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Braquage de Cartier : le récit des témoins L’arme du crime : un pistolet fabriqué pour l’armée yougoslave

Mis à jour le 13/12/2019 à 10:14 Publié le 13/12/2019 à 10:13
« Et s’il avait une arme ? Que me serait-il arrivé ? », s’interroge le conducteur d’un véhicule que les braqueurs, dans leur fuite, voulaient s’approprier.

« Et s’il avait une arme ? Que me serait-il arrivé ? », s’interroge le conducteur d’un véhicule que les braqueurs, dans leur fuite, voulaient s’approprier. archives M.A.

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Braquage de Cartier : le récit des témoins L’arme du crime : un pistolet fabriqué pour l’armée yougoslave

Deux des quatre malfaiteurs, dans leur fuite, ont arrêté des automobilistes pour tenter de s’emparer de leur véhicule. Les victimes ont témoigné, hier, devant le tribunal criminel

La peur des armes était, hier, au cœur de la deuxième journée du procès de deux des quatre braqueurs présumés de la bijouterie Cartier, perpétré le 25 mars 2017 (les deux autres seront jugés prochainement par la cour d’assises des Alpes-Maritimes). Le législateur a bien prévu un cadre restreint à leur utilisation. Mais quel pouvoir d’interdiction possible quand le pistolet, utilisé pour le braquage, provient d’un trafic alimenté par les arsenaux de la guerre des Balkans à l’époque ?

Outre le personnel de la bijouterie, combien de témoins ont tremblé une fois le canon pointé sur leur poitrine ? Plusieurs personnes sont venues, hier, certifier à la présidente Françoise Carracha (*) leur crainte d’entendre le bruit caractéristique de la gâchette tirée par l’index.

« J’étais paralysé et je tremblais »

Parmi ces plaignants, un analyste de marché pour les matières premières, d’origine britannique. Il roulait avec sa Land Rover sur la voie rapide pour atteindre le rond-point du Portier. Devant lui, une voiture s’arrête. Deux hommes sortent du véhicule et essaient d’ouvrir sa porte en tapant sur sa vitre. « J’ai compris qu’ils voulaient prendre ma voiture Je ne pouvais pas partir ! J’avais mon chien sur le siège arrière. J’ai actionné le système de verrouillage et j’ai fait une marche arrière instantanément. L’un d’eux était grand et mince. L’autre portait un chapeau. Ils étaient peut-être armés. À cet instant, la voiture qui me précédait a pris feu. La situation, les flammes, la détermination de ces individus m’ont choqué. J’étais stressé. J’étais comme paralysé et je tremblais. C’est mon esprit ou mon instinct de survie qui a pris le dessus et je me suis enfui… »

« Il m’a demandé de dégager du SUV »

Un responsable de chantier rejoint la barre. Il dirigeait les travaux à l’Hôtel de Paris. « Quand je suis arrivé à l’entrée du tunnel Louis-II, j’ai été surpris par deux personnages à l’allure assez désinvolte. Ils m’ont hurlé l’ordre de descendre de mon SUV car ils avaient des policiers aux fesses. » Une brève description suit : « Le premier était jeune et bien habillé. Le second devait avoir le même âge avec des cheveux longs. Ce dernier a réussi à pénétrer dans l’habitacle et il a mis aussitôt sa main sur la clé de contact. Il m’a demandé de dégager. J’ai vite compris les raisons. Je l’ai retenu jusqu’à ce qu’il lâche prise… Il n’y a pas eu véritablement des violences. Mais j’étais énervé. Et s’il avait une arme ? Que me serait-il arrivé ? »

« J’avais peur qu’il sorte une arme »

Une femme ukrainienne n’a pas fait le déplacement en Principauté pour apporter son témoignage. C’est par courrier qu’elle a raconté sa peur. « Nous étions dans ma Porsche avec ma mère quand de la fumée blanche est sortie du tunnel du boulevard Louis-II. Deux individus couraient vers nous. Je croyais qu’ils cherchaient assistance. Comme ma mère avait le bras dehors, ils ont essayé de la tirer hors de la voiture. Heureusement, elle avait mis sa ceinture de sécurité. L’autre est venu de mon côté. Comme j’ai vite refermé la vitre, tous les deux ont compris que nous n’avions pas l’intention de nous laisser faire. J’avais surtout peur qu’il sorte une arme… »

