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En pleine crise Covid, ces Azuréens ont décidé de changer de métier

Beaucoup y pensent… Eux ont osé ! En pleine pandémie, de nombreux Azuréens se sont lancés dans une reconversion professionnelle pour donner un nouveau sens à leur vie ou trouver un meilleur équilibre entre travail et famille. Témoignages

Emilie Moulin Publié le 11/10/2021 à 16:08, mis à jour le 11/10/2021 à 16:10

Et si je vous demandais: de quelle vie avez-vous envie? Cette question s’est imposée à beaucoup de Français pendant la crise sanitaire. Plus précisément: "Mon travail donne-t-il du sens à ma vie?"

Confinés entre quatre murs, quand le temps s’est allongé et que le tourbillon du train-train quotidien s’est arrêté, difficile d’ignorer les doutes et les signaux.

Un salarié sur quatre

Perte de motivation, burn-out ou bore-out (syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui), problèmes de santé, envie d’évoluer, de se sentir plus utile: les raisons sont nombreuses… et les incertains aussi! Selon le baromètre 2021 du Conseil en évolution professionnelle (CEP) en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 58% des salariés de la région souhaitent évoluer dans leur carrière dans les deux prochaines années; c’est 10% de plus qu’en 2020.

Parmi ces actifs, 55% désirent évoluer dans le même secteur d’activité, tandis que 24% envisagent de se reconvertir dans un autre domaine. Un virage à 180 degrés, rempli de doutes parfois, mais souvent libérateur, comme en témoigne Julie, qui se lance dans l’entrepreneuriat en ouvrant sa cave à vin, après des années dans l’assistance sociale.

 

De même pour Kevin, Amandine ou encore Sylvain qui tourne la page de sa carrière en restauration pour en ouvrir une autre en plomberie, espérant pouvoir mieux profiter de sa famille.

Un vrai travail d’introspection

Pour trouver leur nouvelle voie, ces quatre Azuréens ont effectué un réel travail d’introspection, avec un bilan de compétences. Le but? Mieux se connaître grâce à des exercices et du coaching, effectuer des enquêtes de métier pour conforter son choix de reconversion, etc.

Si de nombreux cabinets de conseil proposent cette prestation payante (qui peut être financée par le Compte personnel de formation, ou à l’initiative de l’employeur), un service public existe depuis plusieurs années pour accompagner gratuitement les adultes qui cherchent à se réorienter: le CEP.

Sur la Côte d’Azur, il compte aujourd’hui quatre antennes: à Nice, à Saint-Laurent-du-Var, à Mandelieu-la-Napoule, Grasse… et bientôt à Sophia Antipolis. Alors… que me répondriez-vous?

 

Sylvain, Cannes: "Ce n’était plus acceptable"

Sylvain Nemoz, de second de cuisine à plombier. Photo Emilie Moulin.

Il laisse de côté le suprême de volaille, le risotto et le tataki de thon pour les canalisations, les robinets et les clés à bonde. Après 15 années dans la gastronomie, dont cinq en tant que second de cuisine à L’Ecrin Plage, sur la Croisette à Cannes, Sylvain Nemoz échange le tablier pour le bleu de travail. À 37 ans, il veut devenir plombier. Rembobinons: 16 mars 2020, les restaurants français sont dans l’obligation de fermer leurs portes.

Arrêt brutal. Au chômage partiel, Sylvain se retrouve "bloqué à la maison avec [ses] deux filles." L’isolement remplace le vacarme des salles bondées et l’effervescence des cuisines. Et si une autre vie était possible? Les rôles s’inversent: le père de famille qui n’avait jamais le temps de s’occuper de ses petites se retrouve à jouer et à faire les devoirs, pendant que sa femme travaille au supermarché.

Avec une pointe de regret dans la voix, il raconte: "J’étais tellement pris par mon job, je ne les voyais pas grandir. Pas de week-end, pas de vacances… Il y a même eu des Noël où, à peine les cadeaux ouverts, je partais pour aller préparer le service… Je me suis rendu compte que ce n’était plus acceptable."

" Plus motivé que jamais"

Les priorités se remettent en place et, alors qu’il menait lui-même des travaux dans son appartement, Sylvain a l’idée de la plomberie. "Je me suis dit que ça pourrait être le métier parfait pour concilier ma vie de famille et mon besoin de travailler, d’être au service des autres."

C’est en septembre 2020, après la saison estivale sous Covid-19 que le cuisinier quitte son emploi, non sans une petite appréhension: "On sait ce qu’on quitte, mais pas ce qu’on retrouve derrière." Plus motivé que jamais, il démarche des entreprises pour faire des stages de découverte et s’inscrit à l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) pour candidater à une formation de dix semaines. "Si tout va bien, je serai diplômé en août 2022", espère-t-il.

 

En attendant, cet infatigable optimiste apprend par cœur le vocabulaire et les normes autour de son futur métier, s’entraîne devant son miroir pour les entretiens d’embauche à venir… Et se projette: "J’aimerais commencer en entreprise pour avoir le temps de découvrir tous les aspects du métier et, à terme, pourquoi pas me mettre à mon compte? Je sais que je n’ai pas choisi le métier le plus facile: on est souvent à genoux, dans la saleté… Mais après la restauration, je m’en sens capable. C’est une nouvelle aventure qui commence!"

Amandine, Nice, n’écoute pas ses peurs, mais son cœur

Amandine Aïchoun, de chasseuse de tête à voix off Photo Emilie Moulin.

