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Comment l’Italie a accéléré la vaccination des soignants? (On a comparé avec la France)

Adoptée par l’Assemblée Nationale, confortée par le Conseil d’Etat puis en attente d’une approbation définitive par le Sénat ce vendredi, le projet de loi sur la vaccination obligatoire des soignants fait débat dans les hôpitaux français, même si les structures étaient plusieurs à noter une augmentation sensible de demandes de vaccins depuis l'annonce du projet de loi. De l’autre côté des Alpes, elle est effective depuis le mois d’avril dernier. Si la mesure a fait débat dans la Péninsule, les résultats ont été fulgurants. Aujourd’hui, selon l'Ordre national des médecins italiens, seuls 0,2% des soignants italiens ne seraient pas vaccinés. Comment l’Italie s’y est-elle prise? On a comparé les deux pays.

Flora Zanichelli Publié le 23/07/2021 à 20:00, mis à jour le 02/08/2021 à 16:24
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Des membres du personnel médical se préparent pour prendre leur service dans l'unité Covid-19 de l'hôpital Sant'Orsola-Malpighi, le 15 avril 2020 à Bologne, en Italie. AFP

360 médecins sont morts en Italie depuis le début de l’épidémie, c’est inacceptable”, s’insurge Giovanni Leoni, chirurgien, Vénitien et vice-président de la FNOMCeO, l’un des principaux syndicats de soignants italiens. Depuis le début de la pandémie, ce même syndicat liste le nom des soignants disparus sur son site. Il faut appuyer longtemps, pour faire défiler l’ensemble des noms de praticiens décédés de la Covid de l’autre côté des Alpes.

L’Italie a payé un lourd tribut et la deuxième vague, notamment, a traumatisé le pays, continue le médecin italien. Cela peut expliquer pourquoi, chez nous, les soignants se sont vaccinés aussi rapidement.” En France, il y a peu de chiffres concernant les soignants décédés de la Covid.

La Caisse autonome de retraite des médecins français (Carmf) comptabilisait, elle, 74 médecins libéraux emportés par le virus en 2020, même si le chiffre “est probablement plus élevé, les familles ne déclarant pas nécessairement le décès de leur proche”, commentait la Carmf. 

Dans les deux pays, les autres catégories de soignants ne sont pas prises en compte. 

 

La loi en Italie

Le 1er avril dernier, l’Italie a voté un décret instituant la vaccination obligatoire des soignants. Une priorité, selon le premier ministre Mario Draghi. Une stratégie mise en place pour ralentir la contamination, notamment des tranches d’âge les plus âgées, particulièrement exposées au virus.

Il est inacceptable que du personnel sanitaire non vacciné soit en contact avec des malades,” assenait alors le Premier ministre italien lors d’une conférence de presse du 26 mars. Deux mois après la publication du texte, seuls 0,2 % des soignants italiens ne sont pas vaccinés, selon les chiffres de l’Ordre des médecins.

Pour les quelque 40 000 récalcitrants, la Péninsule a prévu dans un premier temps, l’affectation à un autre poste de travail voire la prise de congé et, in fine, la suspension des contrats de travail et du versement des salaires, jusqu’à la fin de l’année. “C’est la méthode dure, concède Giovanni Leoni. Néanmoins, il faut en passer par là. Pour moi, il est inadmissible que des médecins se positionnent contre la vaccination."

 

Et en France?

Ce 19 juillet, le Conseil d’Etat a validé la vaccination obligatoire du personnel soignant contenue dans le projet de loi sur les nouvelles restrictions sanitaires. “Les soignants non vaccinés au 15 septembre ne pourront plus travailler ni ne seront payés”, a précisé le ministre de la santé Olivier Véran le 12 juillet dernier. Dès le 15 septembre, des contrôles seront opérés et des sanctions prises, a encore déclaré le ministre de la santé. Le Sénat devrait adopter définitivement la loi en cette fin de semaine. Les groupes des Républicains et des centristes ont dores et déjà annoncé qu’ils saisiront le Conseil Constitutionnel qui a le pouvoir de censurer la loi. 

Réactions des soignants

Dans la Péninsule, les avis divergent. “Ceux qui ont été en première ligne, souligne l’Ordre des médecins, ne peuvent pas douter des bénéfices de la vaccination.” En Lombardie, quelque 500 soignants ont fait recours auprès du Tribunal administratif argumentant qu’il n’existe pas de certitude sur l’efficacité et les effets des vaccins anti-covid.

Leur requête sera examinée à la rentrée et pourrait faire jurisprudence, notaient de nombreux observateurs. De premières sanctions ont été appliquées dans diverses régions italiennes, comme en Calabre, où des paies ont été suspendues. Dans le Frioul, 177 soignants qui ne s’étaient pas présentés à leur rendez-vous de vaccination ont été suspendus et seront privés de leur salaire jusqu’à la fin de l’année.

Et en France?

Plusieurs soignants se sont mobilisés un peu partout en France à la suite des annonces du gouvernement. Sur le site de l’Express, 50 soignants publient une tribune appelant l’Etat à prendre en compte les besoins de l’hôpital public, jugeant la vaccination obligatoire “contreproductive”. “Cette obligation vaccinale, écrivent-ils, survient dans un contexte très particulier : celui d'une crise majeure de l'hôpital public encore aggravée par la pandémie qui a très durement éprouvé les personnels hospitaliers pendant 18 mois. [...] Des soignants à qui l'on a dit tout et son contraire et à qui on a promis réforme après réforme, depuis 20 ans, des améliorations qui ne sont jamais arrivées.”

Les solutions mises en oeuvre en Italie

"Une réglementation trop coercitive pourrait entraîner du ressentiment, une opposition et de la défiance", constataient les professionnels italiens du secteur de la santé. Parmi les méthodes avancées pour convaincre les opposés à la vaccination avant d’entériner une suspension : campagnes d’information, demandes de lettres motivant leur refus de la part des soignants récalcitrants, identification des équipes où la vaccination est insuffisante, suppression des avantages de la profession pour les salariés non vaccinés. "La suppression du salaire et la suspension restent malheureusement les mesures les plus efficaces", poursuit Giovanni Leoni.

"Le problème, ce sont les jeunes et les personnes les plus âgées", explique Giovanni Leoni, vice-président de la FNOMCEO, l’un des principaux syndicats de soignants en Italie. "Désormais en Italie, dans certains endroits, comme en Vénétie, vous avez des rendez-vous pour la vaccination qui restent libres, personne ne s’inscrit." Pour convaincre les plus réticents et les jeunes, aujourd’hui particulièrement touchés par le variant delta, le médecin se prononce pour la réouverture des discothèques… seulement pour les gens titulaires du Greenpass (pass sanitaire italien). 

 

"Reste que le discours politique doit aussi être cohérent, poursuit Giovanni Leoni. En Italie, nous avons des leaders qui se contredisent. Prenez la Ligue du Nord, les représentants dans les régions de la Vénétie, durement touchée par l’épidémie, sont pour le vaccin tandis que Matteo Salvini, le leader du parti, ne s’est toujours pas fait vacciner."

Et en France?

Syndicats et Institutions ont des opinions qui divergent en la matière. La vaccination doit rester "un libre choix des professionnels de santé", a communiqué la CGT sur son site tandis que des organismes comme la Fédération hospitalière de France ou l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) invitaient le personnel soignant à se faire vacciner. Pour l’heure, aucune sanction n’a été appliquée et de nombreux soignants auraient demandé à se faire vacciner, même si aucun chiffre ne l’atteste.

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