"La moitié des centres équestres en danger", la colère de la filière équine varoise

Pour répondre aux difficultés des centres équestres, le gouvernement autorise les propriétaires à s’occuper de leurs animaux lorsque nécessaire. Une mesure inadéquate selon les intéressés.

Pierre Panchout Publié le 26/04/2020 à 14:27, mis à jour le 26/04/2020 à 14:30
Robert Leyret, responsable du tourisme équestre au Comité départemental d’équitation et propriétaire du centre Les trois fers, à Saint-Raphaël, ne cache pas sa déception concernant la mesure d’aide à la filière cheval mise en place par le gouvernement. Photo C.T

Les propriétaires de chevaux sont, depuis vendredi, autorisés à se rendre dans les centres équestres afin de nourrir, soigner ou fournir l’activité physique indispensable à leurs animaux.

Des déplacements qui sont permis à la condition expresse que les pensions ne puissent assurer elles-mêmes la totalité des soins.

Une mesure qui vient répondre aux difficultés rencontrées depuis le début du confinement par la filière du cheval. Cette dernière ayant perdu toutes les recettes liées aux leçons et autres balades, mais sans aucune possibilité de diminuer ses charges: les équidés ont toujours les mêmes besoins en nourriture et en exercices.

Alors? Est-ce que le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a vu juste?

Pas tout à fait, selon Sonia Douibi, gérante du centre équestre La Cavale situé à Roquebrune-sur-Argens.

 

"Cette mesure nous soulage au niveau de la charge de travail. J’ai trente chevaux à nourrir et à balader sans qu’aucun propriétaire ne puisse s’occuper de son animal. Et même s’il demeure un flou quant aux motifs permettant de justifier notre “incapacité” à prodiguer les soins, j’utilise déjà cette possibilité pour m’épargner environ 4 heures de travail quotidien." 

En revanche, elle ne cache pas que, pour survivre à cette crise, c’est "davantage une aide financière" qu’elle attendait du gouvernement.

"La moitié des centres équestres en danger"

Robert Leyret, responsable du tourisme équestre au Comité départemental d’équitation, est encore plus critique: "Je dois dire que tout le monde a été surpris par cette mesure qui a été prise sans concertation et ne concerne que les structures offrant un service de pension. Le problème, c’est que ces centres-là sont justement ceux qui ont le moins de problèmes... puisqu’ils continuent à percevoir le montant de ces pensions. En outre, c’est presque une difficulté supplémentaire, car certains sont inquiets à l’idée de recevoir dix ou vingt personnes par jour, tempête l’homme, également propriétaire du club Les trois fers à Saint-Raphaël. Pour les centres qui donnent des leçons d’équitation ou proposent des balades – ils représentent environ 60 % des structures du Var – il faut savoir que depuis le 17 mars, c’est comme pour les restaurants : zéro activité."

Et le responsable de brosser un tableau noir de la situation de sa filière: "Pratiquement aucun centre équestre ne dispose de plus d’un mois de trésorerie. Alors, avec presque 100 % de perte de chiffres d’affaires, c’est très difficile. Aujourd’hui, je dirai que la moitié des centres du département sont en danger. Il faut aussi tenir compte du fait que beaucoup de structures passent déjà péniblement l’hiver, avec des rentrées d’argent qui ne couvrent pas les pertes. La saison, qui aurait dû débuter en avril, est une condition sine qua non pour vivre. Ce qu’il nous faut, c’est une aide directe. Il n’y a que ça qui puisse nous secourir."

Même son de cloche du côté de Gwladys Duclos, membre du comité régional de tourisme équestre et gérante de Lou Poun’s en herbe, à Montauroux. Elle assure être "tombée de sa chaise" lorsqu’elle a pris connaissance de cette mesure adoptée "sans consulter la fédération ni les syndicats". 

 

"C’est un vrai couac"

Sur le fond, la jeune femme assure que rien ne change. "De fait, si un cheval se blessait, nous avions besoin de son propriétaire pour nous épauler. ça nous est arrivé ; j’ai demandé et obtenu les dérogations nécessaires."
En outre, un problème émerge: "Beaucoup de propriétaires ont pris ça comme une autorisation de venir se balader avec leurs animaux. Et maintenant, il faut leur expliquer que ce n’est pas possible. Parfois, il faut même se montrer ferme devant certaines personnes se retranchant derrière cette mesure du gouvernement. ça revient à nous donner le mauvais rôle." 

Gwlady Duclos conçoit néanmoins que certaines structures puissent en profiter.

"Notamment les toutes petites, en manque de personnel, où les très grosses, avec beaucoup d’animaux." Mais globalement, "ce n’est pas ce que la filière équine demandait. La plupart d’entre nous fonctionnent à flux tendu au niveau de la trésorerie. Lorsque celle-ci vient à manquer, ce sont les animaux qui en pâtissent. Ce qu’on attend, c’est donc un soutien financier. Je ne doute pas que le ministère de l’Agriculture a pensé nous faire un cadeau... mais il faut le dire, c’est un vrai couac."

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