Fête des mères: le succès des pivoines et la Covid font-ils grimper le prix des bouquets?

C'est la fleur star, l'indispensable dans un bouquet: la pivoine est victime de son succès (et du Covid) sur les étals des fleuristes à l'approche de la fête des mères. Face à une demande forte des consommateurs et une offre pas extensible, la loi du marché engendre une envolée des prix. Allez-vous payer plus cher votre bouquet et si oui pourquoi? On vous explique.

Peggy Poletto Publié le 25/05/2021 à 18:00, mis à jour le 25/05/2021 à 18:00
La pivoine française victime de son succès Photo S.L.

Ce qui est rare est cher... Et le commerce des fleurs n'échappe pas à ce principe de base en économie.

A quelques jours de la fête des mères, les fleuristes ne peuvent pas faire l'impasse, cette année encore, sur des compositions comprenant des pivoines. C'est la fleur incontournable, à la mode, qui détrône la rose. 

La reine des fleurs connaît un succès phénoménal à tel point qu'il est impossible de ne pas en proposer au risque d'être boudé par les clients. Cet engouement va jusqu'à entraîner une pénurie et, par conséquent, une flambée des prix. CQFD. 

Dans le Var, capitale française de la fleur coupée, et plus précisément à Hyères où est implantée la SICA Marché aux fleurs, la "guerre" de la pivoine est bien une réalité en raison de circonstances exceptionnelles liées à la crise sanitaire qui dure depuis juin 2020. "Il y a plus de demandes que d'offres et les prix montent", commente Gilles Rus, le directeur du marché varois. 

"Le prix des pivoines a flambé!" 

Journaliste et fleuriste "en extra" à Paris, Anaïs Renevier s'est inquiétée, à quelques jours de la Fête des mères (un des rendez-vous essentiel avec la Saint-Valentin pour la profession), de la flambée du prix des pivoines. Dans un long commentaire posté sur son compte Twitter le mercredi 19 mai, elle décrypte le phénomène. 

 

" Vous savez pourquoi le prix des pivoines a flambé chez votre fleuriste de quartier cette année? En coulisses, une guerre est en train de faire rage à Rungis", a-t-elle écrit. 

Selon elle, la saisonnalité de la fleurs (3 mois par an), les aléas climatiques et la pression de la grande distribution qui a négocié des achats de stocks importants expliquent la difficulté à trouver des pivoines à des tarifs intéressants pour réaliser une marge correcte. 

" Mais peut-être aurez-vous remarqué que cette année, le prix minimum c'est 20 euros les 5 tiges chez les fleuristes. Contre 15 l'année dernière"; tout en constatant que dans les supermarchés les 5 tiges peuvent être vendues... 5 euros.  Le rouleau compresseur des grandes surfaces est passé, a-t-elle précisé dans son explication pour justifier la différence de prix pratiquée. 

Des prix qui rebutent les fleuristes

A son tour, l'hebdomadaire L'Obs s'est intéressé au sujet de "la guerre des pivoines" le dimanche 23 mai 2021 et au dilemme posé aux fleuristes face aux prix d'achat de la star des fleurs. Il est fait état, par une fleuriste, de tiges proposées "entre 1,95 euro et 3,80 euros pièce pour les plus grosses. D’habitude, c’est à peine 0,99 centime la tige", selon un artisan fleuriste établi dans le 17e arrondissement de Paris.

"Normalement, un fleuriste raisonnable multiplie les prix par 3 environ, pour compenser les pertes. Mais là vous ne pouvez pas vendre une pivoine à 12 euros", a commenté le professionnel, tout en indiquant que pour pouvoir proposer des pivoines à ses clients le 30 mai, il renoncera à ses marges. Un coup dur pour une profession sévèrement frappée par la crise sanitaire. 

 

Sur les marchés locaux, il est un autre constat qui rassure les consommateurs: les prix des bouquets n'ont pas varié. La vente directe du producteur au consommateur n'affecte pas la tarification. 

Gilles Rus (marché aux fleurs) : Peu de concurrence internationale

A Hyères, au marché aux fleurs, 12 millions de tiges de pivoines sont vendues Photo Luc Boutria.

A Hyères, le directeur du marché aux fleurs Gilles Rus admet que la saison 2020 a été "rude". Ici les 150 producteurs (soit une surface de plus de 150ha) qui vendent leurs fleurs ont eux aussi subi la crise et la fermeture des fleuristes lors du premier confinement. La perte du chiffre d'affaires atteint 5 millions d'euros et entre 70 et 80% des volumes de fleurs ont dû être jetés. 

"Si certains fleuristes, ceux qui avaient la capacité de s'organiser en click and collect et de communiquer, s'en sont sortis, ce n'est pas le cas de la majorité", explique-t-il. Pour le responsable, depuis juin 2020, la situation est difficile pour les producteurs locaux. 

Mais comment expliquer l'augmentation, de 50% entre 2019 et 2021 du prix de la tige, des pivoines? 

Pour Gilles Rus, plusieurs raisons conduisent à ce constat toutes fleurs confondues. D'abord, la diminution substantielle du grand export venu d'Equateur ou d'Afrique du sud.

"Dans ces pays, les coûts de production sont largement moins élevés qu'en France (45 euros le salaire journalier) pour une tige qui revient à 6 centimes contre 23/25 centimes en Europe. Sans vols commerciaux suffisants, ces pays n'ont pas été en mesure d'importer". Conséquence: face à une demande forte et à une offre restreinte, les prix se sont envolés. 

Le Var, primeur dans la production

La production de 12 millions de tiges de pivoines fait du Var un département important sur le marché de la distribution nationale et internationale, sous le label Fleurs de France. "Nous avons la chance d'être les premiers sur le marché. D'avoir des pivoines en primeur avant la Hollande. Mais, cette année, c'est plus compliqué...", indique le directeur du marché aux fleurs. 

 

Après la Covid-19, c'est au tour de la météo de jouer les trouble-fêtes. "Nous avons eu un printemps plutôt chaud suivi par une période de gel. Carnoules et Flassans ont été particulièrement touchés et 30% des producteurs dans les Alpes qui fournissaient au marché sont concernés par des pertes". 

La saison de production des pivoines qui se termine mi-mai, pour la Fête des mères, s'est étendue. "Nous allons nous trouver en concurrence avec la Hollande qui arrive en production dans quelques jours. Avec des stocks à écouler après la Fête des mères".

Question timing, les producteurs et les fleuristes pouvaient rêver mieux !

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