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"Le patient a réussi à me sauter dessus". Une aide-soignante agressée à deux reprises témoigne

Trois agressions physiques ou verbales, dont deux en trois jours. Encore récemment, une jeune infirmière s’est fait gifler à Nice aux urgences de Pasteur 2. Nathalie, aide-soignante, victime d'agressions n'en peut plus et souhaite quitter l'établissement.

Franck Leclerc Publié le 15/11/2021 à 09:45, mis à jour le 15/11/2021 à 09:43
Les conditions d’exercice se sont dégradées au fil des ans, selon une aide-soignante qui souhaite quitter l'hôpital Pasteur 2 de Nice. Photo Axelle Truquet

On l’appellera Nathalie. La quarantaine, elle est aide-soignante au CHU de Nice depuis "très, très longtemps". Un hôpital et un métier qu’elle veut quitter, les conditions d’exercice s’étant, selon elle, dégradées au fil des années. "Les agressions verbales et physiques aux urgences, ce n’est pas nouveau. Médecins, infirmières, aides-soignantes, brancardiers, agents hospitaliers, tout le monde est concerné", souligne-t-elle.

Le mois dernier, elle a été témoin de la gifle administrée par un patient alcoolisé qui prétendait sortir par une issue de secours en s’acharnant sur la serrure codée. "J’ai vu de loin. L’infirmière qui lui a demandé d’emprunter la porte principale a reçu une claque magistrale qui l’a précipitée contre une armoire; elle est tombée…"

"J’ai eu le coccyx fêlé"

Nathalie a elle-même subi deux faits graves, il y a une douzaine d’années. C’était à Saint-Roch. "Un homme dans un box, que le médecin m’avait demandé de déshabiller. L’infirmière qui était avec moi lui a touché le bras pour qu’il se réveille. Il s’est brusquement levé, très agité, en transe, et a voulu me frapper. J’ai mis mes mains devant mon visage pour me protéger, des collègues se sont interposés mais ce patient a réussi à me sauter dessus. Dans ma chute, j’ai eu le coccyx fêlé."

Elle dit avoir gardé des séquelles, perdu des primes pendant son arrêt de travail, n’avoir jamais bénéficié de dommages et intérêts. Son agression avait été reconnue en accident du travail. L’individu s’en serait sorti avec un simple rappel à la loi. Nathalie n’a pas assisté au procès. Une comparution immédiate, semble-t-il: "La justice m’a téléphoné le jour de l’audience, j’avais un rendez-vous, je n’ai pas pu me déplacer."

Un sentiment d’écœurement. Après avoir dû se rendre au commissariat en dépit de sa blessure. "Je ne m’en prends pas à la police, mais je ne comprends pas que la victime doive se déplacer alors qu’elle est blessée. Surtout que, dans une autre agression, le dossier a été classé sans suite."

Nathalie reconnaît que la plupart des patients et de leurs proches sont "super cool, tout va bien". Mais elle n’en peut plus de se taire devant les autres, ceux dont le comportement est pour le moins inadapté, "simplement pour ne pas envenimer".

Se taire face aux insultes pour ne pas envenimer

Se taire, même lorsqu’elle se fait insulter. "On traite votre mère de p…, on vous dit que vous êtes une s…, que vous êtes payée pour ça, etc." Le quotidien, assure Nathalie. Qui peut comprendre que des personnes soient excédées, à force d’attendre ou de n’avoir pas de nouvelles d’un parent admis aux urgences. La Covid-19 n’a pas arrangé les choses.

 

"Quand on demande aux gens de porter le masque, ils le prennent parfois très mal. Alors, dire que des soignants transmettent le virus quand on sait qu’au début, il a fallu aller au combat, sans protection, oui, cela me choque. Je fais tout pour quitter l’hôpital. Je n’ai plus envie d’arriver avec la boule au ventre. Je ne veux pas faire payer mon mal-être aux patients qui ne sont pas là pour ça. Être dans l’empathie, savoir tendre la main à quelqu’un qui pleure ou qui a fait un AVC, cela fait partie de ce métier. Je ne veux pas qu’un jour, je puisse me dire que cela me gave."

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