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"Je n’aimerais pas prendre des mesures plus draconiennes", prévient le préfet des Alpes-Maritimes

Bernard Gonzalez, préfet des Alpes-Maritimes, fait le point sur la situation sanitaire dans le département. Une situation préoccupante qu’il s’attelle à essayer de contenir avant de serrer encore la vis.

Propos recueillis par Stéphanie Gasiglia Publié le 28/07/2021 à 20:53, mis à jour le 28/07/2021 à 20:54
interview
Bernard Gonzalez, préfet des Alpes-Maritimes. Photo Cyril Dodergny

"La carte de France est rouge et parfois écarlate", s’est désespéré le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Avec, dans le viseur, les zones touristiques. Et en particulier le littoral méditerranéen où la situation sanitaire est « particulièrement difficile". Le taux d’incidence explose dans les Alpes-Maritimes. Le préfet Bernard Gonzalez a pris de nouvelles mesures ce week-end pour tenter de limiter la propagation du variant Delta de la Covid-19. Il fait le point sur la situation.

L’épidémie s’emballe sur la Côte d’Azur...

La situation est très préoccupante avec un taux d’incidence qui atteint 582 alors qu’il était en dessous de 20 il y a à peine un mois. J’insiste, car cela traduit bien la rapidité avec laquelle ce taux progresse. Néanmoins, il est vrai qu’on teste beaucoup. Et plus on teste, plus on trouve. Mais, là, nous avons quand même une progression du virus qui circule beaucoup plus. Et qui progresse dans des catégories d’âge les plus jeunes et aussi les moins vaccinés. Plus de 90 % des gens qui sont hospitalisés ces derniers temps ne sont pas vaccinés.

 

Où en est-on de la vaccination ?

La moitié des habitants des Alpes-Maritimes a terminé son parcours vaccinal, et 62 % des habitants ont eu au moins une injection. Depuis 15 jours entre 10 et 12 000 personnes sont vaccinées chaque jour. Il faut maintenir cette cadence. Et il faut le dire et le répéter : il y a des créneaux pour se faire vacciner ! Chez le docteur, le pharmacien, dans les centres de vaccination, dans les centres commerciaux. Nous ne sommes pas du tout en situation de pénurie de vaccin. Il faut avancer !

Vous avez pris de nouvelles mesures ce week-end. Entre la mairie de Nice et la préfecture, on a eu un sentiment de cafouillage...

Je ne travaille pas qu’avec la mairie de Nice ! La semaine dernière, mercredi, on a tenu une réunion du Clore, le comité local d’organisation à la réponse de l’épidémie, avec l’ensemble des collectivités et l’association des maires. On a décrit la situation, on leur a fait part de nos inquiétudes. Dès le lendemain, on a transmis des projets d’arrêté en leur disant : voilà ce que l’on pourrait mettre en place, qu’est-ce que vous en pensez ? Tout ça dans le cadre d’une concertation avec toutes les collectivités. Ces mesures ont été prises durant le week-end pour que la situation cesse de déraper. Pour rappeler aux uns et aux autres qu’il convient de ne pas dépasser certaines limites. Sinon c’est la vie économique du département qui est directement menacé. Voilà le sens des mesures.

 

Des mesures amenées rapidement à être durcies ?

Je n’aimerais pas être amené à prendre des mesures plus draconiennes comme celles que l’on a connues dans un passé récent, fermeture de bars restaurants, couvre feu. Il y a toute une panoplie de mesures, tout un arsenal qu’on peut dégainer et l’année qu’on vient de vivre nous l’a montré. J’espère de tout cœur et très sincèrement pour nous tous qu’on n’aura pas à se retrouver dans une telle situation. C’est pour cela que je dis et redis qu’il faut se faire vacciner et que le passe-sanitaire est une solution. Et puis, vous savez, je comprends, vraiment, le besoin de vivre, de profiter de faire la fête. Surtout ici, sur la Côte d’Azur.

Mais il y a des limites...

Oui, on ne peut pas laisser nos plages se transformer en boîte de nuit à ciel ouvert et recréer Ibiza chez nous ! Ce n’est pas possible.

Des craintes particulières sur les plages privées ?

 

Ce qui me fait peur ce sont les rassemblements sauvages, les fêtes sauvages que l’on peut voir sur l’ensemble du littoral. Pas seulement sur les plages privées, sur les plages tout court. Il y a des regroupements qui posent problème. Oui, il fallait tirer la sonnette d’alarme. Au moment où l’on rouvre les discothèques et où on les soumet à un protocole et à des exigences fortes on ne peut pas non plus laisser certaines plages faire n’importe quoi.