Pour tous ces témoins, même avec le temps, on ne saurait guérir de la peur. La mémoire conserve ce choc indélébile. Un traitement ? Il n’y a pas de véritable médecin de la peur. Le premier substitut Cyrielle Colle, comme les avocats de la partie civile, Mes Cédric Porteron (Nice) et Clyde Billaud, ou de la défense, Mes Marie Seguin (Nice) et Thomas Brezzo, ont bien eu des mots compatissants. Aucune parole a de l’effet. On vit avec cette peur irraisonnée, presque imprécise. Mais humaine.

« Attention, il a un flingue ! » Le message est vite passé parmi les sept employés braqués dans la bijouterie Cartier. Mais le tribunal criminel voulait en savoir plus sur l’origine de l’arme qui a servi à tenir le personnel en respect. Un expert balistique a fait la dissection de cet objet à ranger plutôt du côté des collections… Presque un collector ! Il s’agit d’un pistolet semi-automatique relativement ancien, d’origine belge. Il a été fabriqué en 1922 pour équiper l’armée de Yougoslavie.

« Il est certainement venu en France pendant le conflit des Balkans, informe l’expert. Il a été également utilisé par la police allemande pendant la guerre, puis en France de 1945 à 1970. C’est un gros calibre, très dangereux. On peut tirer coup par coup. Il est muni d’une sûreté : un petit arrêtoir bloque la culasse. Il est classé dans les armes de catégorie B qui circulent dans les circuits parallèles. »

Ce pistolet n’est pas fiché mais il est identifiable. Les numéros n’ont pas été limés. Il n’a pas grande valeur marchande. On le trouve à 180 e l’unité dans les filières clandestines. Le prix peut toutefois subir l’influence de l’offre et la demande. Quoi qu’il en soit, c’est un modèle courant. Il n’a rien d’exceptionnel.

« Quant à la dangerosité, souligne le professionnel, elle dépend de la partie de l’anatomie visée. A la tête, c’est la mort inéluctable. Dans la cuisse, c’est une grosse blessure. Côté poids, le pistolet se situe dans les 700 grammes. Avec la guerre des Balkans et les vols dans les arsenaux, il est le fleuron des filières d’approvisionnement pour les trafiquants. »

Enfin, il est déconseillé de garder toute arme chambrée. C’est un gain de temps, surtout propice aux accidents. Car à part le tireur, il est impossible de savoir si elle est chargée ou non.

Les dernières phrases de l’expert étaient consacrées aux « armes Canada Dry. Quand vous êtes en face d’un tel objet, de loin il est impossible de savoir s’il est factice ou bien réel ».

Si Walid Bekkada, l’un des deux braqueurs jugé depuis mercredi à Monaco, est entré dans l’église anglicane, sur l’avenue de Grande-Bretagne, ce n’est ni pour prier ni pour implorer la protection divine à l’issue du vol de 127 bijoux chez le joaillier Cartier. Il a surtout préféré ce lieu de culte pour se faire oublier quelques instants. La cachette idéale pour attendre que l’orage policier passe…

Il voulait aussi changer d’apparence vestimentaire. Et en ces temps de giboulées, il fait froid. Se vêtir d’habits sacerdotaux n’aurait guère été approprié.

Voyant et inadapté. Le fuyard, curieusement, a choisi un accoutrement de Père Noël. Si le rouge et le blanc désignent une appartenance patriotique en Principauté, la veste de celui qui apporte des cadeaux aux enfants a tôt fait de démasquer le malfaiteur en ce jour de mars 2017.

« C’est normal que cette personne ait attiré notre attention dès que nous l’avons aperçue dans la rue », raconte un policier à la barre. Très vite, l’agent a fait le rapprochement avec les signalements des auteurs du casse diffusés sur la fréquence radio de la police.

De toutes les façons, l’intégralité des bijoux a été récupérée. La hotte était inutile…

Les pièces à conviction.
Les pièces à conviction. J.-M.F.

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