Faut-il remettre les masques? Qui et doit-on se faire vacciner? Les réponses du Professeur Olivier Guérin, du CHU de Nice, à nos questions

Alors qu'une triple épidémie menace, de nombreuses instances sanitaires (Académie de médecine, COVARS, Santé Publique France), ainsi qu'Elisabeth Borne, recommandent vivement de porter le masque, en ce moment et surtout, de se faire vacciner. Nice-Matin a demandé au Professeur niçois Olivier Guérin, ancien membre du Conseil Scientifique, s'il fallait remettre les masques et si oui, où et quand. Faut-il se faire vacciner avant de partir en vacances? Voici son éclairage.

Amandine Rebourg Publié le 05/12/2022 à 15:15, mis à jour le 05/12/2022 à 14:48
Le professeur Olivier Guérin. Photo Eric Ottino

Santé Publique France, le COVARS... Toutes les instances sanitaires alertent sur les poussées épidémiques de trois virus (bronchiolite, grippe, covid-19) et recommandent à nouveau, la fameuse triplette que l'on a peut-être un peu oubliée, pour se protéger des virus: le port du masque, la vaccination et le respect des gestes barrières. 

Mardi 29 novembre, en pleine séance de Questions au Gouvernement, Elisabeth Borne, a appelé au respect des gestes barrières et à se faire vacciner, à l'approche de fêtes de fin d'année, période de rassemblements familiaux propices à la transmission des virus. 

Interrogé sur BFMTV, ce dimanche 4 décembre, François Braun, ministre de la Santé, a lui aussi, lancé un "appel solennel" pour inciter les plus fragiles à se faire vacciner face à une neuvième vague de Covid-19"C'est quand même totalement absurde, on a les moyens de se protéger et les Français ne se vaccinent pas", a-t-il déploré, insistant un peu plus sur la nécessité d'être vacciné plutôt que de rendre le masque obligatoire.

Et au milieu de tout cela, des consignes de vaccination et de rappels relativement incompréhensibles. Doit-on porter le masque, faut-il se faire vacciner contre la grippe et la Covid-19? Nous avons demandé au Professeur Olivier Guérin, chef du pôle gériatrie du CHU de Nice, président de la Société française de gériatrie et ancien membre du Conseil Scientifique. 

La situation actuelle nécessite-t-elle qu'on remette les masques?

Le problème du masque c’est qu’il est efficace si tout le monde joue le jeu en situation confinée. Et puis il n’y a pas que le masque, il y a aussi l’aération des pièces, cela fonctionne et le lavage des mains aussi. Pour moi, le sujet "clé" si l’on veut éviter une "boucherie" à Noël, c’est la vaccination: Covid et grippe. On n’a jamais eu une concomitance de trois virus hivernaux au même moment, avec une grippe virulente. La chance, c’est que le vaccin est efficace sur les souches circulantes.

Le deuxième élément, c’est une capacité de prise en charge affaiblie. Pour résumer, il ne faut surtout pas tomber malade en ce moment. Cela peut mal se passer avec la difficulté de l’offre de soins, qu’elle soit publique ou privée. C’est ce qui nous inquiète.

Avec ces données, on a plutôt intérêt à porter le masque pour éviter de tomber malade et contaminer les autres mais c’est la vaccination qui est efficace le plus rapidement possible. 

Pour résumer, il ne faut surtout pas tomber malade en ce moment

Si on comprend bien, on remet le masque mais on se fait vacciner en priorité?

On fait les deux, on remet le masque et on se fait vacciner. 

Les ministres et responsables des autorités sanitaires multiplient les appels à la vaccination et pourtant, les chiffres sont très bas… Qu’est ce qui cloche?

Je pense qu’il y a un ras-le-bol général et que c’est très compliqué de se motiver et remobiliser en termes d’engagement et mobilisation individuelle sur les épidémies. Et aussi un manque de communication. Quand on regarde d’autres pays, certains ont évidemment une culture du vaccin différente mais les chiffres sont meilleurs. On est très en retard. On est même en retard par rapport aux années d’avant le Covid, en 2019.

À part dans les Ehpads, les chiffres sont en déficit. Vous faites part d’une certaine crainte… On est très inquiet et cette inquiétude est liée à la difficulté que nous aurons à répondre à la demande de gens qui viendront malades. Nous avons peur de ne pas avoir de lits disponibles, la crainte d’urgences saturées, des personnels réduits et ça se paye cash! Des articles scientifiques montrent que dès que le taux d’encadrement des soignants est faible, la mortalité est forte, toujours, en toutes circonstances et sur toutes les maladies.

Si vous comptez aller voir, d’ici février, quelqu’un de plus de 60 ans, vaccinez-vous!

On a aussi le sentiment qu’on ne sait plus si on doit se faire vacciner contre la grippe, le covid ou qu'on n'est pas forcément la cible des campagnes de vaccinations…

Objectivement, le message n’est pas très clair. À partir du moment où l’on dit que les populations à risques, à plus de 60 ans et ceux qui les côtoient, doivent se faire vacciner, on ne voit pas bien qui échappe au fait de se faire vacciner, s’il en a envie.

La règle est claire: on cible les populations à risques en premier lieu et les personnes qui côtoient des personnes à risques, mais une fois qu’on a dit ça, on ne voit pas très bien qui n’est pas concerné. Nous avons tous, dans notre entourage, quelqu’un qui a plus de 60 ans et que nous verrons d'ici le mois de février. 

Si vous ne vous faites pas vacciner, cela veut dire que vous devrez porter un FFP2 lorsque vous irez le voir, lui également. Et on sait que cela ne va pas se passer comme ça, dans la vraie vie. Donc si vous comptez aller voir, d’ici février, quelqu’un de plus de 60 ans, vaccinez-vous!

Pourquoi le masque ne peut pas être rendu obligatoire, en ce moment?

Depuis le 30 juillet dernier, le gouvernement ne peut plus imposer des restrictions sanitaires à l'ensemble du territoire.

En effet, cette loi a mis fin à l'état d'urgence sanitaire et ainsi, "les mesures (confinement, couvre feu, port du masque, pass sanitaire...) ne pourront plus être prises, sans le vote d'une nouvelle loi", selon un communiqué du bureau d'Elisabeth Borne. 

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