"Il y a un véritable péril maritime", un voilier échoué à Villefranche-sur-Mer menace la rade

Ses amarres ont lâché en octobre. Depuis, il gît à quelques encablures du rivage. La nuit dernière sa coque s’est disloquée. Mais l’enlèvement de ce bateau fantôme est un casse-tête administratif.

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Eric galliano Publié le 23/11/2022 à 16:50, mis à jour le 23/11/2022 à 16:21
Le voilier lors de son échouage. (DR)

Sous un pâle soleil d’automne, tout au bout de la rade de Villefranche-sur-Mer, dans la baie de Grasseuil, des ouvriers finissent d’enduire le mur d’enceinte de la villa "Cansoun del Mare"...

Tout en jetant de temps en temps un coup d’œil inquiet vers le large.

Il y a quelques années, un ingénieur russe ayant fait fortune s’est offert cette propriété les pieds dans l’eau pour la bagatelle de 50 millions d’euros. Une somme coquette qui ne comprenait pas les travaux de mise en conformité exigés par les services de l’État. Le précédent propriétaire avait en effet pris quelques libertés avec le domaine public maritime.

Menace de pollution

Depuis, le petit port privé qu’il s’était aménagé a été détruit et les murs d’enceinte ont été rebâtis. Mais voilà qu’un vaisseau fantôme menace aujourd’hui de les éventrer...

Début octobre, un voilier est venu s’échouer à quelques mètres de la villa. Le bateau de plus de dix mètres dont les amarres avaient rompu lors d’un précédent coup de mer s’est littéralement disloqué dans la nuit de ce mardi à mercredi. Sa coque est désormais brisée en deux. Des débris et une pellicule de carburant flottent au-dessus des champs de posidonies.

 

Au gré des coups de tabacs, ce voilier échoué menace de polluer la rade. Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut au plus vite l’en débarrasser. "Il y a un véritable péril maritime", martèle le maire de Villefranche-sur-Mer Christophe Trojani. Mais l’opération relève du casse-tête à la fois technique et administratif.

"C’est à l’État d’intervenir!"

Le voilier s’est disloqué dans la nuit de mardi à mercredi. (Photos DR)

" Ce bateau s’est échoué sur le domaine public maritime, explique l’édile villefranchois. S’il s’était échoué sur la plage, son enlèvement aurait incombé à la commune. Là, c’est l’État qui doit intervenir. Nous avons alerté ses services dès le lendemain de l’échouage mais il semblerait que l’État n’a pas les sous pour procéder à l’opération", déplore le maire.

L’enlèvement aurait été estimé à 50.000 euros par l’entreprise TP Spada. Le propriétaire de la villa voisine "s’est même proposé de contribuer financièrement", assure son mandataire. Si ce n’est que l’administration doit avant toute chose se retourner contre le propriétaire du bateau. Or, personne ne semble savoir de qui il s’agit.

Ce voilier échoué est un véritable vaisseau fantôme.

Pas de propriétaire mais une procédure de déchéance de propriété

"Il n’y a pas d’obligation d’assurer un bateau. Et souvent, lorsqu’un propriétaire veut s’en débarrasser, il lui suffit de le donner. Nous avons ainsi un SDF qui est propriétaire de quatre bateaux à Villefranche", révèle Christophe Tojani. Le maire est " impatient" que l’État le débarrasse enfin de cette épave.

 

De son côté, la préfecture explique avoir lancé "une procédure administrative accélérée en vue d’aboutir rapidement à la déchéance de propriété, préalable à son enlèvement et sa destruction par un chantier agréé".

Condition préalable, mais peut-être pas suffisante. La préfecture précise aussi que "de par sa taille, le déséchouage de ce navire" s’avère être "une opération complexe et onéreuse qui fait actuellement l’objet de discussions entre service de l’État et les communes riveraines". Il semblerait que personne n’ait envie de payer la facture.

Il faut dire que la coque de ce voilier fantôme est en fibrociment. Elle pèse donc plusieurs tonnes. "Il faudra donc sans doute se résoudre à le découper sur place", prévient un expert qui a participé il y a quelques jours à une opération de nettoyage aux abords de l’épave. Les fonds ont été débarrassés du matériel embarqué qui avait fini par couler, mais le bateau lui est toujours là.

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