Rentrée scolaire et Covid-19: des médecins tirent la sonnette d'alarme pour que les enfants soient mieux protégés

A deux semaines de la rentrée, une trentaine de médecins, chercheurs et enseignants ont lancé un appel au gouvernement dans une tribune publiée ce jeudi 19 août dans Le Monde. Ils se disent inquiets de la forte contagiosité du variant Delta et dénoncent un protocole insuffisant pour protéger les élèves.

Peggy Poletto Publié le 19/08/2021 à 15:29, mis à jour le 26/08/2021 à 14:34
Illustration port du masque Photo D.R.

À deux semaines de la rentrée, face à un variant Delta fortement contagieux et circulant intensément chez les enfants et les adolescents, ils sont une trentaine de médecins, chercheurs et enseignants à appeler à une "action ferme" pour protéger la santé des élèves.

Préserver la scolarité et la santé des enfants

"Après 18 mois de pandémie, l'École ne doit pas rester le talon d'Achille de la stratégie sanitaire. Nos enfants ont déjà payé un lourd tribut lors de cette crise, préservons dès maintenant leur scolarité et leur santé de risques évitables", plaident-ils

Ce collectif qui rassemble entre autres les épidémiologistes Dominique Costagliola et William Dab, l’infectiologue Gilles Pialoux et le Dr Jérôme Marty, président du syndicat de médecins libéraux UFML rappelle qu'au " Royaume-Uni, il [le variant Delta] s’est principalement diffusé à partir des enfants : plus d’un million d’élèves ont été absents au cours du dernier mois d’école. Aux États-Unis, 121 000 cas d’enfants et d’adolescents ont été rapportés la seule semaine dernière".

Clusters dans les centres aérés et les colonies

Il est d'ailleurs pris l'exemple français, dans les Landes, "à la veille des vacances, le taux d’incidence en milieu scolaire dépassait déjà de très loin celui des adultes, même chez les 3-5 ans. Cet été, les clusters se sont multipliés de façon alarmante dans les centres aérés et les colonies de vacances. Le 2 août, le taux d’incidence chez les 0-9 ans était déjà très élevé, dépassant le seuil de 200 pour 100 000 dans trois régions, alors que leur taux de positivité est le double de celui de la population générale".

En terme d'hospitalisation, la tribune souligne qu'en "France, au cours de l’année écoulée, 1,2 % des 0-9 ans testés positifs ont été hospitalisés et le nombre d’hospitalisations est aujourd’hui le double de celui de l’année dernière à la même date, celui des 10-19 ans le quadruple".

 

Décès rares mais symptômes persistants

La trentaine de signataires met l'accent sur des complications à moyen terme chez les enfants, avec des "symptômes persistants. Des séquelles ou complications à long terme de la maladie, peut-être encore inconnues, ne peuvent en outre être exclues". Si les décès demeurent, selon eux, "très rares, ils existent et sont autant de drames dont le nombre pourrait augmenter avec une circulation virale plus importante".

"Les alertes se multiplient partout dans le monde. Aux États-Unis, au Canada, en Inde, au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne… les pédiatres et les sociétés savantes appellent à protéger davantage les moins de 12 ans. À notre tour, aujourd’hui, de tirer la sonnette d’alarme", écrivent-ils dans le quotidien national.

Un taux d'incidence cinq fois supérieur à la rentrée 2021

"Des mesures efficaces de prévention des contaminations doivent être adoptées dès la rentrée", insistent-ils. Selon eux, "le protocole publié le 28 juillet définit un cadre de fonctionnement des établissements scolaires avec quatre niveaux de mesures : il faut, sans plus tarder, définir leur niveau territorial d’application, les indicateurs épidémiologiques, ainsi que les seuils déclenchant le passage d’un niveau à l’autre.

Il nous apparaît aujourd’hui impensable, pour la majorité des départements français, d’envisager une reprise au Niveau 2 du protocole sanitaire alors que le taux d’incidence chez les 0-19 ans est cinq fois supérieur à celui de la rentrée 2020".

Port du masque, purificateurs d'air, sport, dépistage: attention!

Parmi les conditions qu'ils estiment nécessaires à garantir la sécurité des élèves dès la rentrée, ils citent le masque qui ne doit pas retiré dans les écoles élémentaires, et la "fermeture des classes au premier cas identifié [qui] devrait être étendue à tous les niveaux", poursuit la tribune.

 

Deuxième point: l'aération des salles de cours. "Les fenêtres doivent être bien plus fréquemment ouvertes et la recommandation d'équiper les établissements de détecteurs de CO2 ne peut suffire, cela doit être la règle. Aucune mesure ne vise les cantines, le recours à des purificateurs d’air n’est même pas mentionné".

Et de citer l'Irlande et le Québec qui ont profité de l'été pour équiper toutes les classes de détecteurs de CO2, alors que "New-York, Philadelphie et Francfort installaient des purificateurs d'air dans les leurs. La Finlande, l’Autriche, des États allemands et américains financent également l’installation de ces dispositifs".

D’autres défaillances sont pointées du doigt. "Le sport en intérieur, activité à haut risque de transmission, reste autorisé jusqu'au Niveau 3 (qui correspond vraisemblablement à une circulation virale importante) et la distanciation continue d’être promue lorsqu‘elle est matériellement possible, pendant que des pays comme l’Italie et l'Espagne réduisent les effectifs de leurs classes".

Et le dépistage?

Les signataires déplorent "l’absence d’une véritable stratégie de dépistage telles que recommandée par les différentes instances sanitaires internationales. D’autres pays sont, là aussi, mieux préparés : par exemple, l’Autriche a conditionné depuis l’année dernière l’enseignement en présentiel à la réalisation d’autotests, deux à trois fois par semaine, obtenant des faibles taux de contamination dans ses établissements".

"À l'heure où le variant Delta éloigne la possibilité de l'immunité collective par la seule vaccination, les scientifiques de nombreux pays appellent à y associer des mesures barrières non pharmaceutiques. L’Italie et les États-Unis ont d’ores et déjà annoncé des plans d’urgence de respectivement de 2,9 milliards € et 122 milliards de dollars pour prévenir la diffusion du COVID dans leurs établissements scolaires", ajoutent les professionnels de la santé.

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