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La délicate bataille de Villefranche pour rénover sa citadelle

Mis à jour le 15/01/2020 à 14:22 Publié le 15/01/2020 à 19:00
Vue de la citadelle de Villefranche.

Vue de la citadelle de Villefranche. DR

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La délicate bataille de Villefranche pour rénover sa citadelle

A Villefranche, la citadelle surplombe la mer. Avec ses tourelles et son jardin luxuriant, elle raconte la ville et son histoire, vieille de plusieurs siècles. Tout un symbole pour ses habitants. Aussi, quand le montant de sa rénovation tombe, la municipalité retient son souffle. Six millions d’euros ne sont pas une mince affaire à dégoter pour la petite commune. Une longue bataille s’engage.

"Quand on met en oeuvre des travaux aussi lourds, il faut se projeter dans la durée." Depuis le bureau de l’hôtel de ville, Sylvie Gasiglia répète cette phrase, comme pour souligner la délicatesse de la manœuvre. 

La réhabilitation de la citadelle? Un enjeu pour l’hôtel de ville dont les locaux sont situés en plein cœur de l’édifice, en face du musée Volti, l’un des quatre musées présents dans l’enceinte. 

L’odyssée de la rénovation remonte à 2012. A l’époque, un constat s’impose : la citadelle a besoin d’être remise à neuf. Vieille de plus de 500 ans, ses murs ont besoin d’être ravalés, et certaines parties, renforcées. Un travail délicat qui appelle une expertise.

Il faut bien faire les choses sur cette bâtisse classée monument historique qui fut menacée de destruction par Louis XIV et sauvée in extremis par Vauban, architecte du Roi soleil et grand admirateur de la structure, baptisée "fort à la moderna", renforcée par ses remparts remplis de terre. 

Ici, les murs racontent l’histoire de la ville. Celle d’aujourd’hui, à travers le quotidien de ses habitants, appelés à y faire leurs doléances ou remplir leurs formalités administratives. Celle d’hier aussi.

Jean-Louis Marques ne peut déambuler sur les remparts de la citadelle sans évoquer les événements qui l’ont marquée. 

"Les militaires du 24e bataillon des chasseurs alpins ont occupé les lieux pendant longtemps", souligne ce féru d’histoire, également à la tête de La Fondation du patrimoine 06.

Sur les remparts, de larges coulées de bétonite ont imprégné les flancs du monument. "Les soldats en jetaient pour consolider la citadelle."

C’est parce que le monument est si caractéristique que ce retraité qui sillonne le département pour la Fondation a immédiatement répondu présent, quand les services de la commune se sont adressés à lui, quelque peu désemparés par l’ampleur des travaux.

Le chantier prévoit notamment la réhabilitation des parties inaccessibles de la citadelle, une meilleure accessibilité des personnes à mobilité réduite. Pour l'heure, des échafaudages ont été montés le long des remparts qui bordent la mer. Il faut ravaler, consolider, réparer selon des méthodes parfois antiques.

 "Une échauguette (petite tourelle) a été emmaillotée car elle a failli s'écrouler, poursuit Jean-Louis Marques. Il va falloir aller prendre la pierre originelle, la travailler en respectant des règles précises." 

Pour conduire les travaux, c'est un architecte des monuments historiques spécialisé dans les forteresses qui a été choisi.

6 millions d'euros de travaux

Jean-Louis Marques aide les mairies à monter leurs dossiers.
Jean-Louis Marques aide les mairies à monter leurs dossiers. FZ

Le diagnostic que nous avions fait réaliser par l’architecte des monuments historiques a estimé à 6 millions d’euros le montant des travaux”, explique Sylvie Gasiglia. Un choc pour la ville. En effet, depuis la loi de décentralisation de 1983, c’est aux communes qu’incombe de plus en plus la rénovation du patrimoine public. 

Or, "une municipalité seule n’a pas les moyens de financer des travaux sur un monument historique", souligne Jean-Louis Zambernardi, adjoint aux travaux, à la  voirie, à la proximité et à la vie associative de Villefranche. La France compterait ainsi 2.000 monuments historiques en péril, faute de moyens. 

Sans compter les difficultés administratives. “Certains maires attendent avant de se faire aider. Ils craignent les démarches lourdes et baissent les bras face aux montants des travaux. Nous les rassurons et essayons de leur faciliter la tâche,” poursuit Jean-Louis Marques. 

Il est très difficile de détailler avec certitude le budget et un calendrier précis de la rénovation d'un monument historique. Autant d'inconnues qui rebutent les élus.

"Au début tout se passe bien, explique Jean-Louis Marques. Puis il arrive que l'Etat rencontre une urgence, alors les crédits qui devraient être alloués basculent ailleurs. C'est très changeant."

Selon la fondation du patrimoine, l'Etat intervient en moyenne à hauteur de 40-45 % des travaux, le département à hauteur de 15% et la région, à hauteur de 5%. 

Pour l'heure un premier budget a été établi pour le bastion de la darse et l'échauguette de Mont Alban. Montant des travaux : 799 000 euros hors taxes.

