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Les Azuréens et les Varois champions de la fraude dans les TER

Avec plus de 22 % de fraudeurs, les Azuréens, de Nice à Toulon, décrochent la palme régionale de la resquille. Chaque année, la SNCF perd 10,5 millions d'euros en Paca qu'elle peine à recouvrer

Guillaume Bertolino et Eric Marmottans Publié le 13/01/2016 à 14:07, mis à jour le 13/01/2016 à 05:06
Se munir d'un billet avant de monter dans le train ? Sur la Côte, ils sont plus de 22 % à s'en affranchir. Presque un usager sur quatre ! (Archive photo Frantz Bouton)

Le prix d'une rame de nouvelle génération. Un mois de recette. Voilà ce que représente aujourd'hui, le coût de la fraude dans les trains express régionaux (TER) en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Et pompon sur la Riviera, c'est entre Menton et Mandelieu que les resquilleurs de tous bords sont les plus actifs.

Un phénomène que déplore la SNCF. « Nous distinguons deux types de fraudeurs », explique Joëlle Redor, directrice commerciale et qualité pour TER. « Pour PACA, la fraude s'élève à 18 %. Dont 13 % de fraude dure qui représente un manque à gagner de 10,5 millions d'euros ». La fraude dure ? « Celle des usagers qui n'ont pas de billets du tout ou des titres non compostés qui ne génèrent donc pas de chiffre d'affaires. On la distingue de la fraude occasionnelle. Il s'agit plus souvent de la billétique non validée faute de connaissances techniques par nos abonnés qui sont quand même prélevés tous les mois. Cette dernière est en hausse et atteint aujourd'hui 5 % des usagers ».

Voilà pour les moyennes régionales. Car sur la Côte, la fraude grimpe à 22,3 %. Dont 17 % de fraude dure (contre 8,9 % en Provence-Alpes).

 

 

 

La Région met la pression

Voilà aussi pourquoi le tout nouveau président de la région Paca, l'Azuréen Christian Estrosi, met aujourd'hui une pression particulière sur les dirigeants de la SNCF. Et ce afin qu'une solution soit trouvée au plus vite. Ponctualité, antifraude et sécurité. Le candidat Estrosi à l'hôtel de Région avait fait du rail un cheval de bataille. N'oubliant pas de rappeler que la collectivité injecte chaque année 280 millions d'euros pour financer les TER…

Lundi à Marseille, il a souhaité équiper ses gares d'un dispositif de portes d'embarquement similaires à celles présentées en phase de test à Marseille Saint-Charles [lire notre édition précédente] pour le TGV. La balle est désormais dans le camp de la SNCF. Qui planche dur sur le sujet.

Pour Jean-Yves Petit, ancien élu régional, vice-président de la commission transports, le sujet est éminemment sensible : « Tout dépend de la façon de l'aborder. Soit par l'angle sécuritaire soit purement fraude. Christian Estrosi est clairement dans une logique sécuritaire. Installer des portiques capables de détecter titres de transports et objets ou matières dangereux semble utopique. Imaginez le résultat dans une gare comme Monaco aux heures d'affluence ! C'est ingérable ».

 

Installer des tourniquets comme en Ile-de-France ? « Cela ne peut se faire sans personnel habilité à intercepter les usagers « kangourous ». Et dans toutes les gares, je vous laisse imaginer le coût… »

Problème insoluble, la fraude dans le TER ? La SNCF - sommée d'apporter des réponses satisfaisantes d'ici à la fin du mois et l'amendement de la convention qui la lie à la Région - va déjà améliorer le recouvrement des PV qui reste souvent lettres… mortes.

« Seulement 10 % des amendes sont payées », avoue-t-on à Marseille. Raison principale : « Les resquilleurs indiquent dans 40 % des cas un faux nom et une fausse adresse ». Mais un rapprochement entre les centres de recouvrement (Béziers pour la région PACA) et les autres administrations devrait améliorer la donne. Le début d'année 2016 s'annonce duraille pour le rail.

Fini, les fausses adresses !
C’est l’une des techniques préférées des fraudeurs : donner une fausse adresse, par exemple grâce à une pièce d’identité contenant des informations périmées. Selon la SNCF, 42 % des procès-verbaux seraient dans cette situation, rendant impossible tout recouvrement! Pour pallier ce problème, les groupes de transport auront désormais la possibilité de demander au fisc ou à la Sécurité sociale la véritable adresse de ces petits malins.

Les mutuelles de fraudeurs interdites
Incroyable : il existe dans plusieurs villes de véritables « mutuelles » de fraudeurs, qui proposent, moyennant quelques euros de « cotisations » par mois, de prendre en charge le montant des amendes payées. Ce sera bientôt interdit : l’ouverture de souscriptions publiques ayant pour objet d’indemniser des amendes prononcées par la justice, déjà interdites en matière criminelle et correctionnelle, sera aussi prohibée pour les contraventions prévues par la police des transports.

