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Le Belem, un monument en rade à Cannes

Mis à jour le 26/03/2021 à 19:30 Publié le 26/03/2021 à 19:30
 Avec près d’un million et demi d’euros de perte en recettes l’an passé, le Belem ne peut guère se permettre de vivre une seconde année blanche.

Avec près d’un million et demi d’euros de perte en recettes l’an passé, le Belem ne peut guère se permettre de vivre une seconde année blanche. Photo Dylan Meiffret

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Le Belem, un monument en rade à Cannes

Alors qu’il s’apprêtait à accueillir les visiteurs à son bord, le mythique trois-mâts a pris de plein fouet le reconfinement. Après une année blanche en 2020, le temps presse

On a beau être centenaire et avoir eu plusieurs vies, on peut toujours être surpris. Cette surprise-là, il s’en serait tout de même bien passé...

Monument maritime hexagonal, le Belem, amarré au pied de la capitainerie du port Canto, est dans l’expectative. Pourtant, à bord du « musée flottant », tout était prêt pour accueillir les visiteurs [près de 1,5 million (!) depuis 1986]. Prélude aux navigations estivales. Puis, patatras : nouveau confinement, enthousiasme retombé.

« On avait beaucoup d’espoir pour 2021..., souffle Christelle Hug de Larauze, déléguée générale de la fondation Belem. Nous voilà, à nouveau, dans l’attente de meilleures nouvelles, suspendu aux directives du gouvernement. Je n’ai pas de boule de cristal, mais ça ne va pas dans le bon sens pour la réouverture des musées. »

Car le Belem se trouve à la croisée de trois secteurs, lourdement impactés par la crise : transport maritime, tourisme et événementiel.

Déjà 600 inscrits pour la navigation estivale

Alors, l’inquiétude guette aussi concernant le retour en mer. Dès le 11 juin et jusqu’au 30 septembre, le navire-école – qui prend 48 apprentis matelots à son bord à chaque traversée – doit effectuer 19 navigations en Méditerranée, jusqu’au Portugal, avant de retrouver le Finistère. « Nous avons déjà 600 personnes inscrites pour la saison, il y a un engouement extraordinaire, poursuit la déléguée. On a reformé un équipage, investi pour l’entretien courant. Le navire est prêt, les onze membres d’équipage aussi. On attend plus que de pouvoir appuyer sur le bouton, mais...»

Une attente, d’autant plus angoissante, qu’elle intervient une année 2020 presque blanche. « On a fait quelques recettes de billetterie lors des visites en septembre à Cannes. Sinon, c’est zéro, les restrictions ont tout interrompu. »

Une perte sèche estimée à près de 1,5 Me. « En temps normal, la fondation fonctionne, peu ou prou, avec 3 Me€. Les recettes commerciales représentent 50 %. Le reste, ce sont les partenaires, les dons particuliers et le mécénat. »

La fondation a, quand même, pu limiter la casse grâce à plusieurs leviers. D’abord, la baisse des charges, avec la mise au chômage partiel de l’équipage.

« Évidemment, au détriment de tous ceux qui bossent sur ce navire » regrette Christelle Hug de Larauze. Des négociations auprès des assurances, mais aussi des ports, qui ont accepté l’accueil gracieux du navire, ont permis d’amortir le choc.

Sans oublier les amoureux du mythique trois-mâts : « Le public a été très généreux, en multipliant les dons. On en a eu davantage que l’année précédente. »

Péril, en cas de seconde année blanche?

Autant de gestes qui ont permis d’assurer l’entretien général du navire. Pourtant, l’orage menace bel et bien. « Si l’on arrive à avoir une saison, elle sera moindre car on ne démarrera pas de suite. Dans le pire des scénarios, on part sur une seconde année blanche et, là, on va aussi devoir restreindre les dépenses d’entretien. »

Un monument en péril ? « Le problème, c’est que les informations sont distillées au compte-gouttes. On est sur le qui-vive, alors qu’on a besoin d’annonces claires. On ne génère de charges qu’en période d’exploitation. Donc, si l’on avait un peu de visibilité, on pourrait ajuster. » Vœu pieux.

