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Radars, airbag piéton, vitesse à 30 km/h, coaching... ces solutions pour sauver la vie des piétons

L'été 2021 a été marqué par des accidents tragiques sur la Côte d'Azur. En 2020, 11 piétons ont trouvé la mort dans les Alpes-Maritimes, en 2018, avant la pandémie, le bilan s'élevait à 20 décès pour les Alpes-Maritimes et le Var. Et plus de la moitié des accidents ont eu lieu sur des passages protégés. Quelles solutions pour éviter de risquer sa vie en traversant la rue?

Sophie Casals Publié le 14/09/2021 à 21:00, mis à jour le 14/09/2021 à 21:01
Traverser sur un passage protégé n'est pas un gage de sécurité... Pour éviter que les voitures n'empiètent sur le passage piéton, les mairies ont la possibilité de mettre en place 2 à 5 mètres avant le passage protégé une "zone tampon" matérialisée par une ligne discontinue. Photo S.C

Quel est le problème?

Il est dangereux de circuler à pied en ville. L'été a notamment été marqué par des accidents tragiques. A Ollioules, un enfant de 12 ans fauché sur un passage piéton est décédé,  tandis qu'à Nice une Audi a fini sa course sur le trottoir percutant une mère de famille. Jeudi 12 août 2021, un enfant est mort et un autre grièvement blessé après que deux chauffardes ont fauché une famille dans le centre de Fréjus.

Dimanche 12 septembre, un homme de 75 ans a été renversé sur la route de la Corniche. Il a été transporté vers l'hôpital de la Timone à Marseille.

En 2020, 11 piétons ont trouvé la mort dans les Alpes-Maritimes. En 2018, 13 personnes étaient décédées dans les Alpes-Maritimes et 7 dans le Var. Refus de priorité des conducteurs, allure excessive inadaptée, chute, manoeuvre d'un véhicule, conduite en état d'ivresse, sous l'emprise de stupéfiants, imprudence du piéton… sont à l'origine de ces décès.  

Chaque année, dans les Alpes-Maritimes et le Var, des centaines de piétons sont heurtés par des voitures, et blessés - pour plus de la moitié grièvement (c'est-à-dire qu'ils ont dû être hospitalisés). 

 

Traverser dans les clous ne garantit pas la sécurité.

En 2017, sur 287 accidents impliquant des piétons dans les Alpes-Maritimes, 149 ont eu lieu sur des passages piétons, d'après les données  fournies par l'Observatoire Interministériel de la sécurité routière. Quatorze piétons ont été tués, 140 ont été blessés grièvement. Parmi eux, seuls 53 se trouvaient sur la chaussée lorsqu'ils ont été percutés par une voiture ou un deux-roues. 

Alors comment améliorer la sécurité des piétons. Sensibiliser, innover, coacher, mieux aménager les traversées, verbaliser?
Tour d'horizon de solutions testées ici et ailleurs. *

*Cet article a été publié pour la première fois le 27 janvier 2019.

Limiter la vitesse à 30km/h

Des zones 30 km/h sont crées en ville. Photo Laurent Martinat (Photo Laurent Martinat) (Photo Laurent Martinat) .

Pour améliorer la sécurité des piétons, les experts mettent en avant des limitations de vitesse à 30 km/h. C'est en effet, l'une des mesures les plus efficaces et les plus économiques pour réduire la mortalité routière en ville.

 

"Entre 50 et 30 km/h, le risque de mourir pour un piéton percuté par une voiture passe de 70% à 10%", a rappelé Frédéric Héran économiste et urbaniste à l'université de Lille, à nos confrères des Echos

A 70 km/h le risque de décès est de 100%

A Paris, depuis le 30 août, la quasi-totalité des rues est concernée par la limitation de vitesse à 30 km/h. En France, plus d'une centaine de communes ont fait ce choix.

Dans la région, Mouans-Sartoux a été la pionnière, et depuis le début de l'année 2021, l'hypercentre d'Hyères est passé en zone 30.

A Nice, la mesure est annoncée pour 2026. 

