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VIDÉO. Remarques, insultes, regards insistants, sifflements... Comment réagir face au harcèlement de rue?

Mis à jour le 16/09/2020 à 18:10 Publié le 16/09/2020 à 18:09
Le harcèlement de rue se traduit par un comportement insistant qui va à l’encontre du consentement de la victime (regard insistant, attouchements, insultes, commentaires déplacés…).

Le harcèlement de rue se traduit par un comportement insistant qui va à l’encontre du consentement de la victime (regard insistant, attouchements, insultes, commentaires déplacés…). Photo Dylan Meiffret

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VIDÉO. Remarques, insultes, regards insistants, sifflements... Comment réagir face au harcèlement de rue?

Le harcèlement de rue est le quotidien de beaucoup de femmes en France. Comment réagir lorsqu'on y est confronté? Et que faire pour l'endiguer?

"Oh mademoiselle! T'aurais pas un numéro? Eh sa***, tu réponds pas quand on te parle?!"

Tristement familier, n'est-ce pas? 

Ce genre de situation a déjà été expérimenté par huit femmes sur dix en France, d'après une enquête réalisée en 2018 par Ifop.

Victimes de harcèlement de rue, elles sont des dizaines à avoir répondu à un appel à témoignages lancé sur les sites du groupe Nice-Matin. 

"J'ai peur de marcher seule dans la rue"

"Je vis ça quotidiennement", déplore Juliette, 28 ans, coordinatrice dans une association à Nice. "La dernière fois, en allant à un rendez-vous professionnel, je me suis fait siffler en passant par la place Garibaldi. Une voiture m'a laissé traverser à un passage piéton et m'a suivie en me demandant si je voulais monter."

"Tous les jours, j'ai le droit à des regards, des sifflements, des interpellations,...", insiste-t-elle. 

"J'ai peur de marcher seule dans la journée", confie Maryline, réceptionniste en hôtellerie de 26 ans à Toulon. "Souvent, je demande à mon conjoint de me récupérer à l'arrêt de bus alors qu'il n'est qu'à 50 mètres de la maison..."

"Ma plus grande crainte est de passer au tabac et de subir les regards insistants des hommes assis en terrasse. J’appelle mon conjoint pour qu’il soit au téléphone avec moi et s'il ne peut pas répondre, je mets mes écouteurs et j'écoute de la musique pour ne pas entendre les éventuelles remarques. La nuit, je ne sors jamais seule, j’en ai une frayeur."

La sidération psychique, ou la paralysie face au danger

Maryline a vécu un événement traumatisant il y a deux ans, devant son lieu de travail. "Un homme a surgi de nulle part et m'a violemment attrapé les fesses, très fort, avec ses deux mains. Ensuite, il est parti en courant. Ça a été très rapide."

"Je suis restée sans voix, comme pétrifiée. J'ai voulu courir, le rattraper, mais mon corps en était incapable. Je suis restée comme ça quelques minutes."

Maryline était en état de sidération psychique: "un mécanisme psychologique et neurobiologique de sauvegarde" qui "se met en place lors d’un traumatisme", explique le Dr Jérôme Palazzolo, psychiatre-psychothérapeute à Nice. 

"Dans le cas spécifique d’une agression, c’est le "non-sens" de la violence subie, son caractère impensable, qui est responsable de cette effraction psychique", c'est-à-dire que "nous ne comprenons plus ce qui nous arrive, nous n’avons plus d’accès à la parole et à la pensée, c’est le vide".

"Le cerveau ne sait plus à quoi il doit comparer ce qu’il perçoit, il ne comprend plus rien, c’est la panique. Il ne reste plus qu’un état de stress extrême. Le cerveau déclenche alors un court-circuit pour protéger, à court terme, notre corps."

Pour résumer ça plus simplement, "cette sidération peut être représentée par l’attitude du lapin qui voit deux phares foncer sur lui: il aurait dix fois le temps de fuir, mais il va rester là, apeuré, sans bouger".

Plus d'un tiers des 38 femmes ayant répondu à notre appel à témoignages ont affirmé avoir déjà subi cet état de paralysie qui les ont empêché de réagir face à du harcèlement de rue. 

De l'ignorance...

 

Lorsque Maryline est sortie de cet état de sidération psychique, elle en a tout de suite parlé à une de ses collègues, qui lui a répondu: "On est à Toulon, c'est comme ça". 

"J'ai vraiment eu l'impression qu'ils banalisaient mon agression. J'ai quand même décidé d'appeler la police, parce que je me disais qu'avec les caméras de surveillance, on pouvait retrouver l'homme. Mais la policière que j'ai eu au bout du fil m'a dit que ce n'était pas vraiment une agression sexuelle et que déposer plainte n'aboutirait à rien... Alors je ne l'ai pas fait. Ils m'ont donné l'impression que c'était à moi de m'adapter à ces comportements-là."

"J'en ai marre de devoir vivre avec ça, réagit Juliette. Je ne dois pas moi, en tant que femme, ou même si j'étais un homme ou une personne trans, me dire que je ne peux pas marcher librement dans la rue, pour rentrer chez moi. Ce n'est pas normal! S'il m'arrive quelque chose, ce ne sera pas de ma faute."

