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"Il m’a clairement dit qu’il allait m’achever": la jeune femme poignardée par son compagnon à Monaco témoigne

Après avoir été poignardée à vingt reprises ce dimanche matin, la jeune Monégasque de 24 ans raconte sa matinée auprès de son compagnon qui "voulait [la tuer]". La fin de près de trois années de descente aux enfers.

Joëlle Deviras Publié le 22/04/2022 à 20:00, mis à jour le 22/04/2022 à 21:45
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La jeune femme est actuellement hospitalisée au Centre hospitalier Princesse Grace de Monaco, dans un service sous surveillance permanente. Photo J.D.

Elle a vécu plus de deux ans chez lui ; privée des clés de l’appartement conjugal, ayant été obligée, par son compagnon, à abandonner son emploi, la privant de couverture sociale.

Et en ce dimanche de Pâques, il lui a planté la lame de huit centimètres d’un couteau à vingt reprises dans le corps, la menaçant de l’étouffer avec un coussin pour l’"achever".

Les faits, qui se sont déroulés ce dimanche matin à Monaco et qui ont conduit à l’incarcération de l’auteur présumé (en France en attendant son extradition), font actuellement l’objet d’une enquête pour "tentative d’homicide volontaire", selon le parquet général de Monaco.

Hospitalisée au Centre hospitalier Princesse-Grace

La version racontée par Fanny* est glaçante.

Aujourd’hui, si elle est en vie, de l’avis de tous, "c’est un miracle". Elle a des blessures sur la cuisse droite, le genou gauche, l’abdomen, le dos, les bras, le cou, les mains.

 

Et c’est du bout des doigts qu’elle caresse les peluches que ses amis et sa famille lui ont apportées, au Centre hospitalier Princesse-Grace (CHPG), comme pour donner un peu de réconfort.

Fanny, Monégasque de 24 ans, est hospitalisée dans l’Unité de surveillance continue de chirurgie.

"La fin d'un cauchemar"

"Elle a eu une chance absolument inimaginable, explique son père à son chevet. Elle a fait preuve d’une intelligence et d’un courage éblouissants. Je retrouve la fille que j’ai perdue durant trois ans. C’est la fin d’un cauchemar."

Aujourd’hui, si Fanny veut témoigner, c’est "pour aider d’autres gens, pour dire à d’autres femmes qui se trouvent en situation de dépendance et qui liront peut-être [son] histoire qu’il faut partir de l’emprise de l’autre avant de risquer le pire".

La victime explique avec détail et précision ce qu’elle a vécu, "durant trois heures, juste parce qu’ [elle] avait décidé de quitter [son] copain ".

 

L’histoire avait pourtant bien commencé. Tous deux Monégasques, ils se sont rencontrés en 2019 au Jardin exotique de Monaco. Elle avait 20 ans. Il en avait dix de plus et la "rassurait par son expérience". Elle avait un contrat d’été comme employée de caisse et lui était embauché à la sécurité du Jardin exotique.

"Il a visé plusieurs fois mon cœur"

"Je me suis fait agresser par mon copain dans mon sommeil. Il m’a d’abord fallu prendre conscience de la gravité de la situation. J’ai senti que j’avais deux blessures importantes : l’une au rein, l’autre au poumon. J’ai tout de suite compris que je ne pouvais pas me défendre physiquement. J’ai réussi à me déplacer jusque dans la chambre du fils de mon copain. L’enfant était chez sa mère. J’ai réussi à me caler sur le dos pour comprimer les plaies et éviter de perdre trop de sang."

Fanny pense-t-elle avoir été victime d’un coup de folie ?

