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Du train à la frontière, le parcours de deux familles maliennes interpellées à Menton

Huit migrants enfermés dans des toilettes, des enfants interpellés avec leurs mères, un renvoi express en Italie... Récit d’un contrôle à Menton, qui illustre la réalité de la crise migratoire à la frontière franco-italienne.

Christophe CIRONE Publié le 27/11/2021 à 13:30, mis à jour le 27/11/2021 à 11:38
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Dix migrants, dont deux mères avec enfants, sont débarqués d’un TER en provenance de Vintimille, en gare de Menton Garavan. Photo Cyril Dodergny

1h08. C’est le temps écoulé entre leur interpellation à bord d’un train à Menton et leur retour en Italie. Nous avons pu suivre l’un des nombreux contrôles qui rythment le quotidien des forces de l’ordre, à la frontière franco-italienne. Un contrôle éloquent. Dix migrants débarqués d’un train, dont huit enfermés aux toilettes, avec deux jeunes enfants parmi eux. Cette scène donne la mesure des drames humains qui se jouent tous les jours à nos portes.

10h34. Garavan, terminus

Jeudi 18 novembre. Gare de Menton Garavan. Arrivée du TER en provenance de Vintimille. Les CRS et la police aux frontières se postent aux deux extrémités du train. Ils portent une attention particulière aux toilettes accessibles aux personnes handicapés, plus spacieuses, situées à l’avant.

Les portes coulissantes s’ouvrent. Les forces de l’ordre investissent les rames. Les toilettes de devant sont bloquées. Il faudra un pied de biche. En attendant, les policiers contrôlent l’identité de tous les passagers. Pour deux d’entre eux, le contrôle se poursuit sur le quai. Garavan, terminus.

10h46. Cachés dans les WC

A l’avant du train, les toilettes PMR sont bloquées. Les CRS doivent forcer la porte à l’aide d’un pied de biche. CYRIL DODERGNY / Nice Matin.

Un jeune ivoirien sans-papier attend sur un banc, résigné. "Il a dit qu’il avait tenté de passer les contrôles, confie un policier. D’autres prennent des risques inconsidérés, se mettent à courir sur les rails, voire l’autoroute. Ça peut aboutir à des drames..." Rien de tel cette fois-ci.

 

Un CRS insère un pied de biche dans la porte des toilettes PMR. Il tire. Insiste. La porte résiste, puis cède. "Allez sors! Sortez", ordonne un CRS d’un ton ferme. Les policiers poussent une exclamation à la vue d’un homme interpellé la veille, dans un train, déjà. Il n’est pas seul. Huit migrants s’étaient entassés dans les WC.

10h49. Enfant mains en l’air

Huit migrants s’étaient enfermés à bord des toilettes pour personnes à mobilité réduite. CYRIL DODERGNY / Nice Matin.

Tous débarquent sur le quai, avec sacs et valises à roulettes. Et là, stupeur: deux enfants. De tout jeunes Maliens. Ils doivent avoir autour de 5 et 9 ans. Visage fermé. L’aîné lève les mains en l’air, l’air apeuré. "C’est triste. Ça fait mal au coeur", admet un contrôleur chargé de la lutte anti-fraude.

De tels contrôles sont "quotidiens, constate l’agent. C’est embêtant pour les gens qui prennent le train pour aller travailler." Car celui-ci reste un bon quart d’heure à quai. "On le vit mal, confirme Paola, une habituée. Parfois, on reste là une heure, une heure et demie pour le contrôle des migrants cachés dans les toilettes. Ça fait des années. Mais c’est de pire en pire!"

11h06. Direction le poste

Dépourvues de titre de séjour, les familles embarquent à bord des fourgons de police. Elles feront un court passage au poste frontière Saint-Louis. CYRIL DODERGNY / Nice Matin.

Enfants et adultes sont regroupés devant la gare. "C’est qui le papa?", répète un CRS. Pas de réponse. Seules leurs mamans accompagnent ces enfants. "S’ils sont avec un responsable légal majeur, ils ne sont pas séparés. Sinon, ils sont confiés au conseil départemental", explique le brigadier-chef Philippe Vicente.

 

Les CRS désignent la longue barre de fer qui servait à bloquer la porte. "Combien vous l’avez achetée?" Pas plus de réponse. Mais Philippe Vicente devine la patte des passeurs. "En moyenne, ils prennent 80 à 100€ pour une barre et expliquer comment bloquer..."

Une barre de fer bloquait la porte des sanitaires. Une technique courante chez les passeurs, qui monnaient outil et conseils. CYRIL DODERGNY / Nice Matin.

Aucun de ces migrants n’a de papiers d’identité en règle. Ils sont maliens, burkinabés, sénégalais ou ivoiriens. Tous grimpent à bord des fourgons de police. Direction le poste Saint-Louis. "Lâche-moi!", s’énerve l’homme interpellé pour la deuxième fois en 24 heures.

11h54. Sur la route du retour

Le passage au poste frontière est bref. Le temps d’examiner d’un peu plus près leurs identités. Trois quarts d’heure après leur arrivée ici, les deux familles maliennes repartent déjà. Femmes et enfants portent sur leur tête les bagages d’une vie. Ils remontent à pied la route qui mène à Grimaldi.

Mais un nouveau contrôle les attend. Des militaires italiens sont postés au centre de coopération policière et douanière (CCPD). Encore un quart d’heure de vérifications. Puis retour côté italien. 12h10. Ils sont à nouveau libres, mais bloqués par une frontière à peine visible.

Mois d’une heure et demie après leur interpellation, femmes et enfants doivent retourner en Italie. CYRIL DODERGNY / Nice Matin.

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