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"Salie" par un reportage sur France 3, la Croix-Rouge monégasque veut "rétablir la vérité"

Mis à jour le 03/08/2020 à 20:28 Publié le 03/08/2020 à 20:26
La trésorière de la CRM, Bettina Ragazzoni, et le secrétaire général, Frédéric Platini, iront "jusqu’au bout".

La trésorière de la CRM, Bettina Ragazzoni, et le secrétaire général, Frédéric Platini, iront "jusqu’au bout". Photo Thomas Michel

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"Salie" par un reportage sur France 3, la Croix-Rouge monégasque veut "rétablir la vérité"

Un reportage a insinué qu’un don de Dmitri Rybolovlev, en 2015, aurait transité par un compte de l’association au profit du vice-président, Philippe Narmino. La Croix-Rouge monégasque se rebiffe.

La pilule n’est pas du tout passée et ce n’est pas le temps qui accélérera la digestion. Le 10 juin dernier, un reportage du magazine Pièces à conviction (France 3) intitulé "Scandales à Monaco, les révélations d’un juge", revenait, témoignage exclusif d’Édouard Levrault à l’appui, sur le départ du juge d’instruction français détaché à Monaco.

Basé sur des enquêtes en cours pour trafic d’influence et corruption, nées de l’affaire Bouvier-Rybolovlev, le document du journaliste Pascal Henry se penchait sur le cas de Philippe Narmino, ex-Directeur des Services judiciaires contraint à la retraite anticipée après son inculpation et, par ailleurs, vice-président de la Croix-Rouge monégasque (CRM).

Pascal Henry, qui nous révélait avoir eu "accès à toutes les pièces de l’instruction", avait alors pris attache avec la Fédération internationale de la Croix-Rouge, avant d’interroger l’antenne monégasque sur une prétendue corrélation entre un don de 100.000 euros de Dmitri Rybolovlev à la CRM, lors d’une soirée de gala en avril 2015, et le retrait en espèces de 125.000 euros la même année sur un compte de la CRM.

"Rybolovlev n’avait jamais donné un sou et comme par hasard, il y a ces retraits en espèces", nous déclarait Pascal Henry, interpellé par "la concordance de temps".

En fond, une question: le président de l’AS Monaco aurait-il versé de l’argent à Philippe Narmino par le biais de ce don? Question formulée en ces termes par le juge Levrault: "Est-ce que la Croix-Rouge peut servir de paravent pour des échanges de bons procédés ou pas? C’est une question qui se pose…"

France Télévisions alerté

Après avoir mandaté un avocat, la Croix-Rouge a adressé des observations au journaliste et à la direction de France Télévisions avant même la diffusion du reportage, puis, une fois les insinuations reprises par d’autres médias, émis des droits de réponse à l’attention de France Télévisions et Libération.

À ce jour, aucun n’a été publié par ces médias, qui disposent de trois mois pour le faire selon la loi, mais le secrétaire général de la Croix-Rouge monégasque, Frédéric Platini, et la trésorière Bettina Ragazzoni n’entendent pas rester de marbre. Quitte à aller en justice et réclamer des dommages et intérêts.

"On ne peut pas laisser dire ces bêtises-là. Et pour poursuivre, on a le temps. On le fera de manière motivée, organisée et déterminée."

Tout commence par un coup de fil de Pascal Henry à Bettina Ragazzoni. "Il m’a appelée à mon cabinet, je ne l’ai pas pris. Ensuite, il a nous adressé une question écrite à laquelle on a estimé devoir répondre."

Le 22 mai 2020, Bettina Ragazzoni, regrettant la divulgation du nom d’un donateur dans la presse (1), rappelle au journaliste que le don de Rybolovlev est intervenu "à l’occasion d’une manifestation caritative organisée par la CRM afin de soutenir le projet Loumbila, situé au Burkina Faso".

Et que ce don de 100.000 euros représente "1,17 % du budget total dudit projet qui s’élevait à près de 8 500 000 euros, financé à concurrence de 6 000 000 euros par divers donateurs privés et publics".

"On n’acceptera pas"

Sans réponse du journaliste, Frédéric Platini mandate Me Denis Del Rio, avocat au barreau de Nice, pour défendre les intérêts de la CRM. Ce dernier interpelle France Télévisions, le 28 mai.

