2017, l’interpellation d’un go fast sur l’A8, chargé de 163 kg de cannabis, avait permis de démanteler un gros réseau. Les convoyeurs avaient fait des "Loggias du Paillon" leur point de rendez-vous.

Terrorisme, trafic de voitures, stupéfiants: la vie de cette cité enclavée est rythmée par les descentes de police depuis des dizaines d’années.

"Quand on n’a pas la chance de vivre ailleurs, qu’on rentre tous les jours du travail dans des halls occupés par les dealers, c’est un enfer, déplore Vincent Leblond, adjoint au directeur de la Sûreté départementale. C’est pourquoi nous sommes plus que jamais lancés dans une action résolue, déterminée, pour améliorer le quotidien de ces populations."

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