“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

VIDEO. Ces propriétaires prêtent leurs terres pour que des paysans puissent s'installer

Mis à jour le 27/11/2019 à 18:06 Publié le 13/11/2019 à 18:15
Michael Gauci, maraîcher à la Grave de Peille, cultive tomates, courgettes, aubergines... sur des terrains prêtés par une propriétaire.

Michael Gauci, maraîcher à la Grave de Peille, cultive tomates, courgettes, aubergines... sur des terrains prêtés par une propriétaire. Photo Philippe Bertini

VIDEO. Ces propriétaires prêtent leurs terres pour que des paysans puissent s'installer

En France, des centaines d'hectares de terres agricoles disparaissent chaque jour. Dans le moyen et le haut-pays niçois les restanques sont pour la plupart en friche. Pour qu'elles soient de nouveau cultivées, des citoyens ont eu une idée toute simple. Demander aux propriétaires de mettre leurs terres à disposition gratuitement. En 4 ans, 4 paysans ont été installés grâce à l'association "Les Potagers de la Vésubie". Reportage dans les vallées de la Vésubie et du Paillon.

"Les gens me disent souvent, ce n'est pas avec 4 potagers dans ta vallée que tu vas sauver le monde. Ils ont raison, mais en 4 ans, on a déjà sauvé l'équivalent de 3-4 hectares de terre."

Tout en parcourant une restanque plantée de tomates, courgettes, salades… avec vue sur la vallée de la Vésubie et le village de Lantosque, Hélène Martin revient sur le chemin parcouru depuis 4 ans.

Le déclic

"On est parti d'un constat: la plupart des terres autrefois agricoles sont en friche, rembobine-t-elle.

"Au XIXe siècle, tous les pourtours des villages étaient en culture. A l'époque la vallée de la Vésubie avait une vraie autonomie alimentaire."

"Je me suis dit que c'était dommage de ne pas trouver de produits locaux, et donc de devoir acheter des légumes qui viennent d'ailleurs, alors qu'ici, il y a un potentiel agricole fabuleux."

C'est en août 2015 que germe chez Hélène Martin, cadre en milieu hospitalier à Marseille, Gilles Passeron, propriétaire et Alain Regis, murailler, une idée toute simple. Demander aux propriétaires de prêter des terres pour pouvoir y installer des agriculteurs. Ces citoyens créent l'association Les Potagers de la Vésubie pour relever le défi: regagner des terres agricoles.

Hélène Martin, présidente de l'association les potagers de la Vésubie: "Je me suis dit que c'était dommage de ne pas trouver de produits locaux, et donc de devoir acheter des légumes qui viennent d'ailleurs, alors qu'ici, il y a un potentiel agricole fabuleux."
Hélène Martin, présidente de l'association les potagers de la Vésubie: "Je me suis dit que c'était dommage de ne pas trouver de produits locaux, et donc de devoir acheter des légumes qui viennent d'ailleurs, alors qu'ici, il y a un potentiel agricole fabuleux." Photo Sophie Casals

Le principe: les propriétaires mettent gratuitement à disposition de l'association des terrains, pour une durée minimum de 10 ans.

"On s'engage à y installer des paysans pour qu'ils puissent réinventer l'agriculture de montagne, et en vivre.

"L'idée c'est aussi de stabiliser des familles dans la vallée et créer des circuits courts pour que les productions locales soient consommées localement."

Co-fondateur de l'association Gilles Passeron donne le coup d'envoi en prêtant de belles restanques, plein sud dans le quartier du Pivol au-dessus de Lantosque. Un appel aux propriétaires est lancé dans la vallée, relayé par Nice-Matin.

>> RELIRE. Quand des habitants de la Vésubie prêtent leurs terres pour permettre l'installation d'agriculteurs

A Pélasque supérieur Olivier Thaon, répond présent.

Olivier Thaon, architecte à Lyon et propriétaire à Lantosque: "comme j'ai beaucoup de terrains à gérer c'est rassurant pour moi de m'engager pour 15 ans.".
Olivier Thaon, architecte à Lyon et propriétaire à Lantosque: "comme j'ai beaucoup de terrains à gérer c'est rassurant pour moi de m'engager pour 15 ans.". Photo Sophie Casals

Originaire de la vallée, cet architecte qui habite à Lyon a hérité d'un vaste domaine où sont aujourd'hui installés deux maraîchers.

"J'ai prêté 4 hectares, dont 2 sont actuellement en culture, avec toutes sortes de variétés de légumes."

Cette production est vendue par les deux paysans, sur les marchés de Saint-Martin-Vésubie et de la vallée.

"L'association permet de construire une relation durable. Elle joue le rôle de tiers et d'arbitre dans nos relations avec les agriculteurs, ce qui est très rassurant, note l'architecte. Et puis ça évite la difficulté des baux ruraux qui sont rigides. On prête des parcelles pour une durée de 10 à 15 ans. Comme j'ai beaucoup de terrains à gérer, c'est même rassurant pour moi de m'engager sur 15 ans."

Trois potagers à Lantosque et un à la Grave de Peille

Hélène Martin sillonne la vallée en quête de terres à remettre en culture.
Hélène Martin sillonne la vallée en quête de terres à remettre en culture. Photo S.C
Hélène Martin sillonne la vallée en quête de terres à remettre en culture.
Hélène Martin sillonne la vallée en quête de terres à remettre en culture. Photo S.C

Un peu plus bas, dans le quartier du Pivol, juste au-dessus du village, Hélène Martin pousse le portail en bois qui ouvre sur le potager de Pierre-Antoine. Cet ingénieur de 28 ans, s'est lancé cette année dans le maraîchage, grâce aux Potagers de la Vésubie.

