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Pont de Gênes, le retour à la vie #1 - Un chantier réalisé en temps record pour faire repartir la ville

Mis à jour le 31/07/2020 à 18:52 Publié le 02/08/2020 à 07:00
Le nouveau pont de Gênes, depuis la  colline de la Coronata.

Le nouveau pont de Gênes, depuis la colline de la Coronata. Franck Fernandes

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Pont de Gênes, le retour à la vie #1 - Un chantier réalisé en temps record pour faire repartir la ville

Le 14 août 2018, quand le Pont Morandi s’écroule, Gênes se retrouve coupée en deux. Pour les habitants et le fret, qui déverse sa marchandise dans ce premier port d’Italie, reconstruire un pont qui relie les deux rives devient alors une urgence. Commissaire extraordinaire, fonds européens, procédures accélérées, architecte renommé, l’Italie veut tourner la page. Et vite.

“Vous voulez voir le pont? Alors il faut aller sur la Coronata.” La Coronata? Un quartier de Gênes perché sur une colline, auquel on accède par une route étroite en épingle. Sur la place qui fait face au couvent Santa Assunta, reconverti en maison de retraite, les badauds se succèdent, portables à la main, pour immortaliser le nouveau pont, celui qui est venu remplacer le Pont Morandi, dont l’effondrement le 14 août 2018, a entraîné dans sa chute 16 voitures et fait 43 victimes. 

La nouvelle oeuvre de l’architecte italien Renzo Piano, également à l’origine du Centre Pompidou à Paris, s’élance d’une rive à l’autre de la vallée Polcevera. De ce belvédère improvisé s’élève la rumeur de la ville à laquelle se mêlent, au loin, celle des marteaux piqueurs et autres bruits métalliques. Depuis deux ans, Gênes n'est qu'un vaste chantier.

Un chantier rapide

Les curieux, qui se relaient viennent de Naples ou d’ailleurs en Italie, montent sur le muret qui permet de mieux distinguer cette nouvelle ligne droite et blanche, moderne. “Deux ans! Ils ont mis deux ans à le construire, vous vous rendez compte? Ils ont été rapides”, s’exclame Mauro, habitant du quartier. 

Il parle du nouveau pont avec une fierté pudique, celle des Gênois qui ont encore le coeur plein de “la tragédie du 14 août”, comme on l’appelle ici. Ce jour-là, son fils, qui travaillait dans l’entreprise sur laquelle une partie du pont s’est effondré a eu la vie sauve. Son collègue, resté faire du zèle en nettoyant le véhicule où ils faisaient leur tournée, n’a pas eu cette chance. Il devait être prochainement embauché. Mauro se tait.

L'architecte Claudia Gallone a participé à la supervision des travaux aux côtés du Commissaire extraordinaire.
L'architecte Claudia Gallone a participé à la supervision des travaux aux côtés du Commissaire extraordinaire. Photo Franck Fernandes
Réparer Gênes et l'Italie

A Gênes, chaque habitant porte en lui les stigmates de la tragédie. Claudia Gallone est l’une des architectes chargées de réaliser le projet de Renzo Piano aux côtés du Commissaire extraordinaire nommé d’urgence pour reconstruire le pont. Pendant deux ans, elle a supervisé le super chantier, dans la vallée du Valpolcevera, devenue le symbole d’un entre-deux. “Ici, tous les 14 du mois, je voyais la mère d’une des victimes. Cette dame a perdu son fils et vient depuis se recueillir, chaque mois.”

La construction du nouveau pont n’est pas seulement un super chantier. Il faut réparer Gênes, réparer l’Italie, regagner la confiance des Italiens alors que les scandales de corruption et de malversation viennent entacher le deuil de la ville. Des fonds extraordinaires sont débloqués à travers le décret Genova pour un chantier au coût colossal de 202 millions d’euros.

Sous le nouveau pont, 43 arbres ont été plantés en mémoire des 43 victimes de l'effondrement du 14 août 2018.
Sous le nouveau pont, 43 arbres ont été plantés en mémoire des 43 victimes de l'effondrement du 14 août 2018. Photo Franck Fernandes

Devoir de mémoire

Sous le pont, les ouvriers, les ingénieurs, les responsables viennent de l’Italie entière. Toute la structure résonne de tous les accents d’Italie. Il y a Davide, ingénieur originaire de Palerme, arrivé il y a plusieurs mois avec son entreprise, qui dort dans un logement réquisitionné à deux pas. “Speriamo bene (J’espère que ça va bien se passer)”, murmure-t-il pressé de voir le résultat final mais aussi anxieux des derniers ajustements.

Des panneaux solaires s’élèvent justement dans le ciel, récupérés par des ouvriers perchés au sommet. Cachés par la structure, certains semblent comme suspendus. “L’Europe a permis d’accélérer les procédures administratives en recourant à la manifestation d’intérêt, ce qui a permis de court-circuiter la bureaucratie italienne”, raconte Claudia Gallone.

Coiffée de son casque jaune, elle garde les yeux levés vers le ciel, heureuse du chantier qui touche à sa fin mais le coeur serré au souvenir de la tragédie. Elle montre les 43 arbres que des jardiniers s’attachent à mettre en terre. 43 essences différentes. “Il ne faudra jamais oublier pourquoi nous avons construit ce pont.”  

Un chef de chantier sous le nouveau pont. 325 entreprises ont été mobilisées pour sa réalisation et 4000 personnes ont participé aux travaux.
Un chef de chantier sous le nouveau pont. 325 entreprises ont été mobilisées pour sa réalisation et 4000 personnes ont participé aux travaux. Franck Fernandes
De super moyens pour un super pont

Le chantier du nouveau pont de Gênes a mobilisé 325 entreprises et 4.000 personnes qui ont travaillé 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Au lendemain du drame, l’Etat italien adopte le “decreto Genova” (décret de Gênes), un texte qui permet la nomination expresse d’un commissaire extraordinaire chargé de superviser les travaux, l’exclusion du concessionnaire Autostrade, accusé de manquement à l’entretien du pont, de la reconstruction.

L’Etat se porte garant à hauteur de 360 millions d’euros. “Même le coronavirus n’a pas eu raison de leur mobilisation”, murmure-t-on sous le pont. La structure doit rassurer. Le nouveau viaduc, en béton-armé et acier, est long de 1.067 mètres et composé de 19 travées, soutenues par 18 piles de 40 mètres de haut.

Pour le réaliser, le Génois Renzo Piano s’est inspiré de coques de bateau pour la forme, en hommage au port de Gênes la Superbe. Ultra-moderne, l’oeuvre est aussi très technologique.

Des robots intégrés sont chargés d’en contrôler l’état. A la moindre fissure, une alerte se déclenche. Un système de récolte des eaux pluviales est également présent, un point essentiel dans cette région sujette aux pluies diluviennes.


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