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Débordements à la patinoire de Nice: un professeur explique le "complexe d'Obélix" né des réseaux sociaux

Débordements à la patinoire de Nice il y a dix jours, au Palais des sports de Marseille début novembre: la violence naît parfois d’appels sur les réseaux sociaux. Faut-il s’en inquiéter? Pour le professeur Pascal Plantard, les jeunes livrés à eux-mêmes ont besoin d'un cadre parental pour se construire en dehors du numérique.

Grégory Leclerc Publié le 24/11/2021 à 09:00, mis à jour le 24/11/2021 à 07:57
Illustration. Photo Nice-Matin

Pascal Plantard, 61 ans, est professeur d’anthropologie des usages des technologies numériques à l’université Rennes II. Il scrute depuis des dizaines d’années l’émergence du numérique et des réseaux sociaux comme TikTok.

"Le problème, avec nos adolescents, c’est qu’ils sont livrés à eux-mêmes dans la construction des normes sociales d’usage. Quand ils piquent dans les magasins, se tapent dessus, on réagit. Pas de problèmes. Quand ils sont sur TikTok, ou un autre réseau social, ils sont seuls."

La génération TikTok (ce réseau social chinois touche beaucoup les pré-adolescents) est née avec ces technologies numériques. Un atout? Pas forcément selon lui.

 

"Je suis breton, j’appelle ça le complexe d’Obélix. On considère que, comme ils sont tombés dans la potion magique des technologies quand ils étaient petits, il faut les laisser faire, sans éducation. Une erreur."

Cette génération TikTok est aussi la génération Covid. Elle n’a pas connu les fiestas postbac. N’a pas expérimenté son premier grand concert ou organisé une fête pour son premier boulot d’été. "Les jeunes vont alors transposer, notamment sur TikTok, les rituels qu’ils n’ont pas eus ces deux dernières années."

Pascal Plantard théorise ce qu’il appelle le "dessaisissement parental". Ce complexe d’Obélix laisse une génération se faire avaler, absorber par un monde numérique sans adultes.

"Les activités numériques sont étanches. Elles isolent les jeunes au sein des familles. Elles les poussent à chercher une forme de socialisation secondaire, sans adultes, sur les réseaux. En fonction du capital culturel numérique des familles, certains résistent à ça. Ils se tiennent à distance des fake news, de la pornographie, de la violence. D’autres non."

Des parents "disqualifiés"

S’auto-érigeant experts en numérique, les enfants "disqualifient" donc leurs parents. Lesquels, souvent perdus avec TikTok, Snapchat, Instagram, baissent les bras.

"Les enfants s’imposent d’eux-mêmes comme experts ou spécialistes technologiques de la famille. Pourtant ils n’en ont pas toutes les compétences. Et pas la maturité."

 

Pour Pascal Plantard, il est "dangereux" d’abandonner son rôle d’éducateur, qu’on soit professionnel ou parent. La raison? Cette recherche permanente de l’exposition de soi, cette course à la popularité, aux "likes", pousse ces ados en construction psychique vers des formes de violence.

"Les psychologues qui travaillent là-dessus, comme Serge Tisseron ou Sylvain Missonnier, ont bien identifié que la fascination pour la violence, ou la découverte de la sexualité, sont des questions de pré-adolescent." Or TikTok surfe sur cette tranche d’âge.

Pour autant, désigner un réseau social comme le grand méchant loup n’est-il pas un peu facile? Après tout, des bastons, des débordements, n’y en a-t-il pas toujours eu?

La différence, selon le chercheur, c’est que cette génération est plongée dans ce monde virtuel sans adultes.

Pascal Plantard se souvient qu’il avait 17 ans en 1977, en plein mouvement punk. "Mais cette socialisation secondaire, hors le cercle parental, était alors encadrée par des adultes plus ou moins âgés. Sauf que là, des gens matures sur TikTok, il n’y en a pas. Et quand on sait que l’adolescence, c’est se confronter à la norme, chercher les limites, c’est inquiétant. Un ado qui se confronte à la norme sans adulte, comme sur TikTok, aura bien du mal à se construire."

Il faut pour Pascal Plantard déconstruire l’idée que nos ados seraient naturellement compétents. Il s’inquiète de cette génération en quête d’audience, fascinée par les images de violence, et en appelle à un plan Marshall de la médiation numérique.

"Il faut créer le dialogue avec les ados, accompagner les parents, les éducateurs, tout le monde, sur tous les territoires. Il y a un grand besoin de médiation numérique."

Offre numérique MM+

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