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Intérimaire, locataire, libéral: Théo, Claudine, Stéphane, trois oubliés de la solidarité

Mis à jour le 26/03/2020 à 13:10 Publié le 25/03/2020 à 14:28
Théo, Claudine, Stéphane, trois oubliés de la solidarité.

Théo, Claudine, Stéphane, trois oubliés de la solidarité. DR

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Intérimaire, locataire, libéral: Théo, Claudine, Stéphane, trois oubliés de la solidarité

Trois profils totalement différents, et pourtant ce point commun: la solidarité les a négligés. Un jeune intérimaire, une locataire confinée et un orthophoniste décrivent une situation très tendue.

Théo, intérimaire: "Je cherche tout, n’importe quoi"

Théo, 21 ans, est dans une situation critique. Intérimaire à Nice, il livrait des réfrigérateurs, des machines à laver et des cuisinières pour le compte d’une grande enseigne d’électroménager. Pas vraiment un boulot de fainéant.

Ce job temporaire était une façon de mettre de côté un peu d’argent en attendant de lancer son activité de coach sportif, pour laquelle il est diplômé. Tout s’est arrêté brutalement. Le jeune homme se retrouve privé de tout salaire, dans une voie sans issue: "En mars, passe encore, je serai rémunéré pour les sept jours travaillés. Mais en avril, c’est fini. Rien, pas un sou pour payer mon loyer et mes charges, soit près de 600 euros dans le mois."

Sa difficulté? Avoir trop peu d’ancienneté pour prétendre à la moindre indemnité. Deux mois seulement au compteur quand il lui aurait fallu 88 jours ou 610 heures pour émarger à Pôle Emploi. Comme lui, 550.000 intérimaires ont perdu, mi-mars, leur moyen de subsistance.

Intenable: "Je cherche tout, n’importe quoi. Je peux livrer des courses aux personnes âgées, travailler dans une supérette ou dans une boulangerie, je peux même sortir des conteneurs ou ramasser les poubelles : il faut juste que je tienne jusqu’à la fin du confinement. Après quoi je retrouverai mon emploi."

Impossible, malheureusement pour lui, de proposer des cours de sport en ligne qui auraient pourtant pu trouver des amateurs coincés à la maison: "J’ai demandé un numéro de Siret juste avant la crise du coronavirus, mais tout est en stand-by et j’attends."

Théo a peu de temps. Son cas est urgent. (Tél. 06 23 90 52 56)

Claudine retraitée dans le bruit

Un immeuble de 1927 situé au numéro 16 du boulevard Gambetta, à Nice. Entrée A, Claudine Goldstein, 68 ans, prof d’histoire à la retraite.

Opérée il y a juste trois semaines après un infarctus, et désormais confinée, comme tout le monde. Entrée C, au 5e, un appartement de 120 m 2 en cours de rénovation.

Infernal, dit-elle, puisqu’une équipe y abat des cloisons et arrache du carrelage. Claudine est inquiète: "Toute montée de tension entraîne chez moi un risque létal."

Renseignement pris, c’est tout le voisinage que ces travaux insupportent. Le syndic, contacté, confirme: "Il y a dans cette copropriété une soixantaine d’occupants et tout le monde se plaint. La personne qui vient d’acheter ce logement est chef d’entreprise dans le BTP. Je lui ai expliqué qu’il était sans doute regrettable de se mettre à dos tout l’immeuble, avant même d’emménager. Il répond qu’il est dans son droit."

Le cas, constate le syndic, n’est pas isolé. "Partout, des voisins se plaignent de travaux pendant le confinement. Légalement, on ne peut rien faire. Ce qui stresse les gens, c’est de voir des allées et venues d’ouvriers sans certitude que les gestes barrière soient bien respectés. C’est toute la difficulté de cette promiscuité entre des ouvriers qui font leur métier et des gens confinés qui ont un tout autre point de vue."

Une question de sens civique, de respect des autres et de bon voisinage...

Stéphane, orthophoniste: "J’ai dû fermer mon cabinet"

Le cas enfin de cet orthophoniste de Beausoleil, Stéphane Richelle, exerçant en libéral. Il traite notamment des enfants dyslexiques ou dysorthographiques et des personnes âgées souffrant de troubles neurologiques. Ou encore, comble du sort, des patients ayant eu les cordes vocales endommagées après avoir été intubées. Ce qui ne devrait pas manquer, une fois contenue la crise du coronavirus.

Pour lui comme pour toute cette profession, c’est le mur. "J’ai dû fermer mon cabinet afin de ne pas exposer au virus un public très fragile. Malgré une affection de longue durée, faute de maladie liée au Covid-19, je n’ai aucune prise en charge. Quand on est libéral, il faut 90 jours d’arrêt maladie pour bénéficier d’indemnités journalières. Raison pour laquelle nous avons tous une assurance, mais qui prévoit 15 jours de carence."

Pas d’enfant de moins de 16 ans à la maison, aucune possibilité de percevoir un revenu, un crédit immobilier en cours, le loyer du cabinet et les charges afférentes: "Je ne sais même pas si nous bénéficierons de l’indemnité de 1.500 euros prévue pour les indépendants."

Il lui était pourtant impossible de poursuivre son activité. "Pas de masques, pas de gel, je comprends d’ailleurs que ces moyens de protection aient été réservés aux soignants directement confrontés au virus."

La profession n’ayant pas de conseil de l’ordre, c’est la Fédération nationale des orthophonistes qui bataille avec celui des kinés et avec les représentants des infirmières libérales et des podologues. "Nous avions demandé il y a fort longtemps à ce que nous puissions faire des rééducations par vidéo, mais c’est illégal. Donc, nous n’avons aucune possibilité d’accès au télétravail."

L’action de ce syndicat aurait déjà porté ses fruits: hier, Stéphane Richelle a appris que les orthophonistes libéraux pourraient percevoir l’indemnité de 1500 euros, au même titre que les travailleurs indépendants. Et que sa reconnaissance d’ALD devrait lui permettre d’accéder à un dispositif de prise en charge. Pour les femmes ortophonistes libérales enceintes depuis moins de trois mois, le problème serait toujours entier.


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