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Comment le nouveau patron des pêcheurs varois veut assurer l’avenir de la pêche locale

"On est des sentinelles de la mer", affirme Geoffrey Ménard. Nouveau président du Comité départemental des pêches maritimes et des élevages marins du Var, il veut œuvrer à la protection de sa profession, mais aussi de l’environnement dans lequel il l’exerce. Avec lui, on a recensé les problèmes que rencontre la pêche artisanale et comment elle peut y faire face.

Virginie Rabisse Publié le 04/07/2022 à 19:00, mis à jour le 04/07/2022 à 18:21
Lorsqu’il a acquis son premier bateau à tout juste 18 ans, Geoffrey Ménard est devenu le plus jeune patron pêcheur de France. Aujourd’hui, âgé de 27 ans, il est certainement le plus jeune président que le Comité départemental des pêches maritimes et des élevages marins du Var ait connu. (Photo V. R.)

Il a beau être tout jeune, Geoffrey Ménard est un ancien. À 27 ans, il a déjà une longue carrière de pêcheur derrière lui. En 2013, à tout juste 18 ans, il devenait en effet le plus jeune patron de France, propriétaire de son premier bâteau, un pointu de 6 mètres. Désormais, il en a deux, en plus de son fileyeur de 12 mètres.

Passionné de pêche depuis l’âge de 6 ans et l’époque où il traînait sur les quais du port de Saint-Raphaël, à la rencontre de ceux qui deviendraient plus tard ses confrères, il s’est naturellement proposé pour prendre la suite de Pierre Morera, son prédécesseur et mentor, à la tête du Comité départemental des pêches maritimes et des élevages marins du Var. Il y a été élu président en avril dernier.

"Changer le monde ça commence par se changer soi-même", philosophe le pêcheur, qui estimait ne plus pouvoir "rester à râler sur le quai".

En réalité, Geoffrey Ménard était déjà engagé pour la préservation de la pêche locale, en tant que suppléant de Pierre Morera, le précédent président. C’est ainsi qu’il est d’ores et déjà bien au fait de l’ampleur des tâches qui l’attendent pour préserver le métier qui l’anime depuis toujours.

 

Lutter contre le braconnage

Les plaisanciers peuvent être source de pollution maritime, les mouillages des bateaux peuvent causer des dégâts au milieu et à l’habitat des espèces, notamment en endommageant les herbiers de posidonie. Mais le cheval de bataille du Comité départemental des pêches maritimes et des élevages marins du Var, de son nouveau président, comme du précédent, c’est la lutte contre le braconnage dont se rendent coupables certains particuliers. 

Un fléau pour les pêcheurs professionnels. Car, explique Geoffrey Ménard, non seulement les plaisanciers remontent parfois des quantités de poissons trop importantes, mais surtout, certains n’hésitent pas à les revendre à des restaurateurs, empiétant sur le gagne-pain des professionnels.

Ceux-ci voudraient donc limiter les quantités de prélevées par les plaisanciers – "Autour de 5 kilos ou un gros poisson par bateau" – et surtout mettre en place des garde-jurés pour s’assurer du respect de ce type règles, un peu comme ceux qui existent du côté de l’Atlantique pour la pêche aux coquillages.

Préserver la ressource

En termes de ressource halieutique, les pêcheurs varois doivent, assure Geoffrey Ménard, plus faire face à la pollution qu’à la surpêche. "Pour gagner sa vie, un petit pêcheur a besoin de ramener environ 20 kilos de poisson par jour: il s’arrête quand il a ce qu’il faut.

 

Ainsi, la profession locale reste-t-elle majoritairement artisanale, respectant des limitations de taille de poissons pêchés, de maillages de filet ou encore des zones et périodes de reproduction. Elle est en revanche soumise à une forte pression environnementale. 

"Défendre notre métier et son patrimoine, on ne le fait pas pour nous, mais pour les générations futures", martèle Geoffrey Ménard, soucieux de l’avenir de la pêche artisanale. (Photo V. R.).

De nombreuses études montrent en effet que la Méditerranée est la plus polluée des mers, avec quelque 200.000 tonnes de plastiques déversées chaque année dans ses eaux. Les pêcheurs le constatent chaque jour: "Selon les zones, en été, il arrive qu’on remonte jusqu’à 10 ou 15 kilos de déchets plastique dans nos filets", se désole le Raphaëlois. Il évoque aussi les résidus chimiques des eaux usées ou les boues rouges déversées à Gardanne, ainsi que la pollution sonore engendrée par le trafic maritimes

"On est des sentinelles de la mer, lance Geoffrey Ménard: on est en première ligne pour constater les abus." En première ligne aussi pour faire de la pédagogie, la seule arme des pêcheurs contre la pollution. "On n’hésite pas à sensibiliser les plaisanciers notamment, en leur expliquant que la mer, c’est le milieu dans lequel, nous, on travaille et que la respecter, c’est aussi respecter les pêcheurs et leur métier.

Séduire les nouvelles générations

La pêche artisanale, c’est, s'enorgueillit Geoffrey Ménard, "un véritable patrimoine, un savoir-faire, des traditions. Bref, notre identité". 

Mais cette identité, ils sont de moins en moins à la porter. Le pêcheur varois illustre: "Il y a dix ans, on était trente pêcheurs à la prud’homie de Saint-Raphaël. On n’est plus que la moitié." Le jeune homme rapporte aussi les données qu’un confrère marseillais lui aurait transmises: "Là-bas, ils étaient une centaine, ils seraient désormais moins de quarante." Et de prédire: "La population de pêcheurs disparaîtra avant la ressource!"

Pour pallier cette difficulté, il faut séduire les nouvelles générations. Mais comment? "Il faut leur expliquer que c’est le plus beau métier du monde, un métier de liberté, même s’il est difficile", lance celui qui, minot, ramassait des pièces dans l’espoir de s’acheter un bateau.

Certains pêcheurs prennent ainsi des jeunes à bord, notamment à l’occasion des stages de 3e, pour faire valoir leur profession.

"Défendre notre métier et son patrimoine, on ne le fait pas pour nous, mais pour les générations futures: il faut sauvegarder ce qu’on a déjà pour permettre aux jeunes de commencer comme il faut."

 

Affronter l’augmentation des prix du carburant

La hausse des prix du carburant touche forcément les pêcheurs de plein fouet. Les plus jeunes, encore soumis au remboursement d’emprunt, sont particulièrement affectés, tandis que les sorties des plus gros bateaux ne sont plus rentables, explique Geoffrey Ménard. 

Sur cette question, il se veut malheureusement assez fataliste. "On a juste à attendre qu’un miracle se produise, lâche-t-il. On aimerait tous prendre plus de poisson pour équilibrer la balance, mais augmenter l’effort de pêche, même si certains le font quand même, n’est pas la solution aujourd’hui." C’est en effet la ressource qui s’en trouverait affectée.

Seule possibilité, assure le patron de pêcheurs varois, c’est de "réduire la vitesse pour arriver sur zone et d’être le plus économe possible", notamment en écourtant les sorties tout en croisant les doigts pour ramener assez de poisson quand même.

Offre numérique MM+

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