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Son appartement est parti en fumée à Roquebrune, elle cherche désespérément un logement avec sa petite fille autiste

Carla Baiao et sa fille de neuf ans ont tout perdu dans l’incendie de leur appartement il y a quinze jours. Logées à l’hôtel par le CCAS, elles cherchent une solution plus pérenne.

Célia Malleck Publié le 18/06/2021 à 11:00, mis à jour le 18/06/2021 à 13:17
« Lilou est autiste. Elle a vu son appartement, son lit, ses jouets brûler. C’est très difficile pour elle », explique la Roquebrunoise. Jean-François Ottonello

Depuis l’incendie de son appartement, le 3 juin, au 174 avenue de Verdun à Roquebrune Cap Martin, Carla Baiao loge à l’hôtel avec sa fille handicapée de neuf ans. Au RSA, la jeune maman a demandé de l’aide au centre communal d’action sociale pour trouver un logement abordable. Mais la réponse se fait attendre et la Roquebrunoise perd patience. Autour d’un café, elle confiait hier son désarroi. Et la peur de se retrouver à la rue alors que sa réservation à l’hôtel arrive à échéance.

"J’ai tout perdu dans l’incendie, rembobine Carla Baiao. J’ai sauvé mon chien, ma fille et mon téléphone portable. Tout le reste est parti en fumée. Je n’avais même pas de chaussures en sortant de l’hôpital."

5.800 euros récoltés

Son compagnon, Steve Mondot, a fait appel à la solidarité des habitants du Mentonnais sur les réseaux sociaux. Il a aussi lancé une cagnotte en ligne sur Leetchi qui s’élève à plus de 5.800 euros. "Beaucoup de monde est venu déposer des affaires à l’hôtel, souligne la jeune maman. Le personnel de la Reine d’Azur a vraiment été cool et m’a même fait un prix sur la chambre. Mais on ne peut pas y vivre indéfiniment."

Elle dresse le tableau: "Lilou est autiste. Elle a vu son appartement, son lit et ses jouets brûler. C’est très difficile pour elle. Elle a perdu tous ses repères et me demande tout le temps quand est-ce qu’on rentre à la maison. Il lui faut un environnement stable pour qu’elle puisse aussi reprendre sa thérapie à domicile avec l’éducatrice spécialisée. Et mon assurance ne prend pas en charge les nuits d’hôtel mais deux mois de loyers. Donc il faut que je trouve un appartement."

 

"J’attends une réponse, pas l’aumône"

Son compagnon ne peut pas l’accueillir. "Je vis dans un 30 m2 avec deux ados", justifie-t-il. Ses parents sont au Portugal. Et son ex-mari n’a pas la garde de la petite. Elle a donc monté un dossier de demande de logement social avec le CCAS de Roquebrune-Cap-Martin. "Ils m’ont dit qu’ils avaient trouvé un trois-pièces à Menton mais je n’ai pas eu de nouvelles depuis. Je suis censée rendre la chambre ce vendredi et je n’ai toujours pas de solution", déplore-t-elle, les larmes aux yeux.

Elle le sait, obtenir un logement social dans la région est compliqué. "J’ai déjà fait plusieurs demandes, mais ça n’a jamais abouti. Heureusement, j’ai pu compter sur ma meilleure amie. Elle m’a loué son trois-pièces à un loyer très modéré. Mais je ne pourrai pas trouver la même chose dans le privé. Avec mes 240 euros de RSA, mon dossier ne passe pas même si j’ai un garant et toutes mes quittances de loyer."

Et de conclure: "Je ne demande pas l’aumône, j’ai besoin d’un coup de pouce pour trouver un logement, pour un an, le temps que les travaux soient faits dans l’appartement de ma meilleure amie. J’y retournerai ensuite."

 

Comme un signe, son portable vibre sur la table. Elle vient de recevoir en copie un mail de son assistante sociale qui demande à l’hôtel de prolonger son séjour de dix jours. Carla Baiao souffle: "C’est toujours le même refrain".

Le sujet est sensible pour la directrice du CCAS de Roquebrune Cap Martin. Najoua Hurcet le répète: "On ne laisse personne à la rue!"

"On s’est réunis ce jeudi matin avec la maison du Département pour son dossier, avance-t-elle. On a renouvelé et sécurisé son hébergement à l’hôtel pour 10 jours. L’objectif n’est pas qu’elle y reste, mais on fait ce qu’on peut. Et on se démène."

Et de poursuivre: "Le soir de l’incendie, une douzaine de personnes ont été prises en charge. Toutes se sont vues proposer des solutions d’hébergement adaptées, dont certaines dans un hôtel 4-étoiles. On les a accompagnées jusqu’à une heure du matin avec nos voitures personnelles. On a ouvert une cellule d’accueil et d’écoute psychologique et donné des chèques alimentaires. Le lendemain, on les a aidés à faire leurs déclarations de sinistre pour que leurs assurances prennent la relève et leur versent des indemnisations pour se reloger. Certains sont allés chez leur famille, d’autres ont trouvé dans le privé, un couple de personnes âgées a été relogé dans un Ehpad."

Et de pointer: "Notre rôle est d’aider avec l’argent public les personnes qui ont des difficultés financières. Mme Grignoli n’est pas dans ce cas. Mme Baiao, oui. Le Département lui a proposé un logement d’urgence à Sospel, mais c’était trop éloigné pour elle. Le problème, c’est qu’on n’a pas des logements sous le coude, comme ça. Nous lui avons trouvé un logement à Menton, via une association, mais celle-ci doit se réunir en commission pour instruire le dossier et vérifier avant de valider l’attribution. On espère avoir une réponse bientôt."

 

Et de taper du poing: "Mais il faut arrêter de crier au loup tout le temps. C’est notre job d’aider. Et on le fait au maximum!"

L’incendie est survenu le 3 juin dans un immeuble situé au 174 avenue de Verdun à Roquebrune-Cap-Martin. Photo DR.

"J’ai dû avancer 7.200 euros au total"

Carla Baiao se sent délaissée et estime que la Mairie, malgré ses actions après l’incendie, ne fait pas assez. C’est un peu le sentiment, aussi, de sa voisine Alice Grignoli. Cette dernière habite deux étages au-dessus. Son appartement n’a pas été détruit par les flammes, mais a été inondé de suie. Elle fait partie des douze appartements à avoir été évacués.

"La première nuit, on a été relogés à l’hôtel, raconte l’Italienne. Mais le lendemain, la mairie nous a dit qu’elle n’avait pas de logement à nous proposer. On a juste eu le droit à un chèque de 120 euros pour acheter à manger, pour mon mari, ma fille et moi. Les trois nuits suivantes, c’est l’assurance habitation qui les a prises en charge. Après, j’ai dû payer 1.200 euros d’hôtel."

Et d’ajouter: "On ne savait pas quand l’appartement serait habitable. Alors, avec mon mari, on a sonné à toutes les résidences de Roquebrune pour trouver un logement. On a trouvé un petit deux-pièces. J’ai avancé 4.800 euros pour le réserver jusqu’au 30 septembre parce qu’il n’y a plus que des locations saisonnières. Heureusement que je travaille à Monaco et que j’avais de l’argent de côté parce que je n’ai toujours pas été indemnisée par l’assurance. Et je dois encore payer 1.200 euros de nettoyage!"

Soit 7.200 euros au total.

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