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Les violences conjugales ont-elles augmenté pendant le confinement à Monaco?

Mis à jour le 09/06/2020 à 21:46 Publié le 09/06/2020 à 21:05
"Les victimes ont souvent honte. Alors que ce devrait être l’agresseur", selon la présidente du Comité pour la promotion et la protection des droits des Femmes, Céline Cottalorda.

"Les victimes ont souvent honte. Alors que ce devrait être l’agresseur", selon la présidente du Comité pour la promotion et la protection des droits des Femmes, Céline Cottalorda. Photo Jean-François Ottonello

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Les violences conjugales ont-elles augmenté pendant le confinement à Monaco?

Tant redouté, le confinement n’a pas fait exploser les plaintes, ni déborder la justice à Monaco. Mais des femmes en danger ont dû être isolées et les défenseurs des droits restent sur le qui-vive.

C’était l’une des plus grandes craintes du confinement.

Que le huis clos pèse tant sur le moral que les tensions grimpent et les coups pleuvent dans les foyers. "Quand on a appris le confinement, on s’est dit que certaines situations allaient exploser, que ce n’était pas possible autrement", concède Véronique Segui-Charlot, chef de division à la Direction de l’Action et de l’Aide Sociales (DASO).

Alors, oui, des coups pleuvent toujours en toute impunité à Monaco. Comme ailleurs.

Mais les efforts combinés de l’État, des associations, de la justice, de la police et du Comité pour la promotion et la protection des droits des Femmes semblent payer.

Petit à petit, les tabous s’effritent. Les victimes brisent le silence. Les témoins parlent. Jusqu’à faire trembler les bourreaux ?

S’il faudra plus de recul pour mesurer réellement l’impact du confinement sur les violences faites aux femmes, les premiers indicateurs dressent un tableau moins noir que ce que l’on pouvait craindre à Monaco.

"On n’est jamais à l’abri"

D’un point de vue statistique, aucune plainte n’a été enregistrée par la Sûreté publique durant le confinement et le Parquet étudie trois dénonciations de faits. "On a eu finalement assez peu de signalements. Il n’y a pas eu de recrudescence des violences, se félicite la déléguée interministérielle pour les droits des Femmes, Céline Cottalorda. À l’heure d’aujourd’hui, la situation semble apaisée et calme. Bien sûr, on n’est jamais à l’abri, soit qu’il y ait des situations pas déclarées et qui existent, soit que des situations se déclarent dans le futur."

Le déconfinement a tout de même éteint une angoisse chez Véronique Segui-Charlot. "On aura plus de facilités à gérer, parce que toute la difficulté en confinement c’était de ne pas avoir accès aux gens, et inversement."

D’où l’importance de maintenir une veille et d’étendre le réseau d’alerte. "À Monaco, on a quand même un maillage assez fort. Quand on apprend quelque chose il y a toujours un relais pour essayer d’intervenir", note Véronique Segui-Charlot.

Les campagnes de communication ayant vocation à se multiplier selon Céline Cottalorda.

Le but : "faire sauter les tabous sur ce sujet délicat où, malheureusement, ce sont souvent les victimes qui ont honte. Alors que ce devrait être l’agresseur…"

"Le devoir d’alerter"

Durant le confinement, une boîte mail (sos-violences@gouv.mc (en complément du 17 et du 93.15.30.15). Service accessible 24h/24) gérée par la Sûreté publique a ainsi vu le jour.

Les confessions téléphoniques étant presque impossibles pour des victimes contraintes à la promiscuité avec leurs tortionnaires. "L’idée était aussi de sensibiliser les voisins, de dire que si on entendait davantage de cris et qu’on se posait des questions, on avait ce devoir d’alerter", estime Véronique Segui-Charlot, qui gère également l’attribution de logements provisoires d’urgence pour les femmes en détresse.

Trois femmes ont ainsi été extirpées d’un péril.

L’une est toujours dans un refuge ; une autre a regagné son domicile ; la dernière est même "repartie dans son pays d’origine, parce qu’elle n’avait pas de soutien familial et amical ici".

Car au bout de quelques jours, parfois de plusieurs mois, ces femmes reviennent souvent vivre sous le même toit que leurs agresseurs.

Des foyers sous tension où des victimes collatérales font l’objet de toutes les attentions de la DASO. "Les enfants sont peut-être moins impactés physiquement, mais psychologiquement ça fait des ravages", prévient Véronique Segui-Charlot.

Trois affaires dénoncées à la justice pendant le confinement

Depuis le 1er janvier 2020, 22 affaires de violences envers des femmes ont été dénoncées devant la justice à Monaco, dont trois durant le confinement.

"Deux dossiers sont encore en enquête et le troisième, concernant des faits de violences conjugales et de viol qui auraient perduré depuis 2012, a été soumis au magistrat", précise-t-on du côté du Parquet.

Dans les deux premiers dossiers, les victimes ont bénéficié d’un logement provisoire grâce à la Direction de l’Action et de l’Aide Sociales (DASO).

Aucune décision de justice n’a été rendue et aucune audience n’a dû se tenir en urgence durant le confinement.

Des faits de violences ont été dénoncés le 23 mai, pendant le déconfinement.

Ils concernent un couple dans les radars de la justice depuis plusieurs mois.

L’AVIP, un phare dans la nuit

C’est un sanctuaire. Un lieu de confidences et de confiance. Sans jugement.

Durant le confinement, comme chaque jour depuis sa création en 2014, l’Association d’Aide aux Victimes d’Infractions Pénales (AVIP) a été le phare des âmes en détresse, des corps meurtris.

De victimes qui ne sont pas faibles, encore moins coupables.

Sept signalements de violences ont été recensés par l’association en ces temps de crise sanitaire. "Trois cas de violences récurrentes et quatre femmes qui avaient besoin d’aide alors que le confinement créait une atmosphère anxiogène dans leur foyer. Des personnes qui avaient besoin d’écoute, de décompresser avant que la situation ne se dégonfle d’elle-même", dévoile la directrice générale de l’AVIP, Valérie Campora-Lucas.

"Il y a eu de grosses tensions psychologiques, je crains pour les enfants"

Parmi ces victimes, deux ont été aiguillées vers l’AVIP par le CHPG (après avoir subi des blessures physiques), deux par la Sûreté publique (sans dépôt de plainte), enfin trois se sont présentées d’elles-mêmes. "Nous avons reçu beaucoup de mails", confie Valérie Campora, qui révèle que "le plus inquiétant était de trouver des hôtels en urgence à Monaco alors qu’ils étaient fermés".

Avec le soutien de la DASO, une victime a ainsi pu trouver refuge au Fairmont. Sur le pont 7j./7, Valérie Campora craint une deuxième vague. "Il y a eu une recrudescence à la sortie du confinement, beaucoup de gens qui ont parlé, et je crains pour les enfants. Il y a eu de grosses tensions psychologiques et il faudra surveiller comment ils s’en remettent, notamment à la rentrée scolaire."

Céline Cottalorda, elle, insiste sur la nécessité de donner "d’autres possibilités" aux victimes.

L’Ordre des pharmaciens a ainsi donné son accord pour rester dans le “cercle des confidents” des victimes de violences conjugales. "Quand la personne est prête à se confier à un instant T, il ne faut pas la perdre, résume la directrice de la DASO, Véronique Segui-Charlot. Si elle se sent prête chez le pharmacien, qui lui est familier, il peut y avoir un premier contact".

AVIP. 0800.91.90.10 (n° vert) ou +377.93.25.00.07.


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