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"Migraines effroyables", "tentative de suicide", "solitude"... Ces étudiants oubliés et laminés par la Covid-19 racontent leur descente aux enfers

Mis à jour le 21/01/2021 à 11:25 Publié le 21/01/2021 à 11:25
Raphaël, étudiant en musicologie:  "Je ne décroche pas, mais ça me lamine"

Raphaël, étudiant en musicologie: "Je ne décroche pas, mais ça me lamine" Photo Frantz Bouton

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"Migraines effroyables", "tentative de suicide", "solitude"... Ces étudiants oubliés et laminés par la Covid-19 racontent leur descente aux enfers

Etudiants au bord de la dépression, tentatives de suicide, mal-être contagieux: les 45.000 étudiants de la Côte d'Azur subissent la double peine des facs confinées et de la perte des jobs d’appoint. Deux étudiants témoignent.

Cet automne, elle a failli commettre l’irréparable. Samu, urgences, hospitalisation... Sauvée, mais désormais sous cachets. "A 19 ans, gober des anti-dépresseurs et des régulateurs d’humeur, ce n’est pas ainsi que je voyais ma jeunesse...".

Malgré un look rock, piercing et lunettes rondes à la John Lennon, Tracy est une étudiante concernée. Boursière au mérite. Loin de l’image post-soixante-huitarde de l’étudiant insouciant, rebelle avec ou sans cause arborant le sourire provoc qui hurle "Je suis jeune; quoiqu’il arrive, le monde est à moi".

Avant l’irruption de la pandémie, Tracy jonglait avec sa passion de la musique au conservatoire et ses études d’anglais.

Avec son désir à trois ou quatre ans avec un master 2 d’accrocher le concours d’enseignant.

Le taux d’incidence du virus du désespoir est hors de contrôle sur les campus : Tracy a ainsi cherché à en finir avec ce destin d’étudiant fantôme.
Le taux d’incidence du virus du désespoir est hors de contrôle sur les campus : Tracy a ainsi cherché à en finir avec ce destin d’étudiant fantôme. Photo Franz Bouton

Seule dans sa chambre de cité-u

Et puis la Covid est arrivée. La petite boursière s’est retrouvée seule dans sa chambre de cité-U. "Seule sans les profs, sans avoir eu le temps de me constituer un groupe d’amis dans le monde nouveau de la fac, seule dans ces cellules... 9 m2 où tu fais 1/4 de tour sur toi-même et tu te laves, 1/4 de tour et tu manges, 1/4 de tour et tu dors et un seul pas en avant et tu sors!"

Pour elle, comme pour la plupart, le confinement est un choc. Celui, très vite, d’un simulacre avec ces enseignements en visio, avec des profs qui, même impliqués, découvrent en même temps cette terra incognita du "loin des yeux, loin de l’interaction et du débat": "On recevait des mails parfois à 23h30 pour des cours en visio le lendemain. Certains jours, on croulait sous les devoirs, puis plus rien. En cours de langues, on ne pouvait plus avancer... et ce simulacre a atteint son comble quand, en fin d’année, les examens se sont le plus souvent réduits à de simples questions à choix multiples. J’en aurais pleuré: je suis étudiante en anglais pas en QCM!!!"

La suite est un engrenage de désillusions, des tempêtes sous un crâne: "On sent bien que tout le monde fait semblant de continuer ses études". Autour d’elle, ça décroche à tout va. A posteriori, Tracy raconte son été.

Cette normalité retrouvée. Ce petit job dans un centre de dépistage covid. Un supplice de tantale. "J’ai gagné trois sous pendant l’été pour soulager mon père qui a un petit salaire. On retrouve nos profs enfin à la rentrée..." et le contrecoup est encore plus impitoyable lorsqu’en octobre, les portes de la fac sont de nouveau closes.

"Tout le mal que l’on nous fait"

L’impression d’être devenue un fantôme. La galère au quotidien quand une fois payée sa chambre en cité U, il lui reste 50 euros pour vivre. Et ce "stress glaçant d’être oubliée": "À la fin de l’été, les jeunes étaient les méchants vecteurs de tous les maux sanitaires. Des fêtards sans conscience près à contaminer tous azimuts papy et mamy juste pour faire la teuf. Mais on parlait de nous, au moins", ironise-t-elle.

"Et puis octobre est arrivé et nous avons disparu totalement des radars: nous n’existions plus. Ni pour les adultes lambda qui nous clashaient sur les réseaux sociaux sur l’air de “Oh les pôvres chéris, heureusement qu’ils n’ont pas connu la guerre”, ni pour ceux qui nous gouvernent. Tous faisaient pourtant confiance aux gamins de six ans pour aller au CP, mais pas à nous, jeunes adultes qui devrions pouvoir préparer notre avenir, nos vies futures sur les bancs de la fac! Personne ne s’est posé la question sur tout ce mal que l’on nous fait."

Sous l’acronyme TS - tentative de suicide -, le geste désespéré de Tracy est heureusement encore l’exception. Sauf qu’elle confirme la règle d’un profond mal-être chez les 18-25 ans.

A chacun ses stigmates; étudiant brillant en commerce international à Nice, Quentin, 19 ans, lui, lutte pour se forcer à espérer: "Je ne décroche pas, mais ça me lamine: les semaines où en BTS on n’a plus cours, je souffre de migraines effroyables. Je ne sais rien faire d’autre que passer mes journées à dormir".

D’un mauvais sommeil parasité par une petite musique de stress qui tourne en boucle dans sa tête. Un refrain dont tous connaissent les paroles: "Malgré ce simulacre, tes diplômes ne vaudront rien!"

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