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"Le secret de la confession plus fort que les lois de la République"? Jean-Marc Sauvé rappelle la supériorité de "l'obligation de protéger la vie"

Après les propos polémiques du président de la Conférence des évêques de France au sujet du secret de la confession, le président de la Commission sur les abus sexuels rappelle les principes de la loi et indique que la Commission pourrait rencontrer le pape dans les prochains mois.

A.R. Publié le 11/10/2021 à 16:00, mis à jour le 11/10/2021 à 15:53
Depuis la publication du rapport Sauvé, l'Eglise oscille entre stupeur et honte. Photo AFP

C'est l'un des débats qui agite la société, une semaine après la publication du rapport sur la pédocriminalité dans l'Eglise. Le secret de la confession peut-il être brisé pour dénoncer des faits tels que ceux qui ont fait près de 300.000 victimes en France, dans les années 50?

Mgr Eric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France avait affirmé la semaine dernière que le secret de la confession était "plus fort que les lois de la République".

Il avait expliqué que le rôle des prêtres n'est pas de dénoncer les crimes qui leur sont rapportés mais d'écouter les personnes qui se confessent, qu'ils soient auteurs ou victimes de ces crimes.

Une déclaration qui a déclenché un tollé et lui a valu d'être convoqué par Gérald Darmanin, pour "que les choses soient claires". 

 

Sauver la vie des personnes est une obligation supérieure au secret de la confession 

Ce lundi 11 octobre, c'est le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'église, Jean-Marc Sauvé qui rappelle les principes qui s'appliquent. 

Il affirme que "l’obligation de protéger la vie des personnes est supérieure à l’obligation du secret de la confession", dans un entretien à Famille Chrétienne. 

"L’obligation de protéger la vie des personnes est, de notre point de vue, supérieure à l’obligation du secret de la confession qui vise en particulier à protéger la réputation du pénitent", affirme-t-il. Il y plaide d'ailleurs pour que ce sujet ne "cache pas l'ensemble des recommandations" de sa commission.

Il est possible que la commission rencontre le Saint-Père dans les prochains mois

 

 

 

Jean-Marc Sauvé réaffirme ainsi le point de vue de la Ciase qui, dans ses 45 recommandations, a préconisé que les autorités de l'Eglise relaient un message clair sur l'obligation faite au confesseur de signaler aux autorités judiciaires et administratives les cas de violences sexuelles sur un mineur ou une personne vulnérable. 

"C’est à l’Eglise de chercher la voie qui permettra de surmonter la contradiction dans laquelle nous sommes", précise-il

M. Sauvé souhaite toutefois que "l’arbre du secret de la confession ne cache pas la forêt de l’ensemble des recommandations" de sa commission. 

 

Sur la façon dont l'Eglise doit s'y prendre pour reconnaître sa responsabilité, M. Sauvé préconise "concertation" et "dialogue" avec les victimes. "Pas d’unilatéralisme donc! Et pas de précipitation non plus. Cela vaut vraiment la peine de prendre trois mois, six mois ou même un an pour réfléchir à ce qu’il convient de faire". Il indique par ailleurs que la question d'une rencontre avec le pape "est à l'étude". "Il est possible que la commission rencontre le Saint-Père dans les prochains mois", affirme-t-il.

Nicolas Cadène, ancien rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité a rappelé ce que dit la loi à ce sujet. L'article 434-3 du Code pénal indique d'ailleurs que "le fait, pour quiconque ayant connaissance d'agressions ou atteintes sexuelles infligées à un mineur de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives (…) est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende".

Les peines montent à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende quand les infractions qui ne sont pas dénoncées sont faites sur un mineur de moins de 15 ans.

Un appel à la démission collective des évêques 

Parallèlement à cet entretien accordé à Famille Chrétienne, trois personnalités ont réclamé ce lundi 11 octobre, "la démission collective de l'ensemble des évêques en exercice", "comme un signe d'espoir et de renouveau". 

Il s'agit du cofondateur de l'association de victimes La parole libérée (aujourd'hui dissoute) François Devaux, de la directrice de la rédaction de Témoignage chrétien Christine Pedotti et de la théologienne Anne Soupa, qui milite depuis plusieurs années pour donner davantage de place aux femmes dans la gouvernance de l'Eglise. 

Selon eux, la démission "est le seul geste à la mesure de la catastrophe et de la perte de confiance dans laquelle nous sommes. C'est un premier acte de repentir concret, coûteux, à l'égard des victimes. C'est la seule attitude qui peut permettre de restaurer la maison Eglise".

C'est aussi "la seule façon de rendre possible l'indemnisation des victimes car la faillite de l'institution est aussi matérielle. Les fidèles ne veulent pas contribuer pour des fautes qu'ils n'ont pas commises. Mais dans une Eglise restaurée dans laquelle tous et toutes seront représentés, cette solidarité et cette fraternité nouvelles permettront de trouver les ressources financières nécessaires", détaillent-ils.

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