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On vous raconte les coulisses de notre dossier Solutions: "Quels remèdes aux déserts médicaux?"

Pendant un mois et demi les journalistes de la rédaction Solutions ont cherché quelles réponses pouvaient permettre de faire reculer les déserts médicaux, en ville et en zone rurale. Plongée dans les coulisses de nos reportages.

Sophie Casals, Virginie Rabisse, Flora Zanichelli et Gaelle Belda Publié le 17/01/2022 à 20:00, mis à jour le 23/01/2022 à 19:01
Comment garantir l'accès aux soins pour tous dans les dix prochaines années? Illustration Chloé Woirgard

Le vote est sans appel. Nos lecteurs, à 42%, ont choisi "Quels remèdes aux déserts médicaux?" La difficulté d'accès aux soins, en pleine crise sanitaire, les préoccupe. Ils souhaitent que nous enquêtions sur ce thème qui arrive loin devant le sujet "comment se loger sans se ruiner" (22% des voix), tandis que "faire face au complotisme" obtient 36% des suffrages.

A peine le vote clos, on s'empare du sujet. En conférence de rédaction, nos journalistes Santé Nancy Cattan et Axelle Truquet, nous suggèrent des interlocuteurs pour éclairer nos reportages, proposer des pistes de solution.

Pour trouver un titre accrocheur à la couverture de ce nouveau dossier, toute la rédaction web cogite. Ce sera "Doctovide" (merci Félicien Cassan!), sur une jolie illustration signée Chloé Woirgard.

Interview d'experts pour établir un état des lieux

Flora Zanichelli et Sophie Casals identifient les secteurs sous tension. Et ce n'est pas uniquement dans les zones rurales que les patients ont des difficultés à se faire soigner. En effet des déserts médicaux apparaissent aussi en ville. A l'Ouest de Toulon notamment. Notre confrère Paul-Henri Coste avait relevé en avril une pénurie de généralistes dûe à des départs en nombre à la retraite.

 

Sept mois après son reportage la situation ne s'est guère améliorée comme le confie Jean-Luc Le Gall président de l'ordre des médecins du Var.

Son homologue des Alpes-Maritimes Jacqueline Rossant pointe, elle-aussi, des secteurs à surveiller comme la Madeleine à Nice.

"Les praticiens ne sont pas bien répartis et on en manque aussi. Nous n'avons plus assez de médecins hospitaliers et de médecins en ville."
Pr Olivier Guérin

Le constat est alarmant: les départs à la retraite des médecins traitants, risquent de faire émerger dans les 5 à 10 ans de nouvelles difficultés en ville.

Derrière les chiffres, les analyses, les projections comment la situation se traduit-elle chez ceux qui en font les frais: les patients?

 

On décide de leur poser la question.

On sollicite nos lecteurs pour qu'ils témoignent

Stéphanie, Maurice et Emmanuelle témoignent de leurs difficultés d'accès aux soins. Photos Cyril Dodergny, Eric Ottino et DR.

"Avez-vous des difficultés à obtenir un rendez-vous médical?", nous vous avons ainsi demandé sur nos sites. Pour comprendre les conséquences du manque de médecins dans votre quotidien.

La détresse, l'incompréhension, la colère transpirent de ces récits.

A Nice, Maurice raconte ainsi à Gaelle Belda comment il se démène pour tenter d'obtenir des rendez-vous chez des spécialistes, tandis qu'à Vidauban ou Gonfaron, Emmanuelle et Gérard disent "l''angoisse et le stress" de ne pas être bien pris en charge.

Près d'une quinzaine de témoignages émanent d'habitants de Vidauban, une commune en plein essor démographique qui a perdu la moitié de ses médecins en 1 an.

 

Cap sur Vidauban et Brignoles

En décembre, le docteur Jordi Madurell nous a ouvert la porte de son futur cabinet, dans le centre de Vidauban. Photo S.C.

Alors, c'est à Vidauban, 13.500 habitants, que Sophie part mi-décembre. Elle rencontre Suzanne, une habitante qui peine à trouver un médecin traitant alors qu'elle se remet doucement d'un cancer, mais aussi le docteur Patrick Canonge.