Le Cannes-Saint-Raphaël de 16 h 59 était bondé. Impossible pour des contrôleurs d’y circuler. Photo DR.

 

Joëlle Redor, directrice commerciale et qualité pour TER à la SNCF : « S’appuyer sur les tests duTGV pour le projet TER »

C’est par une précision que commence l’entretien avec Joëlle Redor.Ce sont bien des portes d’embarquement qui sont en phase de test àMarseille et Paris sur le réseau TGV.« Et pas des portiques que l’on trouve dans les aéroports.Où la notion de sûreté et la détection d’objets divers s’ajoutent au contrôle des billets. Là, il s’agit d’un dispositif antifraude d’accès au quai. Quatre fournisseurs sont mis en concurrence avant de désigner celui qui équipera quatorze gares TGVd’ici à la fin 2017 ».

Le réseau TER pourra-t-il bénéficier du même genre d’équipementpour endiguer la fraude?
Oui, le réseau TER va appuyer sa réflexion sur les tests en cours pour déterminer son propre projet. Ce qui veut dire aussi que nous explorons toutes les possibilités et les moyens nécessaires à telle ou telle application.Je prends l’exemple des tourniquets.Si on les installe, il faudra des agents pour intercepter les « kangourous ».Combien cela va-t-il coûter au total?

Sur quel autre aspect matériel porte la réflexion?
La billétique. Aujourd’hui, la plupart des titres en papier ne disposent pas de codes barres.Sans ça, ça ne marche pas.Les abonnés pourraient, eux, en profiter.Mais on ne peut pas déployer un système pour une seule frange d’usagers… C’est pour ça qu’il est difficile de donner maintenant une date de déploiement pour le TER.

Pourquoi la fraude est si importante sur la Côte d’Azur?
Il y a d’une part la « crédibilité » du contrôle.Concrètement, comment voulez-vous contrôler les passagers d’une rame surchargée entre Nice et Monaco? Sur la ligne Marseille-Toulon, nous travaillons sur le chronogramme.C’est-à-dire le temps que doit consacrer un contrôleur à l’annonce des gares, des consignes de sécurité et au temps de contrôle.C’est faisable sur dix arrêts en omnibus.C’est plus délicat entre Vintimille et Cannes où les gares sont plus nombreuses et plus rapprochées. Les petits trajets favorisent la fraude, car c’est plus facile de passer entre les mailles du filet.

 

Les fraudeurs sont également mieux organisés?
Oui, on assiste au même phénomène qu’en banlieue parisienne. Les gens communiquent beaucoup.Par exemple quand nous montons une opération « tolérance zéro » avec filtrage aux quais, dans les dix minutes qui suivent SMS et réseaux sociaux passent le message et dissuadent les resquilleurs.

Quel est le profildu fraudeuren région Paca?
C’est plutôt un résident des Alpes-Maritimes. C’est plutôt un jeune homme âgé de 18 à 25 ans.Même si nous avons aussi beaucoup de « 13 ans à capuche ». Il y a des étudiants, chômeurs et plutôt « CSP - ». Il fraude sur des trajets relativement courts.

Alors quelles réponses?
Trois axes de travail. Le filtrage/accès aux quais ou le bouclage en sortie de train avec des barrières humaines. Les actions « coup de poing » avec des brigades d’agents contrôleurs et sûreté. Être visible dans les trains et sur les quais. Enfin mener des actions hors contrôleur lambda avec de vraies équipes spéciales antifraude. Notamme nt dans les trains et gares sensibles que nous avons identifiés.

Naufragés du rail : « le retard créé de l’insécurité »

Heure de pointe sur les quais àMonaco. (Photo J.-F.Ottonello).

Toujours prompt à « sauter » sur la SNCF, Éric Sauri, le président de l’Association des naufragés du TER Grasse-Vintimille, ne pense pas que la fraude soit la priorité numéro 1 de la SNCF : « On nous annonce des contrôles de trois secondes dans le meilleur des cas. Imaginez une rame de 500 voyageurs?25 minutes pour embarquer?On sera « sardinné » à l’extérieur et dans le train! » Pour celui qui fédère plus de 1500 membres dans le département, le problème est ailleurs : « On veut des trains à l’heure! Là, on rajoute une contrainte supplémentaire. Et quand on sait ce que cela coûte! » Aujourd’hui pour Eric Sauri la véritable peur des gens, c’est de ne pas arriver à l’heure.Pas de savoir si la fraude va créer de l’insécurité. « Celle de perdre son boulot à cause des retards.Je trouve même que les gens ont du mérite de payer quand on voit la qualité de service.On nous a promis de nous rembourser quand la mission n’était pas accomplie. On en est où? »

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