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Contre l'élévation du niveau de la Méditerranée, un expert relance la solution d'un barrage à Gibraltar

Face au risque sur les activités humaines et la biodiversité que représente la hausse d'un mètre du niveau de la Méditerranée, Alexandre Meinesz, biologiste marin et professeur émérite de l'Université Côte d'Azur ressort des cartons un projet de barrage à Gibraltar, Atlantropa, imaginé dans les années 1920 par l'ingénieur allemand Herman Sörgel.

Sophie Casals Publié le 20/10/2021 à 12:20, mis à jour le 20/10/2021 à 17:33
Un barrage de 35 km à Gibraltar, un projet fou? Photo Thomas Pesquet ISS

"Pour sauver les meubles, en Méditerranée, face à la montée des eaux, il y a une solution. Elle paraît folle, utopiste, mais c'est de construire un barrage sur le détroit de Gibraltar."
Le projet imaginé dans les années 1920 par l'ingénieur allemand Herman Sorgel est relancé par Alexandre Meinesz, professeur émérite de l'Université Côte d'Azur. Dans son livre "Protéger la biodiversité marine", qui vient de paraître aux éditions Odile Jacob, le biologiste marin estime que c'est la seule option pour éviter que l ’ensemble du littoral méditerranéen ne soit artificialisé, et que des dégâts considérables ne soient portés à la vie marine.

Alexandre Meinesz, biologiste marin: "Quoi que l’on fasse dans les décennies à venir, la mer va monter de plus en plus vite et de façon très importante." Photo Frantz Bouton.

Quel est le problème?

A l'horizon 2100, le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) prévoit d'après les scénarios pessimistes une élévation du niveau de la mer d'1,1 m. Mais, souligne Alexandre Meinesz, "la question fondamentale à laquelle il faudrait pouvoir répondre est "de combien les eaux vont monter à l’apogée du changement climatique?"

"Un constat historique très inquiétant a été révélé en 2019. Il y a 3 à 4 millions d’années, alors que la teneur en CO2 de l’atmosphère était proche de l’actuelle et que les températures moyennes étaient de 2 à 3 °C supérieures à celles de l’ère préindustrielle, le niveau des océans était de 16 mètres au-dessus du niveau d’aujourd’hui. Cela pourrait indiquer qu'il y a une inertie actuelle dans les conséquences de l’accumulation brutale des gaz à effet de serre. Comme le CO2 persiste dans l’atmosphère pendant plus d’un siècle, cela suggère qu’inéluctablement, quoi que l’on fasse dans les décennies à venir, la mer va monter de plus en plus vite et de façon très importante."

 

Avec des impacts économiques majeurs: érosion des plages, submersion des routes, voies ferrées, ports, aéroport de Nice... Et des effets dévastateurs sur la vie marine.

"Les forêts sous-marines de posidonies régresseront significativement par manque de lumière elles dépériront dans les zones les plus profondes et ne pourront pas coloniser en peu de siècles les nouveaux fonds inondés. Or c'est cette végétation marine dense qui abrite la biodiversité la plus riche en méditerranée."

La route du bord de mer entre Villeneuve- Loubet et Antibes régulièrement inondée lors des coups de mer. Photo archives Philippe Bertini.

Quand les épis et digues ne suffiront plus

Pour tenter de ralentir l'érosion des plages, les villes investissent depuis de nombreuses années déjà dans des ouvrages de protection.

"Près de 280 épis perpendiculaires au littoral ont déjà été construits devant les rivages de Camargue et du Languedoc et 30 km de digues érigées au niveau de la mer protègent des rivages menacés de submersion devant toutes les côtes françaises de la Méditerranée", détaille Alexandre Meinesz. 

Des digues sous-marines ont ainsi été construites à Cannes ou à Menton, pour casser la houle.

Mais ça n'empêche pas l'élévation du niveau de la mer, inexorable.

Aussi Nice engraisse-t-elle ses plages de près de 5.000 m3 de galets chaque année, tandis que Cannes a déversé 80.000m3 de sable en 2018.
Des mesures coûteuses et qui ne suffiront pas à terme.

 

"Partout devant les rivages plats de Méditerranée, tôt ou tard, pour lutter contre l’érosion et les inondations, il sera nécessaire de construire des digues pour protéger des terres agricoles, des routes, des voies ferrées, des villes littorales et surélever les quais portuaires et leurs contours. L’ensemble va dénaturer une grande partie du littoral." Le scientifique redoute de voir les rivages de la Méditerranée progressivement "défigurés par des amoncellements de murs de béton ou d’empilements de blocs rocheux."

Si la solution pour contenir le réchauffement climatique et l'élévation du niveau de la mer, consiste à s'attaquer aux causes en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, il constate que "la lutte globale a commencé trop tard et elle n’est pas encore coordonnée et suivie par tous les Etats."

Un barrage de 35 km de long laissant passer de l'eau 

L'ingénieur allemand avait planifié que le barrage pouvait être construit en 10 ans. Photo DR.

Le barrage de Gibraltar tracé il y a un siècle par Herman Sörgel est en forme de coude. 

"Il mesure 35 km de long et une hauteur de 300 mètres sur sa partie la plus profonde", détaille Alexandre Meinesz.

L’ingénieur allemand avait planifié que le barrage pouvait être construit en moins de 10 ans.

Dans ce détroit, les courants de surface, établis essentiellement de l’Atlantique vers la Méditerranée représentent le volume d’eau équivalent à douze chutes du Niagara, par seconde.

 

 

 

"Cette force hydraulique colossale aurait permis d’actionner des turbines hydro-électriques et de produire une énergie équivalente à celle de 31 réacteurs nucléaires actuels."

Si avec le projet de Sörgel, le niveau de la Méditerranée aurait baissé jusqu’à moins 200 mètres pour gagner des surfaces de terres (600.000 km2 ), ce n'est pas le dessein de ce barrage dans sa version XXIe siècle.

L’objectif principal de ce nouveau projet de barrage serait de maintenir le niveau de la Méditerranée à 20 cm en dessous du niveau actuel, soit le niveau au début du XXe siècle.

Pour quel coût? Le scientifique n'a pas établi de chiffrage, mais il pointe la possibilité d'un financement par les 23 Etats de la Méditerranée.

"Ce sera moins cher pour chaque pays de participer au financement d'une solution globale que de construire localement des digues qui vont dénaturaliser les zones sableuses, les estuaires et, à terme, ne seront pas efficaces pour protéger les richesses littorales des dangers de submersion ."

 

Des communications ferroviaires et routières pourront être mises en place au-dessus du barrage.

"Il faudra aussi construire des écluses adaptées au niveau du canal de Suez (l’augmentation planétaire du niveau des eaux entraînera aussi l’augmentation du niveau des eaux de la mer Rouge)."

Un tel ouvrage ne mettrait-il pas en péril la biodiversité ?

Le biologiste estime qu'il faudrait en effet répondre à un défi écologique.

"Il faudra veiller à ne pas modifier la salinité et les courants actuels de la Méditerranée et laisser suffisamment d’ouvertures pour permettre une communication entre la biodiversité de la Méditerranée et celle de l’Atlantique. Il faudra toujours laisser passer un volume d’eau considérable de l’Atlantique vers la Méditerranée pour compenser l’évaporation de la Méditerranée."

Comme le barrage ne sera pas étanche, il laissera passer les espèces.

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