Comment ce camping associatif permet de partir longtemps en vacances pour pas cher

Créé en 1937, le Groupement des campings universitaires (CGU) offre la possibilité de partir en camping à des prix défiants toute concurrence, en échange d’un peu de participation à la gestion du campement. D’abord réservé au personnel de l’Education nationale, il a depuis ouvert ses portes à tout campeur désireux d’y séjourner. Reportage à Tourrettes, dans le Var.

Flora Zanichelli Publié le 20/08/2022 à 10:00, mis à jour le 17/08/2022 à 11:50
A Tourrettes (Var), le camping GCU permet de partir en vacances à des prix défiants toute concurrence. Flora Zanichelli

"Tu nous prépares à manger Colette?". Assis sur sa chaise pliante, Kenzo, 21 ans, s’amuse alors que le réchaud de sa voisine de camping sonne, indiquant que le plat est prêt.

L’air sent bon les pins dans ce camping GCU (groupement des campeurs universitaires de France) de Tourrettes, en pays de Fayence.

S’ils ne sont que quelques vacanciers, disséminés sous les arbres, il y règne comme un esprit de famille.

Au loin, des enfants jouent tranquillement autour du terrain de pétanque, d’autres piquent une tête dans la piscine. Des rires résonnent à l’ombre des feuillages.

 

"La piscine? Elle a été construite il y a 5 ans", précise Renaud Wilson en regardant le bassin qui scintille au soleil.

25 euros la nuit pour 5 personnes

Le camping GCU de Tourrettes, en plein cœur du pays de Fayence, a tout pour séduire. Renaud Wilson est un habitué de longue date. “J’y venais avec mes parents il y a quarante ans.” 

Aujourd’hui, c’est avec ses trois fils et sa femme qu’il a traversé la France depuis Hénain-Beaumont dans le Nord. En tout, cinq semaines de vacances sous le soleil du Sud. "A 25 euros la nuit pour 5 personnes, le prix est imbattable", sourit ce professeur d’EPS.

Car c’est le principe des GCU, ces campings autogérés nés à la suite du Front Populaire, en 1937 : des tarifs défiants toute concurrence partout en France, tout au long de l’année. 44 euros la cotisation annuelle pour un adulte, 10 euros pour un jeune de 18 à 26 ans et 5 euros pour un mineur. 

Sur le site, on peut lire : "L’association, fondée en 1937 par quelques membres de la toute jeune MAAIF (la future MAIF, mutuelle des instituteurs de France, créée en 1934) "désireux de partager ensemble les joies du camping" en échange d’une modique cotisation, prône, outre la laïcité, "l’autogestion et la tolérance"."

 

"Hors saison, on a même payé 14 euros", souligne Nadège, un mari, deux enfants, venue de Wandignies Hamage (Nord) pour six semaines avant de se tourner vers Renaud : "Tu sais que la dernière fois, au retour, on s’est arrêté dans un camping : 140 euros la nuit… sans électricité". 

Et de poursuivre : "Souvent les gens me disent "ah, tu as les moyens de partir autant de temps"... Mais tout ça, c’est parce que ça ne coûte pas cher."

A l’heure où quatre Français sur dix renoncent à ses vacances, l’offre est plus qu'avantageuse. Et dans l'air du temps. 

"Le ralentissement de la croissance, la stagnation du pouvoir d’achat et l’évolution du comportement des consommateurs sont des tendances qui n’ont rien de conjoncturel", constatait déjà le socio-économiste Bernard Perret dans un article publié en 2019 sur "Les enjeux de l'économie collaborative" et qui prônait comme modèle économique viable, un modèle mixant échanges de service et profit financier.

Renaud Wilson, professeur de sport à Hénain-Beaumont, est responsable du camping et chargé de l'accueil des campeurs. Flora Zanichelli.

Conseil des campeurs et référent de jour

Si les tarifs du GCU sont aussi avantageux, ce n’est pas sans contrepartie. 

Ici, ce sont les vacanciers qui gèrent tout. Chaque campeur est ainsi appelé à donner un peu de son temps pour le bon fonctionnement de la structure. C’est le principe de ce camping autogéré. 

"On organise tout, on ne peut pas se permettre d’acheter les services de quelqu’un", explique Renaud Wilson.

 

Cette semaine, c’est d’ailleurs lui le chef de camp. Au programme : coordination des activités, organisation du conseil des campeurs, accueil des nouveaux arrivants.

"Le conseil des campeurs se tient le lundi soir à 19 heures, précise-t-il. On fait un point sur les activités de la semaine, la projection des activités à venir et … on se met d’accord sur le grand nettoyage."