"La Fondation du patrimoine a réussi à récolter 80 000 euros avec Total, 132 000 euros avec l'académie Montolivo, détaille Jean-Louis Marques. Le ministère de la culture intervient à hauteur de 264 000 euros, la région, 120 000 euros, le département 80 000 et la commune 123 000."

"Les travaux et l'allocation des budgets se font au compte-goutte. Bien sûr, tous les travaux vont aboutir mais on ne sait pas exactement quand car il peut y avoir des aléas."

Chantiers lancés après moult procédures techniques et interrompus par une association de protection de l’environnement renvoyant les travaux aux calendes grecques, erreur de procédure, désaccord sur la qualité des intervenants sélectionnés par marché public, la réfection des monuments historiques peut s’apparenter à un véritable parcours du combattant. 

>> RELIRE. Comment ces artisans restaurent le patrimoine en péril.

"Rien que le diagnostic et les procédures nous ont pris deux ans", confirme Sylvie Gasiglia. 

Frapper aux portes et monter des dossiers

Des échafaudages longent les parois de la citadelle.
Des échafaudages longent les parois de la citadelle. DR

Savoir frapper aux portes est incontournable. "A partir du moment où la Fondation du patrimoine décide d’intervenir, cela garantit l’affectation des fonds", explique Nathalie Bettio, auteur du livre Le financement privé du patrimoine culturel (L’Harmattan). 

Faire intervenir des investisseurs privés n’est pas ce qu’il y a de plus simple. Dans le cas de la citadelle, Jean-Louis Marques explique qu’il a fallu intégrer le projet dans un ensemble avec l’Institut de la mer. 

Total est très tourné vers la sauvegarde de l’environnement, il faut établir un lien avec cette problématique pour qu’ils acceptent d’investir. Dans le cas de l’Institut de la mer, on savait que cela pouvait les intéresser.

>> RELIRE. Sa passion pour l'Histoire, sa mission Patrimoine, Emmanuel Macron... Stéphane Bern se livre. 

Outre la région et le département, la municipalité bénéficie donc de fonds privés comme Total ou l’Académie Montolivo.

En France, de plus en plus d’acteurs du secteur privé s’impliquent dans la sauvegarde du patrimoine. Un investissement qui permet aux entreprises de bénéficier de déductions fiscales. 

"Le patrimoine culturel contribue à la valorisation de l'image de la France et de ses territoires au delà de ses frontières, poursuit Nathalie Bettio. Il contribue ainsi à son développement économique en favorisant le tourisme et les différentes activités qui y sont liées."

Multiplications des formes de financement du patrimoine

Le musée Volti est l'un des musées abrités par la citadelle.
Le musée Volti est l'un des musées abrités par la citadelle. FZ

Des plates-formes de crowdfunding spécialisées dans le patrimoine, comme Dartagnans, au Loto du patrimoine, lancé par Stéphane Bern, les initiatives ne manquent pas. Comme récemment, où 182 000 euros ont été attribués à l'association "Les ailes de Berres", pour la rénovation du moulin de Berre-les-Alpes

Mais cette cohabitation public privé peut parfois conduire au clash. Comme pour Notre-Dame, où la décision de Fondation du patrimoine d’arrêter la collecte de dons a été fortement critiquée par le ministre de la culture Franck Riester. Ou encore la décision du ministre des Finances de ne pas affecter les taxes du Loto du patrimoine au même patrimoine.

>> RELIRE. Voici le monument retenu dans les Alpes-Maritimes pour le Loto du patrimoine 2019

Co-responsable du Master droit public général de l'Institut National Universitaire Champollion spécialisé "gestion et patrimoine publics”, Nathalie Bettio précise : "C’est quand le bien appartient à une personne privée qu’il faut être particulièrement attentif à l’utilisation des fonds. Il ne faut pas que ceux-ci soient détournés, à savoir que le propriétaire les reçoive sans qu’on sache comment ils vont finir par être utilisés. Il est par ailleurs nécessaire de s'assurer que le bien sera, au moins pendant un certain temps, et au moins visuellement, accessible au public."

Le long chantier de la citadelle est loin d'être abouti. Pour le bastion de la Turbie, prochaine tranche de travaux, les moyens de financement n'a pas encore été défini. Le montant des travaux dépasse le million d'euros.

"Nous allons déposer un dossier pour le bastion de la Turbie au loto du patrimoine, expose Jean-Louis Marques. Mais il faut démontrer le caractère urgent des travaux. Une commission se réunira ensuite pour établir si oui ou non le monument peut concourir."

Il conclut : "On est toujours sur le fil mais il y a une réalité, c’est que l’Etat n’a pas d’argent. Les dotations pour les monuments historiques ne cessent de baisser. Ainsi, le loto de Stéphane Bern a permis à Fondation du patrimoine d’obtenir 28 millions d’euros et de doubler le nombre d’aides allouées."

L'intérieur de la citadelle, classée monument historique.
L'intérieur de la citadelle, classée monument historique. FZ

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