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Comment Monaco lutte contre l'addiction aux jeux d'argent

L’addiction aux jeux d’argent est un problème de santé publique qui a pris de l’ampleur avec les jeux en ligne. Du côté des casinos de Monte-Carlo être addict aux jeux n’est pas non plus un vain mot. La SBM a pris depuis quelques années à bras-le-corps ce problème.

Dossier réalisé par Julie Baudin Publié le 10/03/2022 à 11:06, mis à jour le 10/03/2022 à 13:43
Monaco fait partie des six pays les plus exposés en Europe par rapport aux paris sportifs en ligne. Photo T.M.

"Je joue au casino depuis 7 ans, j’ai perdu 10.000 euros en tout. J’en ai assez, je veux arrêter. J’essaye de me dire que c’était un loisir et qu’il faut que je tire un trait sur cette perte. Mais c’est très dur…" "J’ai 38 ans et les jeux d’argent en ligne font partie de ma vie depuis 10 ans… Beaucoup d’argent englouti et pour la première fois il y a 1 mois, la signature d’un crédit de 3.000 euros…" "Voila maintenant 8 ans que je joue, j’ai perdu beaucoup d’argent et énormément de ma vie de famille."

Ces témoignages sont ceux d’Aurélie, Julien ou Lydia. Ils ont tous été postés sur le site web de l’association SOS Joueurs.

Le jeu devient pathologique et lourd de conséquences

Ils révèlent une addiction aux jeux d’argent, une maladie comportementale et neuronale. Ce stade où le jeu n’est plus récréatif mais excessif, problématique.

Ce stade où jouer est devenu pathologique. Nécessité, agressivité, irritabilité, perte de contrôle prennent alors le pas sur l’amusement.

 

Ces joueurs problématiques déclarent tous "être retournés jouer pour se refaire", avoir "misé plus d’argent" qu’ils ne pouvaient et avoir "besoin de miser de plus en plus d’argent pour avoir la même excitation". Et le jeu leur a causé "des problèmes de santé dont stress ou angoisse", "des difficultés financières" et "familiales".

Quelle est la proportion de joueurs ayant développé ce rapport pathologique au jeu d’argent ?

Difficile de savoir. Mais pour le docteur Jean-François Goldbroch, psychiatre et addictologue, dans le service de psychiatrie et d’addictologie du CHPG, "elle est sans doute sous-estimée, la détection de cette pathologique étant difficile, notamment avec les jeux d’argent en ligne, sans aucune limite ni contrôle, qui ont littéralement explosé ces dernières années."

Les ados de Monaco accros aux paris sportifs en ligne

Avec comme premières victimes les jeunes de 15 à 17 ans. [Lire ci-dessous]

 

"Parmi les joueurs, on a six fois de plus de cas à risques chez les jeunes que chez les adultes, poursuit le docteur Goldbroch. Cela s’explique notamment par le fait qu’un cerveau plus jeune est plus vulnérable et qu’il s’emballe plus vite. En sachant qu’un tiers des jeunes a déjà joué en ligne, il y a donc sur ce sujet une réelle inquiétude à avoir."

Et la Principauté semble particulièrement concernée. "À Monaco confirme Jean-François Goldbroch, nous sommes dans les 6 pays les plus exposés en Europe par rapport aux paris en ligne. Chez les jeunes de 16 ans, en 2019, 27% des jeunes de Monaco déclaraient avoir déjà parié, contre 22% pour la moyenne européenne. Dans ces jeux, les paris sportifs représentent la part la plus importante: 54% à Monaco contre 45% pour la moyenne européenne."

La fragilité des jeunes de 15-17 ans

La pratique des jeux d’argent prend de l’ampleur chez les adolescents. Elle est un peu plus marquée chez les garçons mais qui elle concerne tous les milieux socioculturels. Pourtant, la loi interdit la vente de jeux d’argent aux mineurs.