Et, s’il est loin d’y avancer en solitaire, le Belem navigue actuellement en pleine purée de pois...

Frustré mais réaliste, le capitaine du Belem attend des jours meilleurs et le tant attendu retour en mer. 
Frustré mais réaliste, le capitaine du Belem attend des jours meilleurs et le tant attendu retour en mer.  Photo Dylan Meiffret
Le commandant Aymeric Gibet : "On fait le dos rond, comme tout le monde"

« Nous sommes prêts, comme le bateau. Mais...» Le commandant Aymeric Gibet, capitaine du Belem depuis le 8 mai 2016, ne cache pas sa frustration. Ni celle de « tout l’équipage », qui pensait accueillir, ces jours-ci, les visiteurs au port Canto.

La pandémie, persistante, en a donc décidé autrement. « On comprend la situation, mais l’on s’était donné les moyens, de recevoir le public, dans le respect des mesures sanitaires, assure celui dont l’histoire d’amour avec le trois-mâts dure depuis 2004, quand il avait embarqué dans le port de Marseille. On avait repris du monde à bord et, d’un coup, tout s’arrête...»

Compréhensif, collectif – « on fait le dos rond, comme tout le monde, ceux dont l’outil de travail est en attente. C’est la même inquiétude, la même peine que les pros de la restauration, par exemple » – mais ébranlé, quand même...

"Sincèrement, ça commence à faire long"

« Une bonne partie de l’équipage va devoir débarquer et va se retrouver au chômage partiel. C’est difficile pour les matelots. » Comme l’attente de retrouver la mer et d’éviter une seconde année blanche. « Nous n’avons pas eu de stagiaire en navigation et, donc, toutes les voiles déployées, depuis octobre 2019. On a un peu navigué avec le convoyage de Saint-Nazaire à Cannes en septembre dernier mais, sincèrement, ça commence à faire long. »

En attente des jours meilleurs, Aymeric Gibet a une pensée pour les deux membres d’équipage qui, d’ici-là, vont rester à bord, « en confinement. » « C’est assez ubuesque, quand on sait que, d’habitude, nous avons 1 200 personnes qui naviguent chaque année et, parfois, plus de 2000 visiteurs par jour...» Le Belem, une fourmilière en sommeil.

Le Belem a 125 ans et bien des vies

Mis à l’eau le 10 juin 1896, le Belem – du nom de son comptoir commercial au Brésil – fut, d’abord, un navire de commerce français. Basé aux Antilles, il échappe miraculeusement à l’éruption de la Montagne Pelée, le 8 mai 1902. Après 33 campagnes, sa carrière prend fin à l’orée de la Première guerre. En 1914, il est acheté par le duc de Westminster et devient yacht de luxe britannique ; en 1921, changement de propriétaire, de nom [Fantôme II] et mène Sir Arthur Ernest Guinness autour du monde. Périples qui cesseront en 1939 (la guerre, encore), le trois-mâts étant désarmé sur l’île de Wight. Là aussi, il passe entre les gouttes et les bombardements. Racheté par le capitaine d’industrie italien Vittorio Cini – et renommé Giorgio Cini – il est transformé, en 1951 à son arrivée à Venise, en navire-école.

Un siècle après avoir échappé à l’éruption, il retourne voir la Montagne Pelée

Trop vétuste pour la formation navale, il reste, à partir de l’été 1967, cinq ans à quai sur l’île San Giorgio Maggiore. En 1972, les carabiniers proposent de financer sa restauration. Très, trop chère. Il est donc cédé aux chantiers navals vénitiens qui, eux-mêmes, sont contraints de la mettre en vente. En janvier 1979, la Caisse d’Épargne l’acquiert. Retour sous pavillon français et le nom de Belem. L’année suivante, la toute jeune fondation éponyme se le voit confier. Après cinq ans de restauration, il est transformé, dès 1987, en navire-école civil, ouvert à tous. En 2002, double clin d’œil à l’Histoire : il entre à nouveau dans le port de Belem do Parà et participe, le 8 mai, au centenaire de l’éruption de la Montagne Pelée.

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