Le soulèvement continue en Iran: l'accès aux réseaux sociaux bloqué, 11 morts en six jours de manifestations

Les autorités iraniennes ont bloqué l'accès à Instagram et WhatsApp jeudi, après six jours de protestations contre la mort d'une femme arrêtée par la police des moeurs, dans lesquelles 11 personnes ont péri selon un bilan officiel.

AFP Publié le 22/09/2022 à 13:33, mis à jour le 22/09/2022 à 13:14
Une photo obtenue par l'AFP le 21 septembre 2022 montre des manifestants descendant dans les rues de la capitale Téhéran lors d'une manifestation pour Mahsa Amini AFP / -

Le décès de Mahsa Amini, âgée de 22 ans, a suscité de vives condamnations dans le monde alors que les ONG internationales ont dénoncé une répression "brutale" de manifestations. A la tribune de l'ONU mercredi, le président des Etats-Unis Joe Biden s'est dit solidaire des "femmes courageuses d'Iran".

La jeune femme, originaire du Kurdistan (nord-ouest), avait été arrêtée le 13 septembre à Téhéran pour "port de vêtements inappropriés" par la police des mœurs, une unité chargée de faire respecter le code vestimentaire strict dans la République islamique d'Iran, où les femmes doivent se couvrir les cheveux et n'ont pas le droit de porter des manteaux courts au-dessus du genou, des pantalons serrés ou des jeans troués. Elle est décédée le 16 septembre à l'hôpital.

Selon des militants, elle a reçu un coup mortel à la tête, mais les responsables iraniens ont démenti et annoncé une enquête.

Une Iranienne vivant en Turquie brandit les cheveux qu'elle vient de se couper en protestation après la mort de Mahsa Amini, à Istabul le 21 septembre 2022 AFP / Yasin AKGUL.

Les manifestations ont été déclenchés aussitôt après l'annonce de sa mort. Depuis elles ont touché une quinzaine de villes, jusqu'à la cité sainte chiite de Qom, au sud-ouest de Téhéran, cité natale du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Selon un dernier bilan publié par les agences iraniennes jeudi, sept manifestants et quatre membres des forces de sécurité ont été tués lors des protestations.

 

Les responsables iraniens ont nié toute implication dans la mort des manifestants.

Amnesty International a dénoncé une "répression brutale" et "le recours illégal aux tirs de grenailles, billes d'acier, gaz lacrymogène, canons à eau et coups de bâton pour disperser les manifestants".

"Contre-révolutionnaires"

Depuis le début des manifestations, les connexions sont ralenties et les autorités ont bloqué ensuite l'accès à Instagram et WhatsApp.

Une manifestante brandit le portrait de Mahsa Amini, à Istanbul le 21 septembre 2022 AFP / Ozan KOSE.

"Sur décision des responsables, il n'est plus possible d'accéder en Iran à Instagram depuis mercredi soir et l'accès à WhatsApp est également perturbé", a annoncé l'agence de presse Fars. Cette mesure a été prise à cause "des actions menées par des contre-révolutionnaires contre la sécurité nationale via ces réseaux sociaux", a précisé Fars.

Instagram et WhatsApp étaient les applications les plus utilisées en Iran depuis le blocage des plateformes comme Youtube, Facebook, Telegram, Twitter et Tiktok ces derniers années. De plus l'accès à Internet est largement filtré ou restreint pas les autorités.

 

Dans le sud de l'Iran, des vidéos datant apparemment de mercredi montrent des manifestants brûler un portrait immense du général Qassem Soleimani, tué par une frappe américaine en Irak en janvier 2020.

Ailleurs dans le pays, des manifestants ont incendié des véhicules de police et scandé des slogans hostiles au pouvoir, selon l'agence officielle Irna. La police a riposté par des gaz lacrymogènes et de nombreuses arrestations.

D'autres images montrent des manifestants résistant aux forces de l'ordre. Les plus virales sur les réseaux sociaux sont celles où l'on voit des femmes mettre le feu à leur foulard.

"Un choix"

Manifestation devant le consulat iranien d'Istanbul le 21 septembre 2022 AFP / Yasin AKGUL.

"Non au foulard, non au turban, oui à la liberté et à l'égalité!", ont crié des manifestants à Téhéran, leurs slogans ayant été repris par solidarité à New York ou à Istanbul.

Pour Mahtab, une maquilleuse de 22 ans coiffée d'un foulard orange qui laisse voir ses cheveux, interrogée à Téhéran, "le foulard doit être un choix, on ne doit pas nous forcer".

Les manifestations en Iran constituent "une secousse très importante" en Iran, "c'est une crise sociétale", a déclaré à l'AFP David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

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