La Covid-19 lui a enlevé ce qu’elle préférait de son métier: la rencontre avec l’autre. Il y a quelques mois encore, Amandine Aïchoun était chasseuse de tête. "Mon rôle était de dénicher les meilleurs profils pour des postes de dirigeants, parfois dans de grands groupes du CAC40. Je voyageais beaucoup, jusqu’au jour où la pandémie est arrivée et qu’on a basculé sur du 100% digital", regrette-t-elle. Lasse de tisser des liens virtuels, elle débranche la machine: "J’ai repensé à la passion que j’avais plus jeune pour la voix, et ça a été une illumination: je me suis dit que je pouvais utiliser mes cordes vocales pour convaincre, capter l’intérêt et passer des émotions au service d’une entreprise."

40 ans, la Niçoise n’écoute pas ses peurs, mais son cœur, et utilise toutes ses économies pour s’offrir un coaching intensif et apprendre son futur métier. Preuve que les efforts paient: "J’ai été contactée par une radio nationale pour des jingles, et je viens aussi de prêter ma voix pour un livre audio", raconte fièrement Amandine, qui hâte de se donner dans son domaine de prédilection: la vidéo d’entreprise et l’animation graphique. Ambitieuse, débordant d’énergie, elle rêve même de devenir la voix française des start-ups sur les marchés anglo-saxons et hispanophones. Après tout, c’est le moment de voir grand!

Julie, Nice: "le confinement m'a donné une pulsion de vie"

Julie Avenel, d’assistante sociale à caviste. Photo Emilie Moulin.

Il y a, dans le nouveau petit commerce au 5 rue Defly à Nice, une odeur de bois neuf. "Ah, ça, c’est les étagères qu’on a fabriquées nous-même!", précise Julie Avenel. En fait, ça sent carrément le nouveau départ. À 40 ans, Julie vient d’ouvrir sa cave à vin le 1er octobre dans cet ancien cabinet d’avocats. "Ça s’est bien passé, on a eu pas mal de monde pour le premier jour, se réjouit-elle. Mais on a hâte de pouvoir inscrire le nom Les Vins de Simon sur la devanture pour être plus visibles."

Un saut dans l’inconnu que la nouvelle patronne sentait venir, mais pas si tôt. Après 10 ans dans l’assistance sociale, dont trois ans spécialisés dans la pédopsychiatrie à l’hôpital Lenval, Julie se doutait qu’elle ne finirait pas sa carrière dans ce milieu "très difficile". La Covid-19 n’a fait qu’accentuer ce sentiment, précipitant la fin. Elle raconte: "Pendant le confinement, les violences intrafamiliales se sont aggravées et le travail est devenu trop lourd. J’ai réalisé que je n’avais plus envie de ça. C’était comme une pulsion de vie."

"Les possibilités sont immenses"

En octobre 2020, elle décide de ne pas renouveler son CDD, et entame un bilan de compétences, financé par son employeur. Au fil de ce temps de réflexion, Julie renoue avec une partie de sa personnalité qu’elle avait mise de côté: "Je suis quelqu’un d’hédoniste, j’aime les plaisirs de la vie, affirme-t-elle dans un sourire. Quand on sort du moule et qu’on prend du recul sur sa routine, on se rend compte que les possibilités sont immenses!" Alors, pourquoi ne pas ouvrir une cave à vin, pour mêler le relationnel à l’agréable? "Aujourd’hui, grâce à la formation en œnologie que j’ai suivie, je conseille les gens pour une soirée amoureuse, pour des moments de rires entre amis, ou même un plaisir seul", résume Julie, pleine d’enthousiasme.

Des vins de terroirs français, des champagnes, pour tous les budgets… Sa touche personnelle? Toucher un public féminin. "Les femmes ont davantage peur de parler de vin à cause de la représentation qu’on en fait, mais le vin a quelque chose de très féminin: ça touche aux sens, il y a un côté délicat, une certaine sensibilité…"

Dans quelques mois, lorsqu’elle se sentira bien installée, l’entrepreneuse espère pouvoir organiser des soirées dégustation en petit comité. En attendant, elle continue à nourrir son savoir sur l’univers du vin à travers les livres, et ne regrette rien: "On n’a qu’une vie! Si notre métier nous rend malheureux, n’ayons pas peur de changer. On ne risque que de s’enrichir."

Kevin, Monaco: "J’étais proche du burn-out"

De responsable des achats à étudiant en gestion internationale de patrimoine. Photo Emilie Moulin.

Ancien responsable des achats dans une grande boîte à Monaco. Papa de deux enfants. 39 ans. Et pourtant, Kevin Pierre suit un master 2 en gestion internationale de patrimoine à l’IAE de Nice. "On a des devoirs à rendre, et bientôt les examens vont arriver… Je trouve ça excitant!"

Ces paillettes dans les yeux, Kevin Pierre ne les a pas toujours eues. En pleine pandémie, alors qu’il tenait un poste à responsabilité dans une société de gestion de navires, il apprend qu’il est licencié… en visio. "Un plan social", explique-t-il. Mais bizarrement, il se sent presque soulagé. "J’étais proche du burn-out. Ça faisait un moment que je me disais qu’il allait falloir changer mais je ne me lançais jamais parce qu’il y a la peur de perdre son salaire, la sécurité…"

Face à cette "opportunité de se prendre en main", il décide de suivre ce qui le fait vibrer: transmettre et accompagner les autres dans leurs projets de vie. "Assurer une succession, préparer une retraite, optimiser la pression fiscale… Je vais me sentir très utile et ça me rend heureux", sourit-il en s’imaginant déjà en cabinet de conseil. "Sans la Covid, je pense que je serais encore dans mon ancienne boîte, malheureux."

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