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RECIT. Comment les habitants et entrepreneurs de Saint-Martin-Vésubie s'organisent, quatre mois après le passage de la tempête Alex

Mis à jour le 25/02/2021 à 16:40 Publié le 23/01/2021 à 11:00
L'équipe de la bière du Comté, délocalisée  sur le littoral le temps de sa reconstruction, avec Laurent Fredj (en haut à droite), président et fondateur de la brasserie.

L'équipe de la bière du Comté, délocalisée sur le littoral le temps de sa reconstruction, avec Laurent Fredj (en haut à droite), président et fondateur de la brasserie. Elodie Antoine

Monaco-matin, source d'infos de qualité

RECIT. Comment les habitants et entrepreneurs de Saint-Martin-Vésubie s'organisent, quatre mois après le passage de la tempête Alex

Trois mois et demi après le passage de la tempête Alex le 3 octobre 2020 dernier, les Vallées du Haut Pays Azuréen tentent de se reconstruire. A Saint-Martin-Vésubie, Laurent Fredj, président de l’entreprise La bière du Comté, emportée par les flots de la rivière le soir du drame, se mobilise pour donner aux entrepreneurs les réponses aux questions qu’ils se posent sur le futur de leur entreprise. Une tâche ardue alors que les obstacles bureaucratiques s’accumulent.

C’est une salle polyvalente au deuxième étage de la mairie, en plein coeur de Saint-Martin-Vésubie. Une salle où trône une table immense avec au fond, un buffet surplombé d’une machine à café.

Laurent Fredj en propose un qu’il sert dans un gobelet brûlant. Il attend avec son chien, un border collie silencieux récupéré après la tempête et qui depuis, le suit comme son ombre. L’homme est ici connu comme le loup blanc. A 58 ans, il est le fondateur et président de la bière du Comté, une entreprise de bières artisanales complètement détruite par le gonflement de la rivière le 2 octobre dernier.

On devine son sourire sous le masque. Quand il s’exprime, il cherche ses mots, s’excuse, de ne pas être assez clair. L’émotion flotte dans cette salle du deuxième étage où défile depuis le passage de la tempête dévastatrice, une suite sans fin d’entrepreneurs locaux et d’habitants désemparés.

A Saint-Martin, il suffit de se pencher pour voir les stigmates de la tempête même si la neige est arrivée et a recouvert les routes, les pierres énormes fichées dans la rivière, les ruines retournées des maisons emportées par les flots. Impossible d’oublier ce drame "que ne peuvent comprendre ceux qui ne l'ont pas vécu", répète l’entrepreneur.

A trois mois et demi du drame, de nombreuses entreprises restent en difficulté. Il y a ceux qui n’ont plus de matériel, ceux qui n’ont plus d’espace nécessaire à la réalisation de leur activité et le drame, qui chaque nuit ou presque, les hante encore.

Soutien psychologique et juridique

Accompagné de son ami d’enfance, Jean-Christophe Téobaldi, lui aussi originaire de Saint-Martin-Vésubie et géographe de profession, Laurent Fredj a mis sur pied une permanence.

"Je suis référent de la Chambre des métiers et de l’artisanat et après le drame, c’est naturellement que je me suis tourné vers les entrepreneurs, car leurs demandes étaient nombreuses, constate-t-il. Sur les assurances, le calendrier des travaux et des aides."

Comme accéder, par exemple, au "Fonds exceptionnel de solidarité" mis en place après la catastrophe.

"Parler, étudier les différentes options, tenter de maintenir son entreprise à flots, c'est aussi une manière de ne pas perdre pied."

Tous les lundi, mercredi et vendredi de 14 heures à 18 heures, les deux hommes reçoivent chefs d’entreprises et particuliers. "L’occasion, explique le brasseur, de faire le point mais aussi de discuter, de recueillir les doléances et les espoirs." Des réflexions qu’ils consignent ensuite soigneusement à la mairie, chargée à son tour de faire remonter les requêtes aux services départementaux et régionaux.

"Parler, étudier les différentes options, tenter de maintenir son entreprise à flots, c'est aussi une manière de ne pas perdre pied, souffle Laurent Fredj. A Saint-Martin-Vésubie, vous avez des personnes qui habitent ici depuis des générations. Passer devant le lit de la rivière, qui a emporté nos entreprises, des vies, bouleversé notre quotidien, c'est très dur."

Les dégâts en chiffres

117 entreprises touchées par une perte d’exploitation

13 entreprises à relocaliser à la suite de la destruction partielle ou totale de leur outil de production

Une centaine d’habitations détruites ainsi que : l’extension du cimetière, le centre de secours des pompiers, la Gendarmerie, la scierie, la station-service, le stade de football, le city-stade, les tennis et le Centre Alpha... 

Une soixantaine d’habitations enclavées ou en péril. 