Face au harcèlement de rue, la Niçoise préfère répondre, rentrer dans le jeu. "Je ne sais pas si c'est la solution. Quand on me dit "t'as un bon cul", je me retourne et je lui réponds que le sien n'est pas mal non plus. La personne reste bête. Des fois, je prends le temps de discuter. De lui demander s'il aimerait qu'on se comporte d'une telle façon avec ses proches. Ça amène à la discussion. Des fois, je laisse passer parce que je ne sais pas comment réagir."

"On conseille souvent aux personnes qui se retrouvent dans des situations de harcèlement de rue d’utiliser l’ignorance comme réponse, indique Chloé Oubaiche, cofondatrice et coresponsable de l'antenne antiboise de l'association Stop Harcèlement de Rue, créée fin 2019.

"Cependant, les harceleurs peuvent se sentir agacés face à l’indifférence de la victime et c’est à ce moment-là que cette dernière doit se rapprocher d’autres personnes afin de dissuader le harceleur de continuer. Répondre à un harceleur dans la rue peut très vite être dangereux."

Même si ça demande beaucoup de courage, même si sur le moment ça semble trop dur, l'association implore les victimes à déposer plainte. "Il faut se dire que cela va réduire les risques qu’une autre personne se fasse harceler par le même harceleur."

... Aux arts martiaux

Deux ans après, quand Maryline repense à son agression, elle regrette de ne pas avoir su réagir. "J'aurais dû le rattraper, j'aurais dû le frapper mais je me suis dit que ça risquait de mal finir pour moi, physiquement. J'aimerais avoir le pouvoir de rétorquer mais j’ai peur de me faire frapper par la suite, cela arrive tellement souvent aux filles courageuses qui osent répondre..."

Maryline n'est probablement pas la seule victime à se reprocher son manque de réaction. 

Lorsqu'une femme se trouve dans cet état de paralysie, comment réagir? Est-ce seulement possible? 

"Cela se travaille, affirme le Dr Jérôme Palazzolo. Que ce soit par des techniques cognitivo-comportementales (techniques de gestion du stress, d’affirmation de soi, de relaxation, de confiance en soi…), ou par des techniques physiques et/ou martiales. C’est tout l’intérêt de pratiquer un art martial ou un sport de combat: on garde son calme face à une situation de potentielle agression car on sait comment réagir si ladite situation dégénère."

L'éducation comme arme

Ignorer, répondre mais pas trop, alerter des passants autour de soi, gérer son stress, pratiquer un sport de combat,... Il n'y a pas de réaction idéale au harcèlement de rue. 

La vraie question, c'est comment l'arrêter? 

"Il faut faire de la prévention auprès des jeunes car tout passe par l'éducation, affirme Chloé Oubaiche de l'association Stop Harcèlement de Rue. 

"Surtout les enfants, insiste Stella Pasqualini, cofondatrice et coresponsable de l'antenne antiboise. C'est de là que ça part. Si on n'explique pas ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire, ainsi que la notion de consentement, ils ne pourront pas comprendre et évolueront sans que la mentalité ne change."

"Il faut éduquer ces garçons. Valoriser la femme et cela dès l’enfance et à l’école", confirme Maryline. Un point de vue partagé par le Dr Jérôme Palazzolo: "la dynamique la plus adaptée est d’éduquer nos enfants: le respect de l’autre et d’un minimum de civisme, ça s’apprend très tôt et c’est le rôle des parents!".

En raison de la crise sanitaire, les deux responsables -encore étudiantes- de l'antenne antiboise de l'association bataillent pour faire de la prévention dans les établissements scolaires. 

Au niveau national, le collectif Stop Harcèlement de Rue participe à des marches, partage des témoignages, fait de la prévention dans des collèges et lycées, et a mis en place un centre d'écoute. 

La loi contre les violences sexuelles et sexistes n'est "pas assez forte"

La loi du 3 août 2018, renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, a instauré l'outrage sexiste. 

Est considéré comme tel le fait "d'imposer à une personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant, soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante".

L'outrage sexiste est puni d'une amende de 90€ à 1.500€, en cas de circonstances aggravantes (notamment lorsque la victime a moins de 15 ans ou qu'elle est considérée comme vulnérable), et d'un stage de lutte contre le sexisme, entre autres. 

Deux ans après, l'antenne antiboise de l'association Stop Harcèlement de Rue juge que la loi n'est "pas assez forte face au mal que peut faire le harcèlement à certaines personnes".

"Elle est signe d’une reconnaissance d’une cause qui était jusque là méprisée par beaucoup de personnes. La portée de cette loi est cependant aléatoire puisqu’un harceleur ne portera jamais préjudice à une personne devant un policier."

L'association pointe également le "manque de considération" lors des dépôts de plaintes, "ce qui peut parfois bloquer certaines femmes à exprimer ce qu’elles ont vécu". "Il y a encore des progrès à faire en la matière!"

"Aujourd'hui, les démarches sont longues et n'aboutissent pas, estime la Niçoise Juliette. Imaginez, il faut prendre rendez-vous pour déposer une plainte. C'est décourageant! Les victimes ne sont pas accompagnées. Je me sens démunie face à ça..." 

Depuis "début 2019", "1.723 amendes [pour outrage sexiste] ont été dressées par les forces de l'ordre", a assuré Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur chargée de la Citoyenneté, dans une interview accordée au Parisien, le 6 septembre. "On leur a demandé de doubler le nombre de verbalisations (...) Les femmes doivent pouvoir circuler librement partout."


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