Cannes joue sur la création de "zones 30" et de "zones de rencontre" où la vitesse est réduite pour protéger les piétons "dans les quartiers très fréquentés (centre-ville, centre-bourg, quartiers résidentiels, abords d’école)".
"L’objectif est de leur redonner la priorité, explique-t-on en mairie. Ils peuvent circuler sur la chaussée librement mais sans y stationner tout en ayant la priorité sur les véhicules; tous les véhicules peuvent y circuler (voiture, vélo, bus...), mais ceux motorisés ne peuvent excéder une vitesse de 20 km/h."
Les entrées et sorties de ces zones sont annoncées par une signalisation spécifique et l’ensemble de la zone est aménagé de façon cohérente avec la limitation de vitesse applicable.

Par ailleurs, pour casser la vitesse, les villes aménagent dos d'ânes, coussins berlinois, plateaux surélevés, chicanes...

 

Aménager la ville pour rendre les piétons plus visibles

C'est une ligne discontinue, située entre 2 et 5 mètres avant le passage piéton. Elle impose aux conducteurs de s'arrêter à son niveau si un piéton est engagé sur le passage clouté ou s'il en manifeste l'intention. 

L'expérimentation menée entre 2013 et 2014 à Strasbourg sur 9 passages piétons a montré une amélioration du comportement des usagers motorisés après la mise en place d’une telle ligne d’effet.

Depuis le 9 janvier 2019, les maires ont la possibilité de faire mettre en place ces zones tampon de sécurité en amont d'un passage protégé pour les piétons. 

"Selon les pointages effectués par le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA), les véhicules s’arrêtent plus aisément sans mordre sur le passage piéton", indique la Sécurité Routière.

Créer des îlots centraux sur des grands boulevards très efficaces en matière de sécurité

Par ailleurs le code de la route prévoit l'interdiction de stationner en voiture à moins de 5 mètres des passages protégés afin d'améliorer la visibilité entre les piétons et les conducteurs. 

"Trop peu de maires le savent alors qu'ils pourraient prévenir ces accidents", pointe l'association "Choisir le vélo".

 

Par ailleurs, l'Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) préconise des avancées de trottoir pour permettre une meilleure visibilité, mais aussi l'aménagement d'îlots centraux sur des boulevards urbains.

"Créés en milieu de voies multiples, ils permettent une traversée en deux temps: ils sont très efficaces pour la sécurité."

Les passages piétons "3D": une expérience pas concluante

En octobre 2018, Cannes ouvre la voie d'un nouveau type de passage clouté. Rue Félix-Faure, devant la mairie, une traversée piétonne, en trompe-l’œil est réalisée. L'effet trois dimensions est provoqué en jouant sur les teintes de couleur: blanc noir et gris.
Le conducteur a l'impression qu'un mur de bandes blanches lui barre la route, et du coup, il lève le pied.

Fin janvier 2019, c'est au tour de Menton de tester ce dispositif qui fleurit aussi à Paris. 

Deux ans après, l'expérience n'a pas vraiment été concluante.

A Menton, "le dispositif thermocollé n'a pas tenu dans le temps et s'est arraché au bout d'un mois".

"L’expérimentation n’a finalement pas répondu à nos attentes," explique-t-on en mairie de Cannes. L’effet de surprise provoqué par le trompe-l’œil et qui pouvait donc inciter à réduire sa vitesse s’est avéré éphémère. L’effet 3D généré par l’utilisation de 3 teintes : blanc – gris – noir s’estompe avec le temps, ce qui réduit l’effet 3D. Le passage est repassé en passage piéton dit "classique". " 

Une faible efficacité: c'est aussi la conclusion de l'étude réalisée par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) et publiée le 15 février 2021. L'objectif de cette analyse était d'évaluer sur des bases chiffrées ce qui se passe au bout d'une semaine, un mois, six mois, un an. "Est-ce que le dispositif change le comportement des conducteurs et des piétons durablement?" Par ailleurs, le Cerema a aussi analysé "la tenue dans le temps" du trompe-l’œil.

La conclusion est sans appel: "Si un effet sur les vitesses pratiquées peut être mesuré à la mise en service, résume le rapport, il reste très limité et s’estompe par un retour à la situation antérieure dans les 6 mois."

Ce passage piéton - réalisé dans le cadre d'une expérimentation nationale - peint derrière l'hôtel de ville de Cannes, rue Félix-Faure., ne s'est pas avéré efficace. Il a été remplacé par un passage protégé classique. Photo Patrice Lapoirie.