Une vingtaine de kilomètres de routes métropolitaines détruites ou endommagées sur la commune

Plusieurs dizaines de kilomètres de sentiers n’existent plus sur la commune, haut lieu du tourisme de randonnée pédestre

Une maison effondrée, le long de la piste qui mène de Saint-Martin-Vésubie à la Colmiane.
Une maison effondrée, le long de la piste qui mène de Saint-Martin-Vésubie à la Colmiane. Flora Zanichelli

Réfléchir collectivement pour repartir 

"Depuis le passage de la tempête Alex, nous sommes beaucoup dans le flou, explique Laurent Fredj. Quand les aides vont-elles arriver? Quel montant? Beaucoup de promesses ont été faites puis revues à la baisse. Avec le contexte Covid, cela devient très difficile."

D’autant plus dans une économie de village aux équilibres précaires. "Ce ne sont pas seulement les entreprises qui sont le plus en difficulté, poursuit-il. Ce sont aussi les commerçants. Saint-Martin-Vésubie est une destination touristique. Que va-t-on devenir si on ne reconstruit pas? Si notre village reste avec des installations provisoires? "

L’entrepreneur veut croire que cette crise peut être une opportunité, "de reconstruire mieux et plus durable". Mais pas seulement. Aujourd’hui, il s’agit surtout de jouer collectif. "C’est la force des petits villages de montagne, où tout le monde se connaît. Reconstruire ensemble, créer du lien en remettant sur pied notre village, c’est ce vers quoi nous devons tendre."

Son ami, Jean-Christophe Téobaldi, qui assure avec lui le volet "habitants" des permanences, recueille la parole des Saint-Martinois pour mieux planifier la reconstruction notamment des logements mais aussi "recueillir les idées proposées par les habitants pour les aménagements futurs".

Déjà, des habitants ont mis la main à la pâte, certains cherchent à consolider les talus, d'autres souhaitent récupérer le bois charrié par la rivière, d'autres, encore, comment effectuer un don pour les sinistrés les plus en difficulté. A chaque question posée par mail ou pendant la permanence, les autorités tentent de répondre.

Les pierres fichées le long de la piste provisoire goudronnée qui permet d'aller à la Colmiane.
Les pierres fichées le long de la piste provisoire goudronnée qui permet d'aller à la Colmiane. Flora Zanichelli

Lenteur de la bureaucratie et attentes des entrepreneurs

"La situation est urgente, estime Laurent Fredj car les pertes d’exploitation des entreprises seront compensées jusqu’au 1er octobre 2021. Un projet doit voir le jour d’ici là." L’homme ne peut s’empêcher de noter et regretter un décalage entre les exigences de rapidité des entrepreneurs et la lenteur des décisions bureaucratiques.

"Réaménager le territoire en trois ans? Les patrons qui ont des délais serrés, des aides qui peut-être finiront, ne sont pas du tout dans le même temps."

"On a parfois l’impression qu’ils ne réalisent pas l’urgence dans laquelle nous sommes, explique-t-il. Refaire le plan local d’urbanisme, par exemple, pour réaménager le territoire, en trois ans, c’est un laps de temps énorme… Dans un an, des entreprises fermeront boutique si on ne fait rien. Les patrons qui ont des délais serrés, des aides qui peut-être finiront, ne sont pas du tout dans le même temps."

 Vues aériennes des dégâts sur la commune de saint-martin-Vésubie provoqués par la crue de la vésubie lors de la tempête Alex en octobre dernier.
Vues aériennes des dégâts sur la commune de saint-martin-Vésubie provoqués par la crue de la vésubie lors de la tempête Alex en octobre dernier. Dylan Meiffret

Ce décalage empêche également les entrepreneurs de rebondir. "Certains attendent de savoir s’ils vont pouvoir sauver leur activité. Si jamais il n’y a rien à faire, ils se réorienteront, mais ils veulent être sûr que ce soit impossible avant."

"C’est un effet boule de neige, poursuit-il. Les entreprises Saint-Martinoises fournissent 85% des emplois en présentiel. Si ces emplois disparaissent, les gens vont partir, notamment ceux dont le logement a été détruit."

"On peut réfléchir à l’avenir, construire autrement, créer[...] Il faut rendre au village sa beauté, pour que les gens aient envie de revenir."

"On ne pourra pas reconstruire comme avant, même si ce qui nous est arrivé reste exceptionnel, constate Laurent Fredj. Mais on peut réfléchir à l’avenir, construire autrement, créer, pourquoi pas, une parc d’activité avec production d’énergie pour le village."

Pour l’heure, la mise en place d’une nouvelle zone d’activités fait son chemin. Il faut prendre en compte de nombreux paramètres. Comme l’espace alloué, l’accessibilité, notamment celle des poids-lourds… Les terrains susceptibles d’accueillir les entreprises, qu’ils soient communaux ou privés, sont en cours de recensement. 

"Nous avons l'impression d'être dans le provisoire et nous craignons que cela s'éternise. Il faut rendre au village sa beauté, pour que les gens aient envie de revenir, poursuit Laurent Fredj. Mais pour ça, il n'y a pas de secret, il faut de l'argent. Est-ce que les autorités pourront honorer leurs promesses? C'est toute la question et ça cristallise aussi toute notre attention... Sans compter, avec ça, la crise de la Covid..."

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