Son fiancé décède avant leur union, elle se bat pour obtenir le mariage posthume

À Saint-Laurent-du-Var, ils ont vécu 36 ans de vie commune. Mais en août 2021, la maladie a emporté Mustapha. Sa fiancée, Henriette, souhaite sceller leur union, comme ils se l’étaient promis.

Ornella Van Caemelbecke Publié le 31/08/2022 à 07:30, mis à jour le 02/09/2022 à 21:16
Henriette et Mustapha, à l’été 2010, lors d’un restaurant en famille avant la naissance de leur petit-fils.

"Mon mari." Lorsqu’elle parle de Mustapha, Henriette dit toujours "mon mari". Après 36 ans de vie commune, deux enfants et un petit-fils, ça lui paraît naturel. Évident.

Ce couple de Saint-Laurent-du-Var veut officialiser son amour et son engagement, début 2020. La robe blanche et les alliances. Tout le package. Mustapha ayant la nationalité marocaine, ils ont des procédures administratives à enclencher. Mais la crise sanitaire et le double cancer qu’on vient de lui diagnostiquer, ralentissent grandement les démarches. Et en août 2021, le décès de Mustapha met fin à leur rêve.

Depuis sa disparition, Henriette se bat pour qu’on lui accorde le mariage posthume.

"C’était sa dernière volonté"

Assise à un café, les yeux vitreux, Henriette discute avec Carole. Une amie de longue date. "Avec mon mari, on connaît Henriette et Mustapha depuis toujours", partage cette dernière. Elle a suivi toutes les étapes de leur vie. Et la maladie, aussi. "Épouser Henriette, c’était sa dernière volonté. Il ne voulait pas la laisser sans rien. Il n’avait pas peur de la mort, il en parlait ouvertement. Mais la dernière chose qu’il a dite à mon mari c’est “Prends soin d’Henriette". »

Si Henriette demande aujourd’hui le mariage posthume, c’est évidemment "par amour et pour le symbole", mais aussi pour "la reversion de la retraite" de Mustapha, qui était électricien.

 

C’est d’ailleurs l’annonce de son double cancer en 2019, qui les décide à entreprendre les démarches pour se marier. Il veut mettre celle qu’il considère déjà comme sa femme à l’abri du besoin. Henriette se souvient de cette période difficile: "Le traitement médical était très lourd. Il était très fatigué, affaibli, et ne pouvait pas toujours se déplacer. Puis avec les confinements successifs, on ne pouvait pas se rendre au consulat du Maroc, à Marseille." Ce qui leur complique la tâche: "On ne recevait pas le certificat de coutume que le Maroc devait nous envoyer et qui attestait que mon [futur] mari, n’était pas déjà marié dans son pays d’origine." Ce papier n’arrivera jamais.

"Le Maroc n’admet pas le mariage posthume"

En août 2021, Mustapha s’éteint. Dévastée, Henriette ne lâche pas: elle veut épouser l’homme qu’elle aime. Le père de ses deux filles.

En France, le mariage posthume est autorisé. C’est une procédure exceptionnelle que seul le Président de la République peut accorder, par décret, comme le précise le gouvernement sur son site Internet. L’article 171 du Code civil réclame tout de même "l’attestation de formalités démontrant officiellement et sans équivoque, le consentement du futur époux décédé."

Henriette a des preuves. Elle remplit son dossier et l’envoie au ministère de la Justice, en novembre 2021. Puis, elle attend. Patiemment. L’espoir l’aide à porter le poids du deuil.

Mais en juillet 2022, c’est la désillusion. Bien que les conditions soient remplies, la nationalité marocaine de Mustapha pose problème. "La loi de son pays n’admet pas le mariage posthume", précise la missive qu’elle reçoit du ministère de la Justice.

 

Requête rejetée

Henriette est dépitée. Elle demande l’aide juridictionnelle (1), car la lettre du ministère stipule qu’elle dispose de deux mois – jusqu’au 25 septembre –, pour engager un avocat et formuler un recours. "Je suis en train de constituer un dossier", livre-t-elle.

La Laurentine de 57 ans reste convaincue que s’ils avaient reçu à temps ce certificat de coutume, il n’y aurait eu aucune entrave à la procédure de mariage posthume. Cruelle ironie: aujourd’hui, seul Mustapha peut réclamer ce papier. C’est l’impasse.

Henriette garde espoir. Elle essaye, en tout cas. Et en attendant, il lui reste les souvenirs. "C’est ici qu’on s’est connu. Deux gamins du village de Saint-Laurent, qui ont grandi dans la même rue." Sa voix se brise. Dans un sanglot, elle réclame: "Je veux juste qu’on respecte la dernière volonté de mon mari."

(1) Le site du gouvernement, www.service-pubic.fr, définit ainsi l’aide juridictionnelle: "La prise en charge de vos frais de justice par l’État. Elle est accordée aux personnes qui ont des revenus modestes et peu de patrimoine (épargne et biens immobiliers)."

« On ne peut pas marier quelqu’un qui n’est plus »

Le Maroc ne reconnaît pas le mariage posthume. « On ne peut pas marier quelqu’un qui n’est plus », nous explique l’interlocuteur au téléphone, depuis le consulat du Maroc, à Marseille. « C’est la première fois durant ma carrière que je rencontre ce type de demande. Cette procédure n’est pas faisable dans notre pays car si la personne avait changé d’avis et ne souhaitait plus se marier, nous ne pourrions pas le savoir. » Quelles possibilités s’offrent alors à Henriette ? « Peut-être pourriez-vous vous tourner vers un juge des familles... », suggère l’homme au bout du fil.

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