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MAKING-OF. Dans les coulisses de notre dossier, “SOS petits commerces”

Comment les villes tentent-elles de sauver leur petit commerce? Pendant deux mois, le service Solutions s'est penché sur la question et a tenté de comprendre les leviers d'action des villes et des commerçants pour faire revivre leur centre-ville. Voici les coulisses de nos reportages.

Sophie Casals, Flora Zanichelli, Gaëlle Belda, Virginie Rabisse Publié le 18/03/2021 à 18:00, mis à jour le 22/03/2021 à 11:23
Notre vidéaste, Franck, en tournage dans les ruelles de Grasse. Ici avec Dominique Flavio, de la Maison Duplanteur. Photo Gaelle Belda

Pour le dossier du mois qui s'achève, tout a commencé fin décembre. Après une réunion de rédaction, nous avons proposé 3 thèmes à nos abonnés : le fichage numérique, le télétravail et la survie du petit commerce. Et ils ont voté à 48% pour "Comment sauver le commerce de proximité?"

Dès la clôture du vote, à la veille du Nouvel An, Sophie planche sur le sujet et sollicite les premiers interlocuteurs pour dresser un état des lieux de la situation, tenter de cerner le problème. 

Au bout du fil, Bernard Chaix, vice-président de la CCI Nice-Côte d'Azur en charge du commerce, puis Philippe Desjardins, président de la Fédération du commerce niçois livrent leur analyse.

 

Sur les enjeux et les solutions pour revitaliser le commerce, Sophie interviewe également Nicolas Gillio. Ce chargé de mission à la direction Ville et Territoire du Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement)  confirme la complexité du problème, à la croisée de l'urbanisme commercial, de l'attractivité d'une ville, de sa capacité à définir une stratégie, du pouvoir d'achat mais aussi des nouvelles habitudes de consommation. L’affaire est complexe. 

"Il n'y a pas de mode d’emploi type, mais des actions à décliner en fonction de la spécificité de chaque ville", observe-t-il. 

Opacité des chiffres

Dès le premier volet de l'enquête, nous butons sur un obstacle: obtenir des chiffres récents du taux de vacance commerciale des centres-villes. C'est pourtant un indicateur clé puisqu'il mesure la part de locaux commerciaux vides par rapport au total des locaux recensés et décrit ainsi avec précision la gravité de la situation. 

Au bout du fil, les institutions – villes ou chambres de commerce – ne sont pas très enclines à communiquer ces taux de vacance commerciales. 

Finalement, nous réussissons à obtenir ces données auprès du Procos, Fédération pour la promotion du commerce spécialisé. Sami Kitar, chef du bureau d'étude nous transmet des fourchettes de taux et leur évolution depuis 2015. 

 

Ces chiffres nous ont servi de référence pour orienter nos sujets d'enquête en les comparant  à ceux avancés par certains interlocuteurs.

Le petit commerce au coeur de l'action des maires

Vanessa Sanchez, manager du centre-ville de Cagnes-sur-Mer, accueille des porteurs de projet qui pourraient d'installer dans dans sa commune. Photo DR.

La question du commerce est sensible, les maires étant attendus par leurs administrés sur ce point. De bons ou mauvais chiffres sont imputés à l'efficacité de l'action municipale. 

Virginie s’en rend d’autant plus compte au moment de se pencher sur l’apparition récente des managers de centre-ville. Certains ne souhaitent (ne peuvent?) pas parler en leur nom: ils renvoient vers les élus municipaux chargés du commerce. Yoann Cousin, l’un de ces managers, le dit même clairement: si sa profession affiche un important turn-over, c’est parce qu’elle est à la merci des changements d’équipes municipales.

Mais la question du commerce est aussi politique dans le bon sens du terme. C’est ce que Gaelle et Virginie constatent, l’une dans les Alpes-Maritimes, l’autre dans le Var. Toutes les deux ont sillonné les rues de Grasse, Draguignan, Brignoles et Vallauris, bénéficiaires du plan Action coeur de ville.

 

Amélioration de l’habitat, réfection des parkings, "la reconquête de la ville, c’est un tout", commente le maire de Brignoles. Même son de cloche à Grasse où Marie-Madeleine Guallino, adjointe au maire, déléguée au commerce, à l'artisanat et à l’attractivité commerciale met les bouchées doubles pour ramener les gens dans le centre-ville : "On mise aussi sur une médiathèque, des places joliment retravaillées et notre grand projet Martelly avec 2.000 m² d’alimentaire, 1.000m² de halle du goût, 3.000 m² d’autres commerces et un cinéma avec six salles."

Des commerçants créatifs

Philippe et Gaelle, en tournage à Bricolités, avec Emmanuel Bouvier-Muller. Photo Camille Dubruel.

Face aux défis auxquels ils sont confrontés, des commerçants prennent en main leur destin et font revivre, contre toute attente, des rues peu passantes. Gaëlle et Virginie partent à leur rencontre accompagnés des vidéastes Franck, Philippe et Sophie. 

Objectif ? Comprendre pourquoi ça marche. Sophie, Erica, Dominique et Emmanuel ont raconté face caméra, parfois avec un peu de trac, leurs parcours et leurs difficultés. Des mots reviennent au fil des entretiens: pugnacité, qualité de l'accueil, originalité des produits, patience...