Elle nous fait découvrir son travail, les buttes de permaculture, les dernières tomates... Sur la parcelle en contrebas, Sébastien et Ambre cultivent eux aussi sur des terrains prêtés par Gilles Passeron.

Pour rencontrer le premier maraîcher installé par l'association, il faut mettre le cap vers une autre vallée, celle du Paillon. A une trentaine de kilomètres de Nice, à la Grave de Peille, Michael Gauci, 41 ans, termine sa deuxième saison de production.

Chapeau délavé par le soleil et fines lunettes sur le nez, il ramasse les dernières tomates. 

Michael Gauci: "l'association permet à des maraîchers qui n'ont pas de terre, qui ne viennent pas de familles d'agriculteurs, d'accéder à du foncier."
Michael Gauci: "l'association permet à des maraîchers qui n'ont pas de terre, qui ne viennent pas de familles d'agriculteurs, d'accéder à du foncier." Photo S.C

Après une première saison prometteuse, au cours de laquelle Michaël Gauci a dégagé un chiffre d'affaires de 9.000 euros, cet été,  un nuisible a mis à mal sa production. 

"Voilà l'ennemi," dit-il en montrant dans le creux de sa main une punaise qu'il vient de cueillir sur les feuilles d'un plant d'artichaut.

"A cause de ces punaises j'ai perdu 90% de ma récolte de tomates. Elles piquent le fruit, qui pourrit. Heureusement que j'ai une double activité, parce que sinon…"

"Voilà l'ennemi". A cause de ces punaise, il a perdu 90% de sa récolte de tomates.
"Voilà l'ennemi". A cause de ces punaise, il a perdu 90% de sa récolte de tomates. Photo S.C

Ce franco-irlandais partage en effet ses semaines, entre maraîchage et... informatique.

"Grâce aux Potagers de la Vésubie, j'ai pu concrétiser ma passion. Je cultive tomates, aubergines, courgettes… les légumes ratatouille."

Il les vend en paniers à ses clients en informatique et quand sa production est plus importante, dans les Biocoop de Nice.

"Pour trouver des terrains, enchaîne Michaël, c'est quasiment impossible dans la région parce qu'il faut pouvoir les acheter."

"L'association permet à des maraîchers qui n'ont pas de terre, qui ne viennent pas de familles d'agriculteurs, d'accéder à du foncier. Sinon on ne peut pas, c'est trop cher dans la région."

Pour l'instant le maraîchage lui procure un complément de revenu.

"J'aimerais bien en vivre, mais pour pouvoir se payer un SMIC, il faudrait disposer d'une parcelle d'1 hectare. Ici, j'ai 8.000 m2. J'en ai défriché 2.000 m2, mais comme c'est en restanques je dispose en réalité de 450 m2 d'espace de culture."

Michaël Gauci

Les difficultées rencontrées

"Quand on a créé Les Potagers de la Vésubie, les institutions, collectivités... étaient assez sceptiques. En plus, je viens de Marseille, je travaille en milieu hospitalier, je ne suis pas agricultrice. Bref, j'avais tout faux," sourit Hélène Martin. 

De plus, si les propriétaires sont au rendez-vous, l'association peine à trouver des agriculteurs.

"On a eu un passage à vide. Puis, on a passé des annonces, pris des contacts avec Terre de Liens", note Hélène Martin. Et ça a redémarré en novembre 2018, avec 3 nouvelles installations.

Au fil des mois, celle qui se partage entre la cité phocéenne et Saint-Martin-Vésubie où elle possède une résidence secondaire a vu le discours changer. Des élus s'intéresser à cette initiative citoyenne. 

"Quand on a eu des potagers en culture, des choses concrètes à leur montrer ça a changé la donne", analyse-t-elle.

Elle reconnaît des erreurs, liées à l'inexpérience. "On a eu des revers avec des agriculteurs. Le retour à la terre est à la mode, mais il faut avoir conscience des enjeux, des difficultés.

"On appris de nos erreurs, on se structure afin d'être moins amateurs."

Désormais, pour les prochaines mises à disposition de terrains, on va passer par un appel à projets, rédiger un cahier des charges des droits et devoirs."

Par ailleurs, du côté des paysans, il s'agit de trouver un modèle économique viable.

En zone de montagne, la saison de maraîchage est plus courte que sur le littoral. Ainsi, Pierre-Antoine, qui s'est installé à Lantosque, prévoit-il de se partager entre deux métiers. 

"Il est en formation et envisage une double activité: paysan et accompagnateur en montagne," explique Hélène Martin. 

C'est aussi le cas de Michaël Gauci. "Avec ma femme nous attendons un deuxième enfant, nous avons une famille à nourrir, il faut s'assurer d'un revenu suffisant."

Des restanques sur les hauteurs de Lantosque.
Des restanques sur les hauteurs de Lantosque. Photo Sophie Donsey

Et demain?

"Une agricultrice originaire de la Drôme souhaite s'installer pour produire des herbes médicinales." Elle devra passer par les nouvelles procédures mises en place par l'association.

Pour amplifier son action, l'association aimerait travailler avec les communes sur la base de prêts de terrains. 

"Le dialogue commence à se nouer avec les maires de la vallée." 

"La solution que nous développons dans la vallée de la Vésubie et dans le territoire du Paillon est une solution universelle."

"Elle n'est pas attachée à une vallée en particulier, elle peut être dupliquée et ce serait bien qu'elle le soit ailleurs. C'est juste une question de mise en œuvre."

Contact: lespotagersdelavesubie@gmail.com
Tél: 06.73.46.27.34


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.