"Il ne m’appartient nullement d’interférer sur la liberté rédactionnelle et l’opportunité de parole d’un magistrat qui a œuvré en Principauté", avance le conseil qui, avant même la diffusion, rebondit sur les premiers teasers.

"Cette mise en cause annoncée de la CRM par le site France Télévisions peut porter gravement atteinte à l’image, la réputation mais également à la capacité de levée de fonds à venir, laquelle est fondamentale pour l’accomplissement de sa mission caritative."

Me Del Rio soulignant qu’aucune "saisie" des comptes de la CRM n’a été effectuée par le juge.

"Une simple interrogation des services d’enquête sur des flux financiers avait été prise en compte par la CRM qui avait d’ailleurs promptement répondu. Depuis, aucun acte n’est intervenu, tant il est vrai que tous les mouvements financiers étaient largement contrôlés, vérifiés et confortés."

Contacté au lendemain de la diffusion, Pascal Henry avait concédé "de petits ajustements juridiques entre deux versions". Des modifications de dernière minute pour une version finale "un peu édulcorée", selon Frédéric Platini.

"Les gens étaient outrés"

Alors que les salariés bénévoles étaient en première ligne dans la lutte contre le Covid au moment de la diffusion, Frédéric Platini n’a pas ressenti de défiance en interne.

"Je pense qu’il n’y a aucun doute sur l’organisation. On a eu un soutien fort et complet des donateurs aussi. Il y a plutôt eu un dégoût sur la manière dont ça a été présenté. Ceci étant, ce n’est pas bon pour le moral des troupes. Mais ça va…"

"Les gens étaient outrés, ils nous connaissent et nous font confiance, ajoute Bettina Ragazzoni. Notre organisation fait que c’est absolument impensable."

"On a un soutien fort et total de la Fédération internationale parce qu’ils nous connaissent et disposent de l’intégralité de nos pièces financières, assure aujourd’hui Frédéric Platini. Il a tout de même fallu qu’on s’explique. Nous avons pris un avocat pour dire qu’on n’acceptera pas. On demande des droits de réponse et on n’hésitera pas à attaquer pour diffamation et demander des dommages et intérêts. On ne voit pas pourquoi, alors qu’on est clean, on se laisserait salir dans la presse."

"On veut rétablir la vérité et rien d’autre", conclut Bettina Ragazzoni.

1. Tous les dons effectués à la Croix-Rouge sont anonymes.

À quoi ont servi les 125.000 euros?

Dans son courrier à Pascal Henry, le 22 mai 2020, Bettina Ragazzoni précisait que les retraits d’espèces "sont utilisés exclusivement pour des dépenses quotidiennes de la Croix-Rouge" et ont "également pour objet la prise en charge des paniers repas pour nos bénévoles sur les postes de secours dans le cadre de manifestations publiques, ou sont destinés à l’allocation d’aides ponctuelles aux personnes en difficulté souvent privées de compte bancaire (aide aux loyers, règlements de factures d’eau ou d’électricité, etc.) Ces retraits sont variables et effectués tout au long de l’année en fonction de ces besoins et ne sont en rien liés aux dons reçus. Ils représentent environ 2% du budget annuel de nos dépenses, ce qui vous permet d’évaluer leur caractère non significatif dans notre gestion."

La CRM comptant 600 bénévoles, 300 postes de secours et autant de manifestations à l’année.

Frédéric Platini de préciser que l’argent liquide est aussi alloué "à la centaine de bambins de la crèche par exemple pour l’achat de couches ou aux cadeaux faits à la Fondation Princesse Charlène pour les enfants placés".

"Aucune personne n’a utilisé la CRM à des fins personnelles!", fulmine la trésorière, qui précise avoir des justificatifs "pour le moindre timbre" et que le suivi comptable est transparent et rigoureux.

"Nous avons un budget, un conseil d’administration, un contrôleur des finances du gouvernement princier qui intervient ainsi qu’un commissaire aux comptes, plus le suivi de la Fédération internationale."

"Je peux comprendre qu’on ait ce doute sur les retraits d’espèces, mais quand on vous présente les justificatifs, ce n’est plus que vous cherchez la vérité, c’est que vous voulez votre vérité. ça, c’est un problème!", conclut Frédéric Platini.


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