“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Découvrez l’offre numérique > Abonnez-vous

"Son décès aurait rempli l'église"... L’immense douleur des familles face aux obsèques expéditives

Mis à jour le 27/03/2020 à 13:15 Publié le 27/03/2020 à 11:30
Sa sœur, France, sa fille Françoise, Magali, sa nièce et Michael, son neveu étaient les seuls autorisés à accompagner une dernière fois Christian dans une scène « surréaliste » avec le fossoyeur en combinaison.
intégrale, masque et gants, qui essaie, malgré tout, de se faire discret.

Sa sœur, France, sa fille Françoise, Magali, sa nièce et Michael, son neveu étaient les seuls autorisés à accompagner une dernière fois Christian dans une scène « surréaliste » avec le fossoyeur en combinaison. intégrale, masque et gants, qui essaie, malgré tout, de se faire discret. Photo Dylan Meiffret

Soutenez l'info locale et Monaco-Matin

"Son décès aurait rempli l'église"... L’immense douleur des familles face aux obsèques expéditives

En raison de l'épidémie de coronavirus, les obsèques ne peuvent se dérouler comme d'habitude et seulement en comité très restreint.

Il est parti comme tout le monde part un jour. Christian Devos aurait eu 81 ans dans trois jours. En quelques heures, le Covid-19 l’a terrassé. Il fait partie des 1 696 personnes contaminées au coronavirus qui ont perdu la vie depuis le début de la crise en France.

La mort n’a pas d’heure, ni de préjugés. Elle frappe sans discernement. Elle est toujours une douleur, un déchirement contre lequel, de toute éternité, l’humanité a tenté d’inventer des baumes.

Le recueillement collectif, la prière quel qu’en soit le prophète ou cette tradition des repas d’après-obsèques. Mais hier après-midi, sous un ciel gris et lourd, dans le petit cimetière de Saint-André-de-la-Roche désert, le désarroi des obsèques expéditives de Christian rajoutait à la douleur des siens.

SUIVRE. LIVE. Confinement jour 11, 1.696 décès en France dont une ado de 16 ans... Suivez l'évolution de la situation du coronavirus

La science-fiction se fait réalité

France, sa sœur cadette, 78 ans, pleure en silence dans les allées de ce cimetière fantomatique. Ils ne sont que quatre membres de la famille autour du cercueil. Françoise, sa fille, Magali, sa nièce et Michael, son neveu. C’est la règle.

Harnaché dans une combinaison de protection digne d’un film de science-fiction, Fabrice, le fossoyeur, essaie tant bien que mal de se faire aussi discret que possible : « Ma tenue choque les gens. Je sais bien que là, devant le cercueil de ce pauvre monsieur, je ne crains rien, mais toute la journée, on doit faire des levées de corps à domicile et là, on ne sait pas à quoi on aura à faire. Alors, j’ai des enfants, je me protège. C’est le cinquième mort du coronavirus que j’enterre. Je suis bien placé pour savoir que ça n’arrive pas qu’aux autres », s’excuse-t-il presque.

Il est quinze heures. Une morne bruine vient rajouter un zeste de désespoir à l’atmosphère ambiante. Pas de derniers sacrements, le curé n’a pas accepté de se déplacer. « On nous a dit que mon oncle n’était pas de la paroisse… », marmonne Françoise, la fille du défunt, aide-soignante à Monaco.

Alors pour que, malgré tout, un semblant d’apparat soit préservé, un maître de cérémonie funèbre - « free-lance », précise-t-il – a été contacté en catastrophe.

Une voix à la Jean-Pierre Marielle, un look d’acteur des années cinquante en mode studio Harcourt, Michel Weber emballe un petit discours civil en quatre minutes. Pas de couronne.

Juste quelques fleurs. Mais à quel prix : « Les fleuristes sont tous fermés, on n’a pas de passe-droit, alors on a failli se résigner à ne même pas pouvoir fleurir la tombe de Christian. » Inconcevable pour Magali, sa petitenièce. Un post sur Facebook sur ce deuil presque anonyme a suscité une incroyable solidarité. « Tout le monde s’est misà« reposter » notre quête de fleurs pour tonton. Et au final, un horticulteur d’Antibes nous a contactés pour nous dire qu’il allait nous aider. »

Magali étreint ce bouquet de la solidarité comme s’il s’agissait d’une bouée de sauvetage pour l’âme de son grand-oncle. Sur la playlist de son Iphone, elle lance la lecture de l’Ave Maria. Un frêle hommage musical qui ne dure que quelques secondes… Le réseau passe si mal dans le cimetière.

"Même pas comme un chien"

Tout est allé si vite. Tout se termine si vite. Dix minutes de cérémonie et puis s’en va : « La semaine dernière, j’avais raconté à mon frère que j’avais dû me résigner à faire piquer ma pauvre vieille chienne. Terrible. Mais jusqu’au bout, j’ai serré sa patte dans mes mains. Mon frère, lui, n’est même pas parti comme un chien ».

Des reproches, elle n’en fait à personne. Fatalisme douloureux. « A Villefranche, son décès aurait rempli l’église. Sûre même qu’elle aurait été trop petite pour accueillir tous les gens qui l’aimaient et le respectaient. C’était quelqu’un mon frère ! Il était architecte dans la Rade, tout le monde le connaissait. Un colosse :1mètre 92 et 122 kilos. Il s’était présenté sur une liste aux municipales, va savoir si ce n’est pas là, pendant cette campagne, qu’il s’est exposé à ce foutu virus. Ça m’inquiétait moi, raconte France, sa sœur. Mais Christian, c’était un tempérament. Un optimiste, pour lui tout s’arrangeait toujours ».

Mais cette fois, ce mal invisible l’a pris au piège. Samedi, il était bien. « Un peu enrhumé, qu’il disait. Le lendemain matin, il était au plus mal. Prononcer une simple phrase au téléphone l’épuisait comme s’il venait de finir un marathon. Quelques heures plus tard, son état était tel que son neveu l’a convaincu d’appeler le 15… Et voilà, il a été admis à l’hôpital tout de suite, 24 heures plus tard, il était dans le coma. Le lendemain, il était mort. Seul dans sa petite chambre à l’hôpital Pasteur. Sans qu’on puisse le voir, l’accompagner, bien sûr ! »

A la peine immense qui étreint le tout petit carré de proches autorisés à l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure, s’ajoute le sentiment diffus mais si douloureux de le laisser partir ainsi. Seul ou presque. Avec l’angoisse que le décès de Christian soit passé comme inaperçu ! Comme si ce satané virus se complaisait à ajouter du drame au drame.

Comme à toutes les familles des victimes du Covid-19, les salariés du groupe Nice-Matin présentent leurs plus sincères et solidaires condoléances. 


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.