Ce médecin à la retraite a proposé ses services à la commune pour répondre à la crise, il est le coordinateur de la future Maison de Santé pluri-disciplinaire. En mairie, Claude Pianetti nous reçoit et détaille comment il se démène pour attirer des docteurs. Avec le soutien sans faille du retraité.

Dehors, le parvis et la place sont recouverts de gel. Les agents municipaux ont salé, mais le docteur Jordi Madurell qui s'apprête à accueillir ses premiers patients en janvier nous invite à la prudence. Pas le moment de se casser une cheville alors que les médecins sont débordés.

Une infirmière témoigne de l'urgence de répondre aux besoins des patients. Aux côtés de nombreux professionnels de santé elle se bat pour que la Maison de santé voit le jour au plus vite.

 

De reportage en reportage nous rencontrons des soignants catastrophés par la situation, mais très impliqués pour faire en sorte que ça aille mieux et passionnés par leur métier. 

À Brignoles, c’est le cas du Dr Romain Flamant qui reçoit Virginie Rabisse.

Jeune généraliste formé à la fac de médecine de Marseille, il a réalisé une partie de son internat en centre Var. Pour lui, s’investir dans la ruralité n’est pas même pas une question: aujourd’hui, c’est là qu’on a le plus besoin de lui. Alors ce mois-ci, il a ouvert son premier cabinet dans la cité des Comtes de Provence. 

S’il était déjà très attendu, l’article paru dans le cadre de notre dossier Doctovide a accru l’impatience de voir un nouveau médecin s’installer dans la ville sous-préfecture. "

Les retours sont très bons!", a-t-il écrit à Virginie.

 

A Rians, naissance du projet de gynécobus

Les initiatives viennent parfois d’une seule personne. Dans l’arrière-pays varois, Laure Fabre, sage-femme à Rians, est à l’origine du projet de Gynécobus.

Bien sûr, aujourd’hui, elle n’est plus seule: son idée de médecine ambulante a convaincu les élus du haut Var, ainsi que la communauté professionnelle. Elle-même le dit: le défunt Richard Lamouroux, dernier directeur du centre hospitalier Jean-Marcel à Brignoles, a beaucoup soutenu le projet.

N’empêche que sans cette jeune femme tellement convaincu que des solutions existent, une telle initiative ne verrait pas le jour.

Laure Fabre est l’âme du Gynécobus: c’est elle qui a présenté l’idée aux élus en 2019. (Photo V. R.).

La téléconsultation en pharmacie, une vraie solution?

Pour Virginie, travailler sur la question des déserts médicaux, ce n'est pas que des rencontres aux confins du Var, mais aussi des reportages à deux pas de l’agence toulonnaise de Var-matin. Parce que les déserts médicaux, on ne les trouve pas qu’en zone rurale.

C’est ainsi que Frédéric Janin, pharmacien en plein cœur de la capitale varoise, accepte de faire une démonstration avec la borne dont il a équipé son officine pour rendre service à ses clients. Charlotte sur la tête et gel hydroalcoolique à porté de main, Covid oblige, le pharmacien a pu obtenir une consultation avec un médecin… breton!

Devant une journaliste un peu effarée, il assure: "Un médecin du quartier m’a supplié d’arrêter de lui envoyer des patients." Le médecin en question, on l’a appris peu après cette rencontre, prendra sa retraite très prochainement. Et vu l’état des lieux à Toulon, pas sûr que deux ou trois bornes de téléconsultation disséminées à travers la ville puissent être plus que des palliatifs à la pénurie de généralistes.

Organiser des communautés de soignants

C’est avec ce constat que Virginie contacte le Dr Wilfrid Guardigli, président de la communauté professionnelle territoriale de santé La Seyne - Toulon-ouest.

Pour lui, une solution pour faire face à la désertification médicale, c’est d’organiser la communauté des soignants pour que les patients soient mieux orientés et que les médecins puissent se concentrer sur le cœur de leur métier.

 

Le médecin semble presque exaspéré qu’une telle organisation ne voit le jour que maintenant. Depuis la maison médicale Caduceus de La Seyne, il pilote une association de quelque 150 professionnels de santé tous convaincus que, même en étant libéral, c’est l’union qui fera la force.