Des radars pour Verbaliser les refus de priorité

Depuis janvier 2018, l'arsenal pour renforcer la protection s'est durci en France. La constatation par vidéo-verbalisation est désormais possible pour l’infraction de non-respect des règles de priorité de passage aux piétons.

En cas d'infraction, la sanction est désormais très lourde: une amende de 135 à 750 euros, un retrait de 6 points (contre 4 auparavant) sur le permis de conduire, voire une suspension de ce dernier pour une durée de trois ans.

Encore faut-il que les passages cloutés soient dotés de vidéo-verbalisation. Équipé de multiples caméras, le "radar piéton" se déclenche dès qu'un véhicule refuse la priorité à un passant.

Au Canada, où ces agents verbalisateurs ont été déployés, les infractions ont diminué de 2/3.

En France, c'est à La Grande-Motte dans l'Hérault qu'il a été testé entre août 2017 et janvier 2018. Le radar "piéton" a prouvé son efficacité: de 900 infractions enregistrées le premier mois, le nombre est descendu à 300.

Mais l'équipement à un coût: 30.000 euros par radar.

 

Coacher les piétons… et les conducteurs

Les seniors sont particulièrement vulnérables, ils évaluent moins bien la vitesse à laquelle un véhicule arrive. Photo Sébastien Botella.

Des chercheurs travaillent au sein de l'Ifsttar sur les "comportements" des piétons. Notamment les plus âgés, particulièrement vulnérables. En effet, les seniors évaluent moins bien que les plus jeunes la vitesse à laquelle un véhicule arrive.

Ainsi, pour améliorer la prise de décision des personnes âgées, des séances de coaching sur un simulateur de traversée de rue ont été organisées.

On les a entraînés à mieux percevoir la distance et la vitesse des véhicules qui arrivent, à analyser visuellement toute la scène, et pas juste la voiture la plus proche d'eux."

Les résultats sont positifs: "immédiatement après l’entraînement, et même 6 mois après, ces participants traversaient moins souvent et acceptaient des fenêtres temporelles nettement plus larges. Ils initiaient la traversée plus rapidement, marchaient plus vite et adoptaient des marges de sécurité plus grandes," détaille Aurélie Dommes, chercheur à l'Ifsttar.

Avant de nuancer: "ces protocoles, avec simulateurs sont coûteux et donc difficiles à déployer à grande échelle. On travaille donc sur des casques de réalité virtuelle."

Elle met aussi en avant la nécessité d'entraîner et d'éduquer le conducteur.

Demain, des bracelets 3.0 qui vibrent et des airbags piéton

Les chercheurs ont eu l'idée d'un garde-fou technologique: un "bracelet vibrotactile"(1).

"On a testé la smartwatch en laboratoire, dans une situation où le piéton communique avec l'infrastructure et la voiture."

On paramètre la vitesse de déplacement de l'usager, et en fonction de ses capacités de déplacement et de la vitesse des véhicules dans la rue, le bracelet vibre pour signifier au senior qu'il ne doit pas traverser."

 

 

 

Cette aide à la décision 3.0 est-elle efficace? "C'est utile si le piéton suit le conseil, or les tests effectués montrent que ce n'est pas toujours le cas", tempère la chercheur.

Pour réduire le nombre d'accidents entre les véhicules et les piétons, on préconise d'intervenir sur 3 éléments: l'infrastructure avec des aménagements et une vitesse adaptés, les usagers et enfin la voiture.

Des systèmes innovants ont d'ailleurs déjà commencé à faire leur apparition. Ainsi, le constructeur Volvo a mis sur le marché une berline équipé du premier "airbag piéton".

En cas de collision, le coussin de sécurité situé sous le capot de la Volvo V40 se gonfle en 0,3 s pour amortir le choc. Et ce véhicule est aussi équipé de capteurs thermiques qui détectent la présence d'hommes ou d'animaux. Si le conducteur ne réagit pas, malgré les alarmes, le système freine au maximum.

(1). Le projet A-PIED a été mené par l'Ifsttar en collaboration avec le CEA List et l'université de Toulouse Jean-Jaurès.

Photo P.L, D.L et SC.

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