"Il faut arrêter l’hémorragie, sinon on va mourir!": ce boulanger azuréen dit son "ras-le-bol" face à la flambée des coûts

Les boulangers crient leur détresse face à l’explosion des factures d’électricité, qui menace l’activité des artisans. Le gouvernement a annoncé ce mardi des mesures de soutien. Mais les boulangers réclament le bouclier tarifaire, à l’image de Franck Gicquel, le patron d’« Aux enfants gâtés » à Cagnes-sur-mer. Reportage.

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Christophe CIRONE Publié le 04/01/2023 à 07:30, mis à jour le 04/01/2023 à 14:42
Franck Gicquel (à droite), boulanger à Cagnes-sur-mer, partage son ras-le-bol auprès d’un fournisseur et de conseillers de la chambre des métiers. (Photo Frantz Bouton)

Les clients sont là, les présentoirs débordent de galettes bien dorées, les effluves de beurre et de frangipane titillent les narines. Mais pour Franck Gicquel, à Cagnes-sur-mer, 2023 a déjà un goût amer. Sa boulangerie a beau s’appeler Aux enfants gâtés, sa profession se sent plutôt comme le parent pauvre des aides, face à la flambée des cours de l’énergie.

"On paie plus d’électricité que de loyer!", s’exclame cet artisan de 37 ans, établi là depuis huit ans. Sa boulangerie emploie 18 employés. Franck Gicquel guette la facture d’électricité de décembre. Il craint le pire. "De novembre 2021 à novembre 2022, j’étais déjà passé de 2700 euros à 4180 euros. Là, certains ont commencé à recevoir des factures qui passent de 2000 à 12.000€. Il faut arrêter!"

Face à lui dans son fournil, Nicolas Domece et Anthony Schmidt acquiescent. Ils sont chargés du développement économique à la chambre des métiers et de l’artisanat. Ce mardi, Aux enfants gâtés, ils sont venus prendre le pouls. Mais ils manquent de solutions.

"Ras-le-bol"

Le patron d’Aux enfants gâtés ira manifester le 23 janvier à Paris pour réclamer un bouclier tarifaire. FRANTZ BOUTON / Nice Matin.

"Il faut décortiquer toutes les aides qui vont être mises en place", suggère Nicolas Domece. Le boulanger l’interrompt: "Non mais là, il faut arrêter avec les aides! On a le droit à un bouclier tarifaire, comme tout le monde. 10-15% [d’augmentation], c’est déjà pas mal... On n’est pas des vaches! Il faut arrêter l’hémorragie, sinon on va mourir!" Anthony Schmidt l’admet: "Ces aides, c’est un sparadrap sur une jambe de bois."

Pandémie, pénurie de main d’oeuvre, explosion des prix des matières premières, taxes multiples... Franck Gicquel dit son "ras-le-bol". "On a l’impression que ce sont les artisans qui vont payer pour tout le monde."

Un exemple? Le prix du beurre. Sa facture hebdomadaire est passée de 550 à 1200 euros. Soit 30.000 en plus par an. Et maintenant, l’électricité.

Franck Gicquel a senti venir les soucis dès l’été dernier. Il a changé de prestataire, a pris un contrat Matina chez EDF. Mais depuis le 1er janvier, en heure pleine, ses fours tournent avec un mégawatt-heure passé de 80 euros à... 500 euros.

Prêt à manifester

Alors le boulanger a "fait un test". Il a tenté de cuire toute sa production du jour aux heures creuses, entre 23h et 7h du matin. Bilan: "Ce n’est pas gérable." Avant cela, Franck Gicquel s’était résolu à augmenter ses prix, comme partout ailleurs. "Mais de 8% max, alors que j’aurais dû répercuter de 30%. Le consommateur ne va pas non plus payer la baguette 2 euros!"

Hervé Bonnetain passe une tête dans le fournil. Il est attaché commercial pour un fournisseur. Ces jours-ci, à chaque visite chez des clients, le sujet de l’énergie surgit d’emblée. Le VRP le voit bien: "Ils sont inquiets. Pour eux, la facture va du double au quintuple. ça va être compliqué pour les artisans."

Franck Gicquel ne se résigne pas. Il a déjà pris ses tickets d’avion pour aller manifester à Paris, le 23 janvier, à l’appel du collectif lancé par le Niçois Frédéric Roy. Une exception pour Franck, qui prend une ou deux semaines de vacances par an. "C’est dommage d’en arriver là pour se faire entendre. Mais sans ça, cet été, ça ne passe pas."

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