Dans la vallée de la Roya, à la frontière avec l'Italie, c'est aussi l'union qui a permis de sortir de l'impasse.

Comment? Pour le savoir, Flora Zanichelli prend la route avec Quentin Lazeyras journaliste-vidéaste qui vient de rejoindre en ce début janvier la rédaction web.

Dernière étape dans la vallée de la Roya

Sur la route avec le docteur Gerschtein, à l'origine de la Maison de santé de la Roya, entre Breil et Tende. Photo F. Z.

"Comment attirer les jeunes praticiens et les garder?" C’est une question que se pose régulièrement Jean-Louis Gerschtein, président de la Maison de santé (MSP) de la Roya.

Jeudi 13 janvier, Flora le rencontre donc accompagnée par Quentin, derrière la caméra.

Elle veut comprendre comment cette maison de santé est devenue un modèle en matière de lutte contre les déserts médicaux.

 

Dix ans après sa création, cette structure qui dispose d’un site à Tende et d’un autre à Breil, compte 33 professionnels de santé qui s’activent de manière coordonnée sur un territoire particulièrement fragilisé par le passage de la tempête Alex.
Si les Maisons de santé sont souvent évoquées comme remède aux déserts médicaux, toutes ne sont pas efficaces.

"Il faut anticiper l’action et considérer que le système reste fragile car profondément humain"
Docteur Gerschtein

Dans sa tâche, il est accompagné par une figure centrale, l’infirmière Christelle Gregorio, aujourd’hui coordinatrice de la MSP et véritable relais entre les professionnels et l’administration. En chef d’orchestre, elle veille à ce que chacun puisse travailler sereinement, sans avoir à gérer la paperasserie en plus des actes médicaux.
Six internes passés par la MSP ont été recrutés depuis 2012 et le succès du modèle se diffuse au delà de la vallée. Un établissement va être créé sur Menton et ouvrira ses portes en mai 2022.

L'exemple Suédois, un modèle à suivre?

Et ailleurs, comment d'autres pays organisent-ils leur système de santé pour permettre un bon accès aux soins de leurs citoyens?

Avant de refermer la page de ce dossier Gaelle se penche sur l'exemple de la Suède, pour décortiquer leur stratégie et voir si elle serait applicable en France.

Des réponses, mais Pas de remède miracle

Au fil de ces semaines d'enquêtes nous avons cherché quelles réponses seraient susceptibles de garantir l'accès aux soins pour tous dans les 10 prochaines années.

Formation à la médecine rurale, incitation à l'installation sur certains territoires démunis, numerus clausus assouplis, médecine itinérante, exercice coordonné de la médecine… Nous avons exploré ces pistes, mais aussi leurs limites. Car ces solutions ne sont pas des remèdes miracles.

Alors que nous clôturons cette enquête, la question s'invite peu à peu dans la campagne présidentielle. Avec la crise sanitaire, difficile pour les candidats d'éviter le sujet.

 

"J'espère que vos reportages feront bouger les choses."

Suzanne, patiente à Vidauban

Du côté de nos lecteurs, invités à partager leurs propositions pour la France, dans le cadre de "Moi, président" figure le problème de la pénurie de médecin dans certains secteurs. Une maison de santé: l'idée est proposée par Suzanne.

Vous savez cette retraitée rencontrée à Vidauban.

"J'aurais besoin d'un suivi, et je ne l'ai pas, vous trouvez ça normal?", nous avait-elle soufflée, désabusée, derrière son masque. Dans son salon elle nous avait dit regretter que le sujet ne soit pas suffisamment au coeur de la campagne.

"J'espère que vos reportages feront bouger les choses." Nous aussi.

 

Votez pour le prochain dossier

Quel sera notre prochain thème d'enquête ? Vous avez le choix entre 3 sujets: sur la route comment éviter les drames, quelles solutions pour rompre la solitude et comment faire face au complotisme ?

Pour l'instant c'est le complotisme qui fait la course en tête. Vous pouvez encore voter jusqu'à ce mercredi 19 janvier 

 

Pour prendre part au vote, cliquez ici.

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