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Episode 2. Récit d'une rédaction confinée : Flora, les pieds en France et la tête en Italie

Mis à jour le 01/04/2020 à 11:01 Publié le 31/03/2020 à 20:00
Ici dans le quartier universitaire San Lorenzo, à Rome, où j'ai travaillé pendant neuf ans.

Ici dans le quartier universitaire San Lorenzo, à Rome, où j'ai travaillé pendant neuf ans. D.R.

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Episode 2. Récit d'une rédaction confinée : Flora, les pieds en France et la tête en Italie

Mardi 17 mars, le confinement de toute la population française était décrété. C'était il y a deux semaines. Comment les journalistes de la rédaction de Nice-Matin ont-ils vécu le passage au télétravail, géré le confinement chez eux? Pour vous partager les coulisses d'une rédaction confinée, nous vous proposons cette série de témoignages.

Raconter son confinement. Pour quoi faire? Est-ce pertinent alors que nous avons tant de sujets à traiter, de réponses à apporter à vos questions, de fausses infos à vérifier pour vous.

Pour tout vous dire, on s'est posé la question dans l'équipe #Solutions. Et puis on a finalement décidé de se lancer. Pour vous ouvrir les coulisses d'une rédaction en temps de confinement.  Et répondre à cette question, posée par Laurence, une lectrice:"Comment ça se passe pour vous à la rédac?"

Mardi 24 mars : Toujours déboussolée

Pas facile de raconter ces premiers jours de confinement tant les choses se sont enchaînées. L’actualité passe à toute allure, les directives s’emmêlent, il faut les décrypter et les appliquer pour soi-même. Ayant vécu en Italie pendant neuf ans, je suis avec attention ce qui se passe de l’autre côté des Alpes car nous avons décidé de lancer une Newsletter dédiée à la situation italienne (Quarantaine à l’italienne).

J’appelle mes amis à Rome, à Milan, ailleurs en France. Je réponds aux appels en français, en italien. Je commence mes phrases dans une langue et les finis dans l’autre. Mon appartement est devenu un lieu sans frontières alors qu’on est en train de les rétablir en Europe. Je ne peux pas imaginer Rome déserte sans ses places d'ordinaire encombrées de jeunes, le silence au lieu du brouhaha animé des ruelles, l'absence du tintement des cuillères contre les tasses dans les bars. Si je devais trouver un mot pour qualifier mon sentiment, à une semaine du confinement, ce serait “irréel”. C’est un terme que j’ai souvent entendu de l’autre côté des Alpes. Les Italiens disent “surreale”. Eh bien voilà, on y est. 

Tous les jours, je fais le tour de la presse italienne.
Tous les jours, je fais le tour de la presse italienne. Flora Zanichelli

Mercredi 25 mars: Les écrans, pas trop mon truc

A la maison, en télétravail, il faut à la fois se réapproprier son espace, établir des liens virtuels avec l’équipe. Au début, j’ai beaucoup de mal. Les collègues n’ont plus de tête, de voix, ils sont remplacés par leur nom et une petite boule verte signalant leur présence. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux ont ajouté une photo, ça humanise un peu notre plateforme.

Nous nous appelons aussi, pour prendre des nouvelles des uns et des autres, je préfère ça aux écrans. Les premiers jours, tout va très vite, les discussions s’étirent et s’entrecoupent. L’effervescence est palpable entre les lignes. Bien sûr, nous avons beaucoup de chance de continuer à travailler et de surcroît, de chez nous, sans avoir à sortir. Le terrain me manque beaucoup, les rencontres aussi. Avec mes amis, nous nous appelons souvent. Certains ont été mis en chômage partiel mais si les gens sont inquiets, ils ne le montrent pas. Nous sommes tous un peu sonnés.

Jeudi 26 mars : supermarché et émotions

Je dois sortir faire mes courses. Je vérifie quinze fois que je n’ai rien oublié, notamment l’attestation et la carte d’identité. Une fois à l’intérieur de la supérette, j’appelle ma voisine pour savoir si elle a besoin de quelque chose. Elle est à la retraite et même si ça fait peu de temps que je suis ici, nous avons noué une proximité, dans cette situation inédite. “Nous allons perdre l’habitude de parler, de sortir, me dit-elle. Votre appel me réchauffe le coeur.” Sa voix est teintée d’émotion, moi aussi, je suis émue.

Au supermarché, il y a peu de monde mais il manque beaucoup de choses comme la farine, le papier toilette, les sauces pour les pâtes. Je croise des gens avec un masque. Pas facile de maintenir tout le temps les distances de sécurité. J'oublie de faire une photographie pour mon article, notamment des rayons vides. Il faudra que je ressorte un autre jour, que j'écrive une nouvelle attestation, faute d'imprimante. Chez le buraliste, où j’achète des magazines, nous n’avons pas le droit d’être plus de trois en boutique. Quand je m’en vais, je passe à côté du propriétaire. J’entends le craquement du scotch qu’il utilise pour délimiter les distances de sécurité.

