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Débordements à la patinoire de Nice: faut-il s'inquiéter des dérapages de la "génération TikTok"?

Débordements à la patinoire de Nice il y a dix jours, au Palais des sports de Marseille début novembre: la violence naît parfois d’appels sur les réseaux sociaux. Faut-il s’en inquiéter?

Grégory Leclerc et Ch. P. Publié le 24/11/2021 à 07:44, mis à jour le 24/11/2021 à 15:35
Des bandes rivales avaient investi la patinoire Jean-Bouin après s'être donné rendez-vous sur Tiktok. Bilan: des débordements, des mouvements de foule et des interpellations. Photos DR

"En bande organisée, personne peut nous canaliser." Ces paroles du collectif "13’Organisé" ont fait un carton. Elles illustrent parfaitement l’époque.

Une "génération TikTok" - du nom du réseau social chinois - également appelée "génération Covid", livrée à elle-même, se fédérant sur les réseaux sociaux.

Cherchant les limites dans un monde numérique sans adultes. Faisant parfois exploser la pression dans la vraie vie, comme à la patinoire de Nice il y a dix jours.

 

Sur TikTok, des centaines d’ados s’y étaient donné rendez-vous. Non pour casser, mais pour investir les lieux. Bilan: des débordements, des mouvements de foule et des interpellations.

Le 6 novembre, à Marseille, un millier de jeunes avaient ciblé, sur Internet, le Palais des sports. Mêmes causes, mêmes conséquences. Dans les deux cas, peu de dégâts, heureusement.

Ne pas minimiser le problème

Faut-il pour autant parler de vague de violence? "Certainement pas", comme le rappelle le commandant de la Cyber crim’ de Nice, Pierre Penalba.

Pour autant, minimiser le phénomène serait une erreur, selon le professeur d’anthropologie des usages des technologies numériques, Pascal Plantard. Car nos ados seraient atteints du "complexe d’Obélix". 

Un syndrome qui les pousserait à se sentir omnipotents parce qu’ils se croient maîtres des réseaux sociaux. La maturité en moins. Ils évoluent donc seuls dans un monde numérique sans adultes.

Si ces débordements restent à la marge, ils conduisent parfois aux drames. Comme le 15 mars de cette année, sur la dalle de Beaugrenelle à Paris. Yuriy, 15 ans, était laissé pour mort, filmé en direct sur les réseaux sociaux.

 
La patinoire Jean-Bouin de Nice a été le théâtre de débordements, mouvements de foule et interpellations par une bande de jeunes qui s'était donné rendez-vous sur Tiktok. Photo E.O..

On pense aussi à Alisha, 14 ans, morte noyée à Argenteuil après un harcèlement toujours sur les réseaux.

Mais pas question d’ériger TikTok, Snapchat, Instagram, en satan du numérique. Pas question, non plus, d’interdire aux jeunes d’y aller, ce qui serait impossible et contre productif.

Le professeur Plantard estime en revanche qu’il est urgent de s’interroger. Il en appelle à un "plan Marshall de la médiation numérique". Et à réintroduire un dialogue entre adultes et ados en pleine construction. Voilà l’urgence.

"La petite était en pleurs": Fred assiste aux débordements à la patinoire de Nice, il témoigne

Samedi 13, Fred, 46 ans était à la patinoire de Nice avec sa compagne et les deux enfants de cette dernière, âgés de 9 ans et 11 ans. Tous les trois venaient de Mandelieu.

"Nous sommes arrivés à 14 heures. À 14h15, nous avons commencé à patiner. Sur la glace, il y avait beaucoup plus de monde que d’habitude. Je me suis dit que cela allait être compliqué."

La fermeture annoncée à 15h30

Sans qu’ils le sachent, les centaines de jeunes qui se sont donné rendez-vous sont en train d’affluer dans l’entrée de la patinoire.

"À 14h35, nous sommes allés acheter des boissons. À notre retour cela a commencé à dégénérer. Des jeunes se sont battus. Des agents de la patinoire sont intervenus."

Fred appelle alors la police, "La petite de ma compagne était en pleurs. Il y a eu quelques interpellations et la bagarre s’est poursuivie dehors. La fermeture a été annoncée à 15h30."

L’après-midi récréatif tourne court. "La police nous a demandé de partir mais nous avons préféré attendre que le gros de la foule soit sorti avant de nous exécuter. Ce qui nous a été reproché sans beaucoup de discernement et de tact."

Fred et sa famille affirment qu’ils ne sont pas près de remettre les pieds à la patinoire. "Quand j’ai appelé, on m’a indiqué qu’il n’y avait pas de remboursement possible, alors qu’ils n’ont pas été capables de gérer une bande de jeunes.."

2021: des drames et des débordements liés aux réseaux sociaux

Le 8 mars 2021, Alisha, 14 ans, est morte noyée à Argenteuil après une altercation. Elle venait d’être victime d’une campagne de harcèlement via les réseaux sociaux, après la diffusion d’images dénudées sur Snapchat.

Le 15 mars, sur la dalle de Beaugrenelle à Paris, le jeune Yuriy, 15 ans, a été tabassé, laissé pour mort. Les images des violences avaient été diffusées en direct et très largement partagées sur les réseaux sociaux.

Le 24 octobre, une centaine de jeunes se retrouve pour un rodéo sauvage de moto-cross, à Acti Parc près d’Arras. Le rendez-vous avait été donné sur TikTok et Snapchat. Les participants ont alors retourné la voiture d’un jeune venu à leur rencontre.

Le 6 novembre, après un appel lancé sur le réseau social TikTok, près de 1.000 jeunes se retrouvent pour envahir le palais des sports de Marseille. Quelques dégradations, minimes et des affrontements avec les forces de l’ordre.

Vendredi 12 et samedi 13 novembre, des centaines de jeunes se donnent rendez-vous sur TikTok pour investir la patinoire de Nice. Le personnel, vite débordé, appuie sur le bouton d’alarme. Des mouvements de foule se produisent aux abords le samedi après midi. Plusieurs mineurs, majoritairement âgés de 13 et 14 ans, sont interpellés. Deux ont été condamnés à Nice à des stages de citoyenneté. Un troisième, le plus véhément, habitant Saint-Laurent-du-Var, a été déféré au parquet de Grasse.

Offre numérique MM+

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