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Le coût des inondations du mois d'octobre évalué à 780 millions d'euros

Vingt et un morts, 65 000 sinistrés. Un terrible bilan. Trois mois après, environ 10 000 personnes sont toujours dans une situation très difficile. Et la facture globale ne cesse de s'accroître

Gregory Leclerc Publié le 04/01/2016 à 05:10, mis à jour le 04/01/2016 à 05:10
À l'image du camping des Embruns à Biot, les dégâts sont immenses. 65 000 personnes ont été sinistrées en ce dramatique soir d'octobre. Sébastien Botella

Trois mois après les inondations de la nuit du 3 au 4 octobre dans les Alpes-Maritimes, la plaie reste béante. La vague de pluie qui s'est brutalement abattue sur la Côte d'Azur a emporté vingt et une vies, laissé sur le flanc des dizaines de milliers de sinistrés, touché l'économie de plein fouet.

La facture s'élève désormais, selon la préfecture, à près de 800 millions d'euros (lire par ailleurs).

Mais ces inondations sont avant tout un drame humain. Les déchirures intimes, les séquelles psychologiques, sont omniprésentes.

Deux cents litres d'eau par m2

« Il y a des personnes en grande difficulté. Certaines sont toujours prostrées, souligne Philippe Castanet, sous-préfet de Grasse. Elles sont dépassées par ce qui est arrivé et peinent à se relever, voire à demander de l'aide. Beaucoup, et c'est louable, cherchent à se débrouiller par elles-mêmes. Mais il y a des fois où il faut savoir se faire aider », commente Philippe Castanet.

 

Ce soir-là, quelque 200 litres d'eau par m2 se sont soudainement abattus sur les villes de Cannes, Le Cannet, Mandelieu, Vallauris, Antibes, Biot, Villeneuve-Loubet, etc. Emportant des vies au passage. Leurs familles portent le poids du deuil et le sentiment d'une douloureuse injustice. Leurs proches sont morts piégés dans le parking de leur résidence, comme à Mandelieu-la-Napoule; dans un mini-tunnel comme à Golfe-Juan; dans leur maison de retraite comme ces trois pensionnaires du Clos Saint-Grégoire à Biot, ou emportés par les eaux du boulevard du Midi à Cannes. Pour ne citer que ces tragiques exemples. Au total, ce sont 65 000 personnes qui ont été sinistrées. Selon le sous-préfet, il est probable qu'une dizaine de milliers d'entre elles demeurent dans une situation difficile, bataillant avec leurs assurances notamment. Certains sinistrés, assurés au tiers, ne seront pas remboursés.

Rien de pérenne

D'autres sont relogés provisoirement, certains dans des résidences de tourisme. Des situations qui n'ont rien de pérenne. Mais que tentent de traiter les communes, le conseil départemental et les chambres consulaires. Le préfet des Alpes-Maritimes, Adolphe Colrat, a d'ailleurs positionné deux agents temporaires chargés de prendre des contacts sur le terrain, afin de repérer des situations qui auraient échappé aux pouvoirs publics.

Débloquer des situations. C'est ce qu'ont fait les milliers de bénévoles mobilisés depuis les intempéries. On leur doit d'avoir remis un mot, essentiel, au goût du jour : la solidarité.

La Verrerie de Biot a pu reprendre une partie de sa production, il y a une semaine tout juste. Pour Marineland, ce ne sera qu'en mars. Mais l'inquiétude persiste pour les plus petites entreprises, très durement touchées. Laurent Carré et Franz Chavaroche.

Des répercussions sur l’emploi

Plus le temps passe, plus le montant des dégâts se précise. Selon le sous-préfet de Grasse, Philippe Castanet, la facture globale des inondations d’octobre avoisine désormais les 800 millions d’euros.

« Elle se décompose en 650 millions d’euros de dégâts aux particuliers ou aux entreprises, avant déduction de la vétusté, ainsi que de 130 millions d’euros de dégâts non assurables des collectivités. Un montant auquel il faut ajouter les pertes d’exploitation des entreprises, qui pourraient monter à terme à 50 millions d’euros, peut-être plus, car nombre d’entre elles restent très diminuées ou inactives. On sera autour des 800 millions d’euros. »

60 % concernentles habitations

Sur les 650 millions de dégâts des particuliers ou entreprises, 60 % concernent des habitations, 30 % des véhicules, 10 % des professionnels.

 

C’est un euphémisme d’écrire que l’impact économique a été important. Près de 1800 entreprises ont par ailleurs été sinistrées ce soir-là. Du boulanger jusqu’à Marineland, personne n’a été épargné. Rien que pour les communautés des Pays de Lérins et la Casa, ce sont 700 entreprises pour la première, et 355 pour la seconde qui ont été touchées. Ces deux communautés d’agglo ont déjà versé, selon la préfecture, 680000 euros, mais ce sont bien plus qui ont été provisionnés pour faire face. 156 entreprises ont demandé à bénéficier de l’aide de l’État au titre de l’activité partielle, pour 930 salariés : 3 millions d’euros ont été versés.

Nombre de sociétés ont dû fermer leurs portes provisoirement. Certaines n’ont toujours pas rouvert. Avec de conséquences sur l’emploi. Selon Philippe Castanet, « 80 % de la hausse du chômage enregistrée lors des derniers indicateurs est imputable aux inondations ».

2000 salariés privés de travail

1000 procédures de chômage partiel ont été engagées, un millier de personnes n’ont pas été embauchées : « Ce sont ainsi près de 2000 salariés qui ne sont pas au travail dans les Alpes-Maritimes à cause des intempéries. »

L’État avait promis une avance de dix millions d’euros. Sur douze collectivités touchées, sept ont demandé un versement immédiat. « Il peut paraître surprenant que cinq n’aient pas fait cette demande, souligne Philippe Castanet. Nous sommes allées à leur rencontre. Il est vrai que dans le cadre de catastrophes d’une telle ampleur, les travaux s’effectuent au fur et à mesure. Ce n’est pas une enveloppe à sortir d’un coup d’un seul. L’argent est mobilisé au fur et à mesure de la reconstruction. »

Un bilan de 18000 véhicules sinistrés

Les images ont marqué. Des milliers de véhicules entassés les uns sur les autres, dans des positions improbables. Des camions emportés, des voitures broyées par les embâcles. Les images étaient parlantes.

Le bilan aussi. Près de 18000 voitures ont, selon la préfecture, été touchées par les inondations. Philippe Castanet estime que près de 10000 d’entre elles peuvent être considérées comme des épaves.

 

Ces chiffres n’ont rien d’anecdotique. Nombre de sinistrés ont perdu ainsi leur seul moyen de locomotion pour se rendre à leur travail ou se déplacer.Compte tenu de la vétusté imposée par les assurances, ils sont nombreux à avoir des difficultés à se racheter un véhicule équivalent. Pour certains, c’est tout simplement impossible.

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