"Il voulait me tuer et savait très bien ce qu’il faisait. Il a visé plusieurs fois mon cœur et j’ai bloqué la lame avec mes mains ; c’est pour cela qu’elles sont autant abîmées. Je n’avais quasiment plus de mains. Il m’a clairement dit qu’il allait m’achever et disait avoir décidé de se donner ensuite la mort. "

"En fait, il avait peur des conséquences de ses actes. J’ai donc essayé de le convaincre que rien n’était grave, que mes plaies étaient superficielles, qu’on allait se marier, avoir des enfants,... J’ai parlé, j’ai parlé, j’ai parlé..."

Elle a compressé ses plaies pendant 3 heures

Et quand on a peine à imaginer l’aplomb de la jeune femme, Fanny rétorque qu’elle a appris les bonnes techniques de persuasion, passionnée de séries du type Esprits criminels. "Ça m’a sauvé la vie."

Durant plusieurs heures, elle fait montre d’une volonté et d’une maîtrise de la situation exceptionnelle. La situation était particulièrement insupportable pour la jeune femme quand son compagnon communiquait avec ses parents. "Il leur envoyait des messages écrits en déverrouillant le téléphone portable avec l’option “Face ID” pour expliquer que je ne pouvais pas venir bruncher avec eux comme prévu. Il se faisait passer pour moi. C’était très difficile car je voyais mes parents appeler, mais je ne pouvais pas décrocher."

 

L’interminable matinée a trouvé une fin quand le compagnon de Fanny s’est souvenu qu’il devait aller chercher son fils. "Il a alors appelé son père. Et j’ai réussi à ce qu’il me le passe. J’ai réussi à dire à son père qu’il fallait qu’il vienne, que c’était grave. Lui est venu de Sospel et a aussitôt appelé les pompiers."

Durant trois longues heures, Fanny se sentait comme anesthésiée. Mais la douleur se faisait parfois ressentir par spasmes. "Mon corps se contractait alors et le sang jaillissait. Je prenais sur moi pour minimiser la situation."

"Une résilience phénoménale"

Dans sa chambre d’hôpital sécurisée, elle se sent protégée. Et parvient malgré tout à dormir. Psychologiquement, elle affirme que "ça va".

Auprès d’elle, le docteur Philippe Brunner, alerté dimanche midi en urgence, est impressionné par le sang-froid de la jeune femme. Il vient lui rendre visite plusieurs fois par jour pour s’assurer de son état de santé. Le chef du service de radiologie interventionnelle du CHPG est intervenu dès que possible sur le rein "tranché en deux". Il souligne "la résilience phénoménale" de la jeune femme.

Fanny affirme que, dans le passé, son compagnon l’a déjà "étranglée" et "frappée". Selon elle, son ex-compagnon "a cogité toute la nuit sur l’agression parce qu’il a échangé par SMS avec des copines à [elle] jusqu’à deux heures du matin, en se faisant passer pour [elle]". L’éventuelle préméditation est un élément déterminant pour l’enquête en cours et pour les juges le moment venu.

"Je n’avais jamais vu le couteau avec lequel il m’a agressé. Ça ressemblait à un cran d’arrêt."

 

Ni amour,
ni haine

Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer durant près de trois ans pour aboutir à pareil drame ?

"Je crois que j’étais avec quelqu’un de malade. Je ne lui en veux même pas. J’étais sous emprise. Je me sens libérée aujourd’hui." Fanny affirme ne plus rien ressentir pour son compagnon : ni amour, ni haine.

Pourtant, cet homme, elle l’a aimé de façon inconditionnelle, et lui a "trouvé toutes les excuses" pour que leur couple perdure. Avec cette effroyable expérience, elle fait un bond dans le temps.

"Tu te rends compte que tu vois des amis que tu n’as pas vus depuis trois ans", lance son père.

Ses parents ont tout fait pour sortir leur fille de l’emprise de son compagnon. "Il y a d’abord eu une phase d’opposition. Puis nous avons choisi la réconciliation le plus possible. Ces derniers temps, elle travaillait chez nous et avait retrouvé un peu de vie sociale. Son compagnon, lui, la considérait comme un objet."


* Le prénom a été modifié.

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