Pas de recette miracle

Au fil de nos reportages, de Grasse à Vallauris, Draguignan, Brignoles… on remarque que si les villes actionnent quelques grands leviers, les résultats sont plutôt disparates. Pourquoi des politiques qui semblent très bien marcher ici, fonctionnent moins bien ailleurs? 

Sans doute parce que la solution est aussi complexe que le problème. En matière de commerce, l’affirment les acteurs de la ville, pas de recette miracle. Les paramètres à prendre en compte varient d'un territoire à l'autre. 

Tout dépend de la capacité des acteurs locaux à faire naître et entretenir un climat d’affaire de confiance, notamment en passant par le partage d’informations concernant la conjoncture, ou l’accompagnement au montage de dossiers complexes reste une clé du succès.

 

D’Arras à Vence, pourquoi ça marche?

Franck Fernandes en train de photographier Amélie Serri, jeune commerçante à Vence, devant son concept store L'Atelier français. Flora Zanichelli.

Alors où trouver des villes qui s'en sont sorties? Nicolas Gillio nous met sur la piste d’Arras (Pas-de-Calais). L’accompagnement a été la clé du succès de cette ville autrefois en difficulté et qui aujourd’hui peut se targuer de bons chiffres en matière de petits commerces. La Ville a mis les bouchées doubles pour se réapproprier son centre-ville et était, il y a quelques années, dans la même situation que Grasse ou Draguignan.

L’exemple peut servir! Outre une étude accrue du comportement des consommateurs, Arras a cherché à contrer le problème des loyers, trop élevés dans le centre-ville. "Négociation", est le maître mot assure l’équipe commerciale avant de conclure, toutefois, qu’il n’existe pas de recette miracle. 

La Côte d’Azur peut se targuer aussi d’un petit succès en la matière : Vence, dans les Alpes-Maritimes, où le taux de vacance commercial dans le centre ville a diminué de quasi 50% en 10 ans, malgré la proximité de Polygone Riviera et de grandes villes du littoral.

Flora et Franck, notre vidéaste, prennent la direction de la cité des Arts pour décortiquer la politique de la Ville. Si le maire a constitué une équipe de 4 personnes entièrement dédiées au petit commerce, dynamisant ainsi le rapport aux commerçants, une certaine vitalité aussi se dégage des ruelles de la ville. 

 

Les commerçants viennent à la rencontre des clients, dans le cadre d’animations organisées par la ville… mais pas seulement. Des collectifs indépendants se sont constitués pendant le confinement, des idées ont émergé pour pouvoir maintenir le contact avec les clients. Dans cette ville, pas de doute, ça prend! Les nouveaux commerçants apportent un regard neuf sur la ville et, en s’appuyant sur les réseaux sociaux, réussissent à créer un lien jusqu’à ailleurs dans la région.

Zoom sur un quartier-village à Nice

Au coeur du dispositif, à Saint-Isidore, à Nice, un comité de quartier très actif. Et des commerçants inventifs. Photos Ga.B., E.O., NM.

Au niveau micro-local, Gaelle s'est particulièrement intéressée au quartier de Saint-Isidore, à Nice. Un secteur singulier, à l'ambiance de village et où les bouleversements urbanistiques font loi depuis quelques années. D'ici deux ans, près d'un millier de nouveaux logements y auront été livrés. Au pied de chaque immeuble: des cellules commerciales. Si ici, politiquement, on n'impose aucune stratégie, on tient, en revanche, à ce que le commerce de proximité soit adapté à l'afflux de population.

Mais voilà, le foncier flambe et les "petits" ont bien du mal à faire leur place. On parle de 350 à 450 euros le mètre carrés, dans une zone périphérique... Certains mastodontes parviennent à se positionner... banques, assurances. Les autres? Ils doivent trouver des formules, des idées. Le pizzaïolo a trouvé un lopin de terre à aménager. La fleuriste et le vétérinaire - déjà présents dans le quartier - ont partagé un local.  Le restaurant asiatique fait un pari, misant sur la qualité de ce qu'il produit à quelques encablures, à Carros, depuis trois ans. 

 

Leur secret, c'est l'inventivité, la volonté... et un comité de quartier très actif. A sa tête, Maurice Tornési, secondé par Christophe Arione. Ils se battent pour le stationnement, l'embellissement,  pour accompagner tout ceux qui voudraient y développer une action... Ils sont le lien entre municipalité, commerçants et habitants. Se fédérer: c'est véritablement une des clés de leur succès. 

Associer culture et commerces, le secret de nos voisins italiens 

Des activités au marché Lorenteggio à Milan, relancé grâce au concours d'une association culturelle. Dynamoscopio.

Pas très loin de chez nous, de l’autre côté de la frontière, comment s’en sortent nos voisins italiens? Avec l’éclairage de professeurs de l’université de Parme, Flora se penche sur la question et dégote un exemple atypique de sauvetage de petit commerce. Dans une banlieue de Milan, les commerçants d’un marché couvert, présents depuis des générations, se sont alliés avec une association culturelle investie dans la régénération urbaine. 

Ensemble, ils ont repensé le marché, non plus comme seul lieu de vente, mais comme espace de partage et de réflexion sur le vivre-ensemble. Aidés par des fonds italiens et européens, le modèle prend forme et s’inscrit désormais dans une réflexion plus ample sur la ville. 

L'occasion d'amorcer nos réflexions pour le thème suivant peut-être? Nos abonnés ont voté et choisi : "Nos villes en 2040". Le futur dossier à retrouver dans la rubrique #Solutions! 

 

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