Il met 4 ans à expulser ses squatteurs et récupère son bien dévasté et une facture d'eau de... 100.000 euros

Il pensait investir pour s'offrir une retraite paisible, mais le rêve a tourné au cauchemar pour un octogénaire de Seine-Saint-Denis.

La rédaction Publié le 22/09/2022 à 12:28, mis à jour le 22/09/2022 à 12:28
Les factures sont passées de 290 euros pour un trimestre à 30.000 euros. Photo Var-matin

Selim, comme nos confrères du Parisien l'ont renommé pour des raisons d'anonymat, a 86 ans. Il y a plus de cinquante ans, en 1977, il était loin de s'imaginer que le bien qu'il venait d'acquérir dans la cité Arago de Saint-Ouen, ne lui apporterait, bien des années plus tard, que des ennuis. Et pas des moindres. 

Ce commerçant, qui a débuté en vendant "du vin à la tireuse", s'installe dans cet immeuble en 1967. Son commerce se développe, devient un café, Selim se décide à racheter les murs du pavillon de 180 m² de deux étages. "C'était un investissement pour ma retraite", raconte l'octogénaire dépité. 

Au début, l'argent rentre. L'immeuble est divisé en cinq lots. Dans le détail, trois locaux commerciaux et deux appartements de 13 à 50 m² qui lui rapportent, selon ses dires, 3.500 euros par mois. 

2016, le début des problèmes

Les années passent, Selim vieillit, il est temps de vendre. Nous sommes en novembre 2016, un compromis de vente est signé avec un investisseur. Mais rien ne se passe comme prévu. Mai 2018, alors que la dernière locataire vient à peine de quitter les lieux, des individus en profitent pour s'y installer.

Un couple et deux hommes seuls. "Ils étaient plutôt gentils", rapporte le fils de l'octogénaire, Daniel [son prénom a également été changé]. Un premier loyer est payé, ils ne seront là que pour trois ou quatre mois tout au plus. Et puis, d'autres squatteurs investissent, à leur tour, illégalement les deux derniers lots. Aux oubliettes la promesse de vente signée bien des mois plus tôt. 

 

Selim et Daniel prennent un avocat. Ce n'est que le 5 mars 2021, trois ans après la venue des premiers individus, qu'un juge ordonne l'expulsion de ces derniers et tous sont condamnés à verser une indemnité de 400 euros jusqu'à la libération des lieux. Père et fils n'en verront jamais la couleur et personne ne partira. 

Une nouvelle signature et puis s'en va

Des problèmes de nuisances s'ajoutent. Les riverains se plaignent. Mais qui est vraiment à l'origine de ces nuisances? Les squatteurs ou les dealers? Peut-être même les deux... Car l'immeuble en question est situé au cœur d'une zone de sécurité prioritaire, gangrenée par la délinquance et la drogue.

Finalement, le 6 septembre 2021, une nouvelle promesse de vente est signée. Mais il n'est pas question pour le nouvel acquéreur d'attendre des mois. Selim "requiert, par voie d'huissiers, comme le rapportent nos confrères, le concours de la force publique". Silence total, rien ne se passe et le potentiel acheteur finit par se lasser. 

Près de 100.000 euros d'eau en quatre ans

L'assurance refuse de prendre en charge les éventuels dégâts causés par les occupants et comme si cela ne suffisait pas, Selim reçoit le 24 mai dernier un courrier recommandé. 

 

Veolia le somme de payer 97.852 euros. Ce qui correspond à des factures d'eau impayées entre 2018 et 2022. Pour Selim, "ce n'est pas un choc, c'est un tremblement de terre", comme il l'explique au Parisien

"J'ai remarqué que les factures gonflent dès que les premiers huissiers sont envoyés, et redescendent à un niveau normal après l'expulsion", témoigne l'avocat de la famille, Me Bouillot. Les squatteurs ont-ils par moments laissé le robinet ouvert des journées entières? Difficile de l'affirmer. 

Veolia propose un étalement des dettes, mais refuse de les éponger. Des factures ont bien été envoyées, un contrat a bien été ouvert, mais pour l'heure, personne ne sait qui en est le titulaire. Car aucune pièce justificative n'a pu être retrouvée. 

Même si le bien a été déclaré squatté, un fournisseur d'eau n'a pas le droit de couper l'eau d'une résidence principale. Les droits de l'homme le lui interdisent. 

D'autre part, personne n'a averti Selim qu'une consommation d'eau anormale avait été constatée. L'exploitant du réseau d'eau était pourtant tenu de le faire comme le prévoit l'article L2224-12-4 du Code général des collectivités territoriales. 

La genèse d'une bataille judiciaire qui s'annonce longue... 

Aujourd'hui, les accès à l'immeuble sont murés et les lots totalement détériorés. La cave est gorgée d'eau, les sols jonchés de déchets et d'excréments de rats. L'air ambiant empeste l'urine. Le plafond d'un des appartements offre un trou béant juste au-dessus d'un compteur électrique. Les stigmates à n'en pas douter d'une infiltration d'eau dont personne ne s'est soucié pendant des années. 

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