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Le chef du gouvernement de Monaco: "Je ne suis pas atteint dans ma capacité à diriger le gouvernement"

Mis à jour le 25/03/2020 à 22:05 Publié le 25/03/2020 à 21:27
Serge Telle, entouré de ses conseillers-ministres Jean Castellini et Didier Gamerdinger vendredi 13 mars.

Serge Telle, entouré de ses conseillers-ministres Jean Castellini et Didier Gamerdinger vendredi 13 mars. photo Manu Vitali / Dir.Com.

Le chef du gouvernement de Monaco: "Je ne suis pas atteint dans ma capacité à diriger le gouvernement"

Le Ministre d’Etat de Monaco, atteint par le Covid-19, gère le pays de chez lui depuis une semaine. Il témoigne... et annonce qu’une prime sera versée notamment aux soignants et personnels de secours

C’est un Ministre d’État à la petite voix mais aux idées claires, que le coronavirus n’a pas réussi à assombrir, confiné chez lui jusqu’à la fin du mois, "en jeans et en baskets", qui nous a accueillis au téléphone, ce mercredi en début d’après-midi.

>> LIRE AUSSI. Le Ministre d'Etat de Monaco Serge Telle testé positif au coronavirus

Fatigué par le virus mais n’ayant pas cessé une seconde de travailler, Serge Telle raconte, dans ce long entretien, les effets de ce "mauvais virus", le confinement qu’il vit totalement seul dans sa résidence du Ministère d’État, sans femme ni enfants.

Le chef du gouvernement princier explique aussi comment il gère les affaires du pays sans sortir de chez lui ni rencontrer personne.

Il annonce au passage que, à la demande du prince Albert II, une prime exceptionnelle de 1.000 euros sera versée à tous les agents de l’État qui se seront mobilisés sans compter dans la crise du coronavirus.

"Comme si j’étais passé dans une lessiveuse"

Comment allez-vous?
Je suis fatigué. Je n’ai pas de symptômes trop forts, je tousse un peu et j’ai une très légère fièvre. Ils disparaissent progressivement. Je ne toussais pratiquement plus au bout de deux jours. Surtout, je suis épuisé par ce mauvais virus. Le matin, je me lève fatigué et courbaturé, comme si j’étais passé dans une lessiveuse.

Comment vous soignez-vous?
Avec du paracétamol et de la vitamine C. Fort heureusement, je n’ai pas connu ce pic que l’on atteint parfois au bout d’une semaine, pendant lequel on peut souffrir d’insuffisance respiratoire. Je réussis à faire des exercices physiques le matin pour m’entretenir. Pendant une période de confinement, il faut être discipliné. Je me repose quand j’y arrive, c’est-à-dire pas souvent car je n’ai jamais arrêté de travailler.

Avez-vous le sentiment de remplir vos fonctions de la même manière en restant confiné?
À part le fait d’être en jeans-baskets et de ne voir personne, je continue à travailler normalement. Ce matin, j’ai participé à un conseil de gouvernement par Skype. Sur le plan professionnel, il n’y a pas vraiment de changements. Sauf que je travaille avec une grippe.

Quand verrez-vous le bout du tunnel?
Normalement, je serai guéri dimanche prochain. Cela dit, pour l’être totalement, il faut que deux tests consécutifs, espacés de 48 heures, reviennent négatifs. Je vise donc le 31 mars ou le 1er avril pour être totalement remis et immunisé, sans risque de contaminer et d’être contaminé.

"Nous sommes prêts à faire face au pic de l’épidémie”

Comment vivez-vous ce confinement?
C’est très étonnant. Comme je dois être confiné seul, ma femme et mes enfants sont à Paris. Une femme de ménage passe une fois par jour, elle travaille avec son masque, je ne la croise pas. C’est très étrange, surtout quand on est habitué à voir tellement de monde en général. J’y vois une forme de repos. Mais l’Homme a un instinct grégaire: nous avons besoin de contacts personnels et interpersonnels. J’attends donc le 1er avril avec impatience, en espérant que ce ne sera pas un poisson d’avril...

Pouvez-vous gérer normalement et efficacement les affaires du pays, surtout en période de crise, tout en restant confiné chez vous?
Ce sera la grande leçon que je vais retenir: le télétravail fonctionne bien. Avec l’ordinateur, le téléphone, les visioconférences et les mails, je peux prendre toutes les décisions qui s’imposent. Et elles sont lourdes, en ce moment. J’ai pris une dizaine de décisions fortes depuis mon domicile, comme celles de fermer les écoles, de restreindre la circulation ou de resserrer le confinement. Ces décisions sont prises à distance avec la même efficacité que lors d’une réunion physique. Le confinement n’empêche aucunement le processus d’analyse et de décision. En clair, je ne suis pas atteint dans ma capacité à diriger le gouvernement. Je tiens d’ailleurs à tirer un coup de chapeau aux membres du gouvernement qui sont complètement mobilisés et ont été remarquables d’efficacité jusqu’à présent. J’inclus évidemment l’ensemble de la structure administrative et l’hôpital.

L’hôpital, justement, est-il prêt à affronter le pic de l’épidémie?
Je vous confirme que le plus dur est à venir. Nous allons avoir de plus en plus de cas. Nous avons anticipé les besoins du CHPG qui vont augmenter. Nous disposons de 40 lits en réanimation. C’est conséquent et largement suffisant pour passer la crise. Il faut savoir que 4 à 5 % des personnes infectées ont besoin d’assistance respiratoire et 2 à 3 % de réanimation. Il faudrait un nombre de cas considérable – plus d’un millier – pour mettre nos structures sanitaires en péril. Nous sommes donc prêts à faire face au pic l’épidémie. Nous nous sommes préparés pour répondre à des besoins très importants.

Avez-vous regretté de ne pas pouvoir participer à la session publique extraordinaire du Conseil national, jeudi dernier?
J’aurais préféré y être, en effet. Je trouve qu’elle s’est bien passée. Le Conseil national est dans son rôle, ses revendications en matière d’information sont légitimes. Le Prince a appelé à l’unité nationale, le Conseil national aussi, tout comme le gouvernement. Le comité mixte de suivi Covid-19 est la bonne réponse. L’Ordonnance souveraine portant création de ce comité est prête. Nous en avons délibéré ce matin (hier matin, ndlr) en conseil de gouvernement, elle est soumise cet après-midi au Prince (ce mercredi après-midi, ndlr) et elle sera promulguée vendredi. La première réunion du comité se tiendra lundi prochain. J’y participerai par Skype ou téléphone.

À quoi va-t-elle servir?
Il est encore trop tôt pour le savoir. Elle sera ce qu’on en fera. Le souverain a souhaité une meilleure circulation de l’information et le Conseil national demandait à être mieux associé compte tenu des conséquences budgétaires des décisions que nous sommes amenés à prendre. Ce comité est aussi un lieu de débats et de réflexion qui peut nous éclairer sur les décisions à prendre.


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