C’est le cas ?

Ça a pu être constaté, oui, ici ou là, tout le monde a pu s’en rendre compte. Il fallait dire à un moment donné : attention, ça tourne mal. C’est le sens des mesures prises dimanche pour préserver cette vie économique et touristique essentielle pour les acteurs économiques du département.

Mais il n’y a encore aucun contrôle...

Comme dans toutes les mesures, il faut faire d’abord de la pédagogie. On ne peut pas du jour au lendemain demander aux forces de sécurité de passer de la pédagogie à la sanction. On a besoin de ce temps d’appropriation. Le temps de la sanction viendra. Même principe que pour le passe-sanitaire, [qui entre en vigueur le 9 août, NDLR] on prévient et ensuite on passera à des mesures de verbalisation. C’est inévitable. Et les professionnels qui ne joueront pas le jeu et qui continueront de laisser faire des comportements qui peuvent poser problème à l’ensemble de l’activité, s’exposeront à des mesures plus sévères et pas seulement à des avertissements.

Le mouvement anti-vax et anti-passe sanitaire est particulièrement virulent dans le département, vous avez une explication ?

 

Oui, il est virulent. On a fait 6000 à Nice, mais ils étaient 5000 à Toulon, ce n’est pas que chez nous ! On voit qu’il y a un mouvement qui se développe. On observe. Le droit de manifester est un droit inviolable et sacré. Mon rôle en tant que préfet c’est de garantir son exercice dans les meilleures conditions. En revanche, les violences, les injures, les menaces, les dégradations de certains lieux - on a vu la semaine dernière qu’il y a eu tentative à la mairie de Nice - ça c’est inadmissible et on ne peut pas laisser commettre de tels actes et il est clair que derrière il y aura des sanctions si cela se reproduit.

La sécurité sanitaire à l’aéroport est-elle effective ?

On met en application ce que nous demande la réglementation sur les passagers en provenance des pays « rouges ». On fait le maximum. Vous dire que l’on garantit totalement qu’aucune personne porteuse du virus n’entrera pas chez nous, c’est impossible. Quelqu’un qui arrive de Lisbonne et qui n’a pas pris la même compagnie aérienne en provenance du brésil par exemple, et bien pour nous, dans le flux de passagers, ça peut être compliqué de le repérer.

Il peut échapper au contrôle ?

Les compagnies aériennes sont responsables et sont invitées à le signaler. Mais il y a des compagnies qui sont moins sensibilisées, alors on les rappelle à l’ordre. En tout cas, sur les pays « rouges » le contrôle est systématique. Si les gens ne sont pas vaccinés, ils font un test sur place à l’aéroport. C’est systématique. On fait tous les jours entre 20 et 40 passagers soumis à quarantaine... Mais des positifs, c’est extrêmement rare.

Où se déroule leur quarantaine ?

Dans le lieu qu’ils ont indiqué comme étant leur lieu de destination, nous n’imposons pas le lieu d’isolement.

 

Ils peuvent sortir, donc ?

Il y a des contrôles effectifs. Police et gendarmerie se rendent au lieu déclaré pour vérifier. Il y a eu 349 personnes qui ont fait l’objet d’une verbalisation parce qu’elles n’ont pas respecté leur obligation d’isolement.

C’est une période difficile et vous devez jongler entre des maires qui ont des positions différentes sur la crise sanitaire, je pense par exemple à un Christian Estrosi partisan de mesures strictes pour éviter la propagation du virus et un Lionnel Luca qui les conteste. Comment gérez-vous cela ?

C’est une dimension importante du métier préfectoral qui est cette capacité à écouter. Les uns et les autres et essayer de trouver parfois le plus petit dénominateur commun qui permet d’avancer ; après on est dans un système ou les collectivités ont des pouvoirs propres et sous réserve du contrôle de légalité que j’exerce après ils prennent leur responsabilité et ils décident. Je suis vraiment attaché au-delà de la gesticulation médiatique et je comprends que les élus peuvent avoir besoin d’exposer des positions de travailler sur les réseaux sociaux, mais moi je parle avec tous les maires, j’échange avec tous les maires y compris Lionnel Luca et que même régulièrement on est capable de rigoler ensemble de certaines situations.

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