Vendredi 27 mars : Réflexions journalistiques et apéro virtuel

La semaine touche à sa fin. Alors que les chiffres semblaient baisser en Italie, ils repartent à la hausse. Au journal, nous entamons une réflexion sur la manière d’affronter la crise, à deux semaines du début du confinement. Comment anticiper sur l’actualité, la décrypter, varier les angles maintenant que la crise s'est installée et nous confine au moins deux semaines supplémentaires? Je réfléchis aux prochaines Newsletters italiennes. Suivre l’actualité de l’autre côté des Alpes me projette dans le temps. Je retrouve chez nous, des comportements que nos voisins ont adoptés il y a dix jours. Etrange sensation de décalage.

Le soir, je retrouve Sophie, du service Solutions et Aurélie qui travaille pour Kidsmatin, la version jeunesse de Nice-Matin, pour un apéritif via skype. Cela nous permet de débriefer sur cette manière inédite d’être journaliste. Nous parlons organisation des tâches, coupure, détente. Il est très difficile de décrocher de l’actualité et pourtant, il faut aussi sortir la tête de l’eau pour obtenir le recul nécessaire. Mes doigts ne peuvent s’empêcher de glisser sur mon portable. Et si j'avais raté quelque chose?

Dimanche, j'essaie de me changer les idées avec le Dictionnaire enjoué des cultures africaines.
Dimanche, j'essaie de me changer les idées avec le Dictionnaire enjoué des cultures africaines. F.Z.

Samedi 28 et dimanche 29 mars : Un peu d’ailleurs depuis mon balcon

J’écoute "Volare" de Domenico Modugno. Il fait beau et j’ai la chance d’avoir un balcon. J’en profite pour lire le Dictionnaire enjoué des cultures africaines d’Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi. A travers des noms de villes, de personnalités, de coutumes africaines, les deux auteurs nous emmènent à la découverte de ce continent fascinant. Ça fait du bien de s’éloigner un peu de l’Europe, même si j’ai tout de même beaucoup de mal à me concentrer sur tout ce qui ne touche pas au Covid-19. Dans un article, le quotidien italien La Repubblica a même cherché les raisons scientifiques à ce manque de concentration. Décidément, cette pandémie me rattrape même pendant la lecture.

Je pars explorer ma résidence qui, heureusement, est très étendue. La vie continue sur les balcons et dans les petits chemins. On y croise des personnes promenant leurs chiens, des parents avec leurs enfants. “On va voir si tu as bien fait tes devoirs, demande un père à son petit garçon. 6+6?”. “16”, répond l’enfant. Nous échangeons un sourire. Plus tard, sur le balcon d’en face, une petite fille chante à plein poumons. Elle tournoie, ouvre les bras vers les balcons d’en face. Avant de s'engouffrer chez elle, elle s'incline devant un public imaginaire. 

Lundi 30 et mardi 31 mars : C’est parti pour une troisième semaine de confinement

Désormais, une petite routine s’est mise en place. Au travail, nos tâches sont de mieux en mieux réparties. Nous avons décidé de créer un dossier Solutions sur le coronavirus. L’idée est de prendre du recul sur cette crise que nous traversons. Mes collègues Sophie et Aurore, du service Solutions, recueillent le journal de confinement d'une aide-soignante. C'est une histoire simple, épurée qu'Aurore illustre très joliment. La simplicité me fait du bien, alors que les débats scientifiques s'enchaînent à droite à gauche et qu'on ne sait plus vraiment à quel saint se vouer. Sophie propose de faire réfléchir nos abonnés-experts, un groupe d'abonnés qui dispose de compétences spécifiques dans différents domaines comme le social, les sciences, Internet…

RELIRE. "J'ai peur de craquer", le carnet de bord d'Amira, aide-soignante sur le front du coronavirus. #1

Nous allons avoir besoin d’éclairages pour appréhender la sortie de crise. En France, il est encore un peu trop tôt pour parler de l’après, alors qu’en Italie, les médias ne parlent que de ça. Le soir, je fais un apéritif via skype avec une amie qui vit à Rome. Elle travaille dans le tourisme et va être en chômage partiel à partir de mercredi. Son employeur l’avait licenciée juste avant la crise du coronavirus mais l’Etat italien a annulé les licenciements ayant eu lieu avant le 1er mars. Que ce soit de l’un ou l’autre côté de la frontière, nos vies sont comme suspendues.


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