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Biot : C'est criminel ! Ils l'ont tuée !

La famille Delaup accuse. Elle a déposé plainte contre X pour homicide involontaire. Leur grand-mère a péri noyée, dans sa maison de retraite, lors des inondations d'octobre

Grégory Leclerc Publié le 04/03/2016 à 05:13, mis à jour le 04/03/2016 à 05:13
Sandrine et Denis Delaup devant la fenêtre de la chambre où a péri Jacqueline Colombiet, ici fêtant ses 91 ans.
Sandrine et Denis Delaup devant la fenêtre de la chambre où a péri Jacqueline Colombiet, ici fêtant ses 91 ans. Franz Chavaroche et DR

Sandrine Delaup n'était pas encore retournée au « Clos Saint-Grégoire ». La nuit du 3 au 4 octobre, il y a cinq mois, sa grand-mère a péri noyée, lors des terribles inondations qui ont emporté 20 vies au total. Pas dehors, dans une voiture ou un parking. Mais dans la chambre de sa maison de retraite de Biot.

C'est la première fois, hier, que sa petite-fille retournait sur les lieux avec son mari. Juste devant la fenêtre de la pièce où Jacqueline Colombiet, 91 ans, s'est retrouvée piégée par les flots, au fond du rez-de-chaussée du Clos Saint-Grégoire. Comme deux autres résidents.

« C'est impensable ...» Sandrine peine à soutenir le regard. La maison de retraite est fermée depuis. Rouillent à l'extérieur des lits médicalisés, désormais inutiles. « Le pire, c'est que ma grand-mère avait une peur panique de l'eau, même de simples gouttes. Sa pire crainte était de mourir noyée, elle nous l'avait dit.»

 

Comment décrire la détresse de Sandrine et Denis Delaup ? Ils ont déposé plainte récemment contre X pour homicide involontaire. Leur action, et plusieurs autres, ont convaincu le parquet de Grasse d'ouvrir une information judiciaire sur les inondations de Biot (notre édition d'hier).

Denis et Sandrine Delaup ont accepté de témoigner. Ils veulent LA vérité. Comprendre l'inimaginable. A savoir comment leur grand-mère a pu mourir noyée au rez-de-chaussée d'une résidence dont tout le monde savait qu'elle était en zone inondable ?

Le soir du 3 octobre, eux aussi ont été pris au piège par les flots, dans leur villa. « Quand l'eau est montée d'un coup, c'était la panique. Les filles pleuraient, la petite disait qu'on allait mourir. »

Leur belle demeure du chemin de La Brague a été submergée par 1,70 m d'eau. Denis a dû se ruer au rez-de-chaussée pour sauver Andrea, dix ans.

 

« C'était surréaliste »

« Une vague l'a balayée et projetée dans le fond de la cheminée à l'autre bout de la pièce. Tout flottait quand je l'ai sortie de l'eau. » Depuis Andrea pleure chaque jour. Sa sœur, Victoria, 16 ans, reste très marquée.

La famille a perdu tous ses biens, ainsi que le matériel et véhicules d'entreprise qu'abritait un hangar. Le couple ne se verse plus de salaire depuis cinq mois, afin de pouvoir honorer celui de ses salariés. « L'assurance GAN Amourette de Cannes a été formidable » , insiste Denis, demandant qu'on leur rende cet hommage.

Mais au matin du 4 octobre, d'un calvaire matériel, ils allaient basculer dans l'horreur froide. A deux heures, après une longue coupure de réseau, le portable de Sandrine sonne.

En pleine nuit, sans électricité, tous sont réfugiés au premier étage, paniqués. « C'était le directeur régional du groupe Orpea, qui gère la maison de retraite, raconte Sandrine. Il m'a annoncé la mort de ma grand-mère, emportée par la vague.Cela devenait surréaliste, un cauchemar. »

 

Ils avaient placé leur grand-mère dans cette maison de retraite en novembre 2014. « On était heureux. Elle se retrouvait tout près de chez nous. » Sandrine reste digne, emplie d'une colère blanche. « Je n'ai eu aucune nouvelle du groupe depuis, mis à part un bouquet de fleurs à l'enterrement. Pas d'explications, rien. »

Pour elle les responsabilités sont claires. « C'est criminel, ils l'ont tuée ! Orpea était consciente qu'elle louait des chambres à 3000 euros par mois dans un lieu à risques. »

« Parfaitement aux normes »

Sandrine voudrait comprendre pourquoi, alors que l'alerte orange avait été déclenchée dès le matin par Météo France, la direction n'a pas pris la décision de monter les résidents du rez-de-chaussée au premier étage, avant la nuit.

Le couple n'avait appris le risque d'inondabilité de la maison de retraite qu'au mois d'avril précédent le drame. « J'étais inquiet car elle était impotente, explique Denis. Mais ils m'ont répondu, rassurants, qu'en cas d'alerte orange, ils avaient pour obligation de monter les résidents à l'étage. »

Contacté hier à plusieurs reprises, le groupe Orpea a refusé de nous répondre au téléphone. Par mail, il indiquait hier soir que l'établissement « était parfaitement aux normes » (lire ci-contre). Rappelant que le déclenchement « d'éventuelles alarmes » n'a été réalisé « qu'une fois le drame intervenu ».

 

Comme l'indiquait hier dans nos éditions le maire de Biot, Ghislaine Debras, les sirènes n'ont pas fonctionné ce soir-là. « Si elles nous avaient prévenus trois heures avant comme en 2011, j'aurais immédiatement appelé la maison de retraite », enrage Sandrine Delaup. Le couple met également en cause l'entretien des vallons dans la commune.

Depuis ce drame, la famille Delaup vit un cauchemar éveillé. Et ne sait pas si elle se réveillera un jour.

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