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Il profitait de la faiblesse d’une nonagénaire pour lui soutirer de l'argent

Un ambulancier ingénieux avait soutiré beaucoup d’argent à une patiente en multipliant ses demandes au cours des transports médicalisés. Il a été condamné à un an de prison avec sursis.

Marie Cardona Publié le 03/01/2022 à 14:00, mis à jour le 04/01/2022 à 20:58
Le tribunal correctionnel a condamné l'ambulancier à un an de prison avec sursis. Photo Sébastien Botella

Un ambulancier, plutôt préoccupé par sa propre santé financière, a comparu devant le tribunal correctionnel.

Au cours des trois derniers trimestres de 2019, il avait profité d’une dame âgée de 90 ans, à la fois vulnérable et un peu trop crédule, pour lui soutirer de l’argent.

Beaucoup d’argent. Ingénieux en intentions diverses, capable du pire, ce personnage de 39 ans avait perçu dès les premiers transports médicalisés de la patiente, l’importance de son patrimoine immobilier.

A la manière d’un prédateur, il lui demandait de lui prêter 70.000 euros, à taux préférentiel, afin de financer la création d’une société pour son épouse.

 

Un penchant pour les jeux d’argent ?

Si la transaction était respectée, en revanche le débiteur ne s’acquittait pas de sa dette. Mieux, l’emprise du chauffeur sanitaire se resserrait. Avec des prétextes quasi contraignants pour réclamer plus encore.

Comme un investissement monétaire (60.000 euros), un projet ambitieux (100.000 euros), la compensation d’un chèque annulé par un virement de 35.000 euros, etc. Jusqu’à la découverte du passif bancaire dénoncé par la nièce de la victime.

D’autant que les "difficultés financières" avaient accéléré le déclin mental de la nonagénaire. La longue enquête était résumée à l’audience par le président Jérôme Fougeras Lavergnolle.

"La perquisition à votre domicile, rapporte le magistrat, a mis en lumière un document daté du 23 avril 2019. Une clause du contrat de prêt stipulait qu’en cas de décès de cette dame, vous étiez désengagé de toute reconnaissance de dette. D’autre part, vous aviez utilisé sa carte bancaire pour faire 1 100 euros de courses. Ce besoin d’argent, se rapportait-il à votre passion du jeu et à l’obligation d’alimenter en permanence votre compte courant ? Pourquoi cachiez-vous vos pratiques à votre épouse?"

Le prévenu ne peut pas nier les faits. Il reconnaît même avoir été maladroit et l’adoption de mauvaises méthodes.

 

L’expertise, résumée par le président, accentue la responsabilité de l’ambulancier "manipulateur, avec des tendances à dominante narcissique, à imposer son autorité, à masquer ses défauts et erreurs, à ne pas supporter d’échecs".

Autant de points importants pour la partie civile, représentée par Me Christophe Sosso. "Cela doit vous interroger comme la vulnérabilité de la personne âgée. Car elle n’a aucun souvenir des opérations litigieuses, vu son état de santé. Quelle absence de bon sens dans cette relation entre une nonagénaire et un individu de 37 ans à l’époque ? Pris dans une spirale, condamnez-le à rembourser l’argent et à réparer les préjudices causés."

Le mode opératoire surprend également le substitut Emmanuelle Carniello. "J’ai cru participer à une remise de décoration d’après les fonctions nobles et services rendus par l’ambulancier. A aucun moment j’ai entendu des regrets sur ces dérives d’un comportement inapproprié envers une femme à la santé mentale dégradée. Monsieur l’ignorait-il ? Comment, en dix minutes de trajet, aurait-il pu se procurer 70.000 euros ! Prononcez une peine de six mois assortis du sursis, liberté d’épreuve et obligation de rembourser."

Le tribunal forcera la sanction avec un an avec sursis, liberté d’épreuve pendant deux ans, obligation d’indemniser la partie civile et verser 11.100 euros pour les préjudices subis.

Pour Me Régis Bergonzi, l’accusation cherche à en remettre une couche.

"Ne fermez pas les yeux sur ce dossier. A quel moment cette dame âgée apparaît inapte à gérer ses affaires ? Entendue à la Sûreté publique, elle est parfaitement maîtresse d’elle-même pour s’occuper de sa situation patrimoniale.

Oui ! Cette femme d’affaires a investi toute sa vie. Au mois de mai, cette ancienne cadre de banque est en pleine forme. Les experts ne la présentent pas comme une personne condamnée.

La signature suspecte? Nullement, c’est bien celle de la dame concernée. Les 35.000 euros virés compensent un chèque rejeté: opération identique.

Concernant les retraits bancaires de 1.100 euros, il n’y a aucune preuve! Le prêt de 70.000 euros? Le remboursement est concret avec un intérêt à hauteur de 5%.

D’ailleurs, quand on contracte un crédit, on fait de l’argent ce que l’on veut. Il y a bien absence d’intention dans ce dossier où acteur et témoin ne disent que du bien. Je sollicite la relaxe de ce père de famille.

Quant aux sommes réclamées par la partie civile, elles ne sont liées à aucun préjudice direct."

Offre numérique MM+

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