Selon une toute récente enquête "Enjeu-Mineurs" réalisée en France par la Sedap, une association de lutte contre les addictions, avec l’aide de l’Autorité nationale des jeux (ANJ), 34,8 % des personnes âgées de 15 à 17 ans ont joué au moins une fois à un jeu d’argent au cours des douze derniers mois. En 2014, ils étaient 32,9 %.

Si ce chiffre reste plutôt stable, les pratiques à risques, elles, se sont en revanche développées chez les jeunes : parmi les 15 à 17 ans interrogés, 4,5 % sont considérés comme des joueurs à risque modéré et 7,6 % comme des joueurs excessifs. Des pratiques à risques qui inquiètent, d’autant que les joueurs commencent de plus en plus tôt, ce qui favorise les risques d’addictions en raison de la jeunesse du cerveau.

"Il est essentiel de communiquer auprès des familles sur ce qui représente aujourd’hui un problème de santé majeur, au même titre que la consommation de tabac, d’alcool ou de drogues, alerte le docteur Jean-François Goldbroch, psychiatre et addictologue. Aujourd’hui, la question du jeu doit être posée par le médecin, comme celle du tabac. La recommandation c’est d’éviter les pratiques addictives avant l’âge de 25 ans qui est celui de la maturation du cerveau. Il ne faut pas interdire, mais accompagner et apprendre aux ados d’autres sources satisfactions, il faut leurrer le cerveau de l’ado. Lui proposer autre chose."

"L’addiction est une maladie comportementale et neuronale"

L’analyse de l'expert, Jean-François Goldbroch, psychiatre et addictologue, chef adjoint du service de psychiatrie et d’addictologie du CHPG

Quelle est la définition de l’addiction ?
D’abord, ce n’est pas un vice, un travers ou une mauvaise habitude. Mais bien une maladie comportementale et neuronale. L’addiction c’est perdre la liberté de s’abstenir d’un comportement qui est délétère ou toxique. Ça peut concerner une substance – comme le tabac, l’alcool, la drogue et la nourriture – ou un comportement : le sport, les comportements alimentaires, le sexe, les jeux, les écrans…

Ça se passe au niveau du cerveau ?
Oui. Le craving, qui est le signe de l’addiction, cette envie irrésistible de faire quelque chose, est de l’ordre de la pulsion. Et cela se passe au niveau des neurones.

Y a-t-il un profil type de patient ?
Les addictions sont très souvent liées à la fragilité mentale d’un individu, à son humeur, sa dépression. Elle est aussi liée à son environnement : un divorce, une période de chômage, une crise sanitaire… La force de notre service c’est de traiter à la fois l’addiction, sa cause et son retentissement.

Y a-t-il des signes qui doivent alerter ?
L’humeur, l’irritabilité, le temps passé aux jeux, la fréquence et le retentissement sur la vie familiale, professionnelle et les finances. L’addiction peut conduire parfois jusqu’à des idées suicidaires.

 

Comment se passe la prise en charge ?
Il y a d’abord la détection. Cela passe souvent par l’entourage familial ou professionnel. Concernant les jeux du casino, à Monaco nous travaillons aussi avec la SBM sur la notion de "jeu responsable". Une fois le patient détecté, il est évalué : l’historique de l’addiction, à quoi peut-elle être liée… S’il y a des traumatismes qui ont conduit à l’addiction, comme la dépression, ils doivent évidemment être traités.

Quels types de traitements sont utilisés ?
On associe plusieurs types de traitements. Les psychothérapies de groupe ou individuelle et les thérapies cognitives qui mettent en place tout ce qui est méditation et bienveillance : il s’agit de prendre soin de soi. Cela marche bien. Nous avons aussi des traitements médicamenteux qui agissent sur le craving, la pulsion au niveau des neurones, comme des opioïdes. Les stimulations magnétiques ou électriques qui agissent sur les neurones directement sur le craving sont aussi efficaces. Enfin, notamment dans l’addiction aux jeux, il y a une prise en charge sociale à mettre en place pour accompagner le patient.

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