Nadège s'occupe de la trésorerie. Elle est venue du Nord avec son mari et ses deux enfants. Flora Zanichelli.

Participation au bon fonctionnement

Le grand nettoyage, c’est peut-être la partie qui rebute le plus ceux qui seraient intéressés par l’expérience GCU car la tâche comprend également la partie sanitaire.

"Eh bien pourtant, je peux vous dire que c’est bien moins sale que dans certains campings classiques, confie Nadège. Les gens font beaucoup plus attention, il y a vraiment un soin particulier porté à la collectivité."

Mais "l’entretien du camping, ce n’est pas seulement les sanitaires, il concerne également l’ensemble des installations !" précise l’association sur son site. 

Le responsable de la semaine note tout dans un cahier. Flora Zanichelli.

Parmi les tâches d’entretien : nettoyer les bacs à ordure, faire le ménage de l’accueil ou de la salle de réunion, participer aux tâches d’arrosage, entretenir les caniveaux après un orage, etc. 

Nadège, elle, est la trésorière de la semaine. Penchée sur son ordinateur, elle émet les factures qui sont ensuite envoyées au siège, à Paris. 

 

Formation incendie, sensibilisation à la sécheresse et aux économies d’eau, les formations ne manquent pas.

Tout est consigné dans un registre entreposé à l’accueil. 

Si pendant la saison, ce sont les campeurs qui gèrent le camping, à l’année, le GCU dispose d’un référent terrain. "Une dame qui habite Montauroux", précise Renaud Wilson et qui s’occupe de l’entretien général.

Colette (à droite) est une figure du camping et une adhérente de longue date. Elle participe au nettoyage des douches et sanitaires. Flora Zanichelli.

48 000 adhérents à travers la France

Au départ ouverts aux seuls membres de l’Education nationale, le GCU avait une réputation de camping de profs.

"Même nous, au début, ça nous a rebutés, rigole Yannick qui venait enfant avec ses parents profs puis a repris le chemin du GCU après une pause de 14 ans. On ne voulait pas être en vacances et se retrouver à parler boulot mais finalement, c’est un sujet qui est assez peu mis sur la table."

Aujourd’hui, d’autres professions adhèrent.

Comme Gaëlle, technicienne de laboratoire en cosmétique, et Fabrice, psychomotricien. 

"Ici, c’est le bouche-à-oreille qui fonctionne, explique Renaud. Il y a ceux qui y venaient déjà enfant, d’autres qui ont connu le principe par des amis et s’en montrent satisfaits."

 
Fabrice dans la piscine du camping de Tourrettes, construite il y a 5 ans. L'année prochaine, ce seront les estivants qui devront s'en occuper. Flora Zanichelli.

Le lien avec l'Éducation nationale n’est jamais vraiment loin. "Mon père était prof", sourit Gaëlle.

En tout, une centaine de terrains sont répartis sur toute la France. Rien que dans le Var, on en compte une dizaine répartis entre le littoral et l’arrière-pays. Il y en a pour tous les goûts. 

"Le camping de Tourrettes est plutôt simple, explique Renaud. On n’a pas de commerce, pas de bar. Celui de Cavalaire-sur-Mer disposait, par exemple, déjà d’une supérette."

Si la structure de Tourrettes n’a pas accueilli autant de touristes qu’espéré cette année, les campings du bord de mer, eux, font le plein.

Gaëlle, Fabrice, Thibault et Alban apprécient l'esprit de famille qui règne au GCU. Flora Zanichelli.

Esprit de famille

“On est tous “encartés””, raconte Kenzo qui est parti l’année dernière avec des cousins et ses amis au bord de la mer. 

Colette raconte : "Quand mon fils est parti aux Etats-Unis, il a continué à payer sa cotisation."

Car, oui, le GCU, c’est presque une affaire de famille. 

"Être en GCU, c’est avoir une confiance absolue, raconte Gaëlle. Moi, je laisse mes enfants dehors, je sais qu’il ne va rien arriver, qu’il y aura toujours quelqu’un pour avoir un œil sur eux. Dans un camping classique, je serais peut-être plus sur la réserve."

Ses fils, Alban, 9 ans, et Thibault, 12 ans, acquiescent en silence. Au fur et à mesure des étés, les amitiés se créent, certaines perdurent, même. 

 

Renaud Wilson est formel : "Le fonctionnement autogéré, ça permet de créer du lien, d’entretenir des valeurs citoyennes, notamment aux enfants, comme le respect de la nature, l’environnement et les locaux."

Même si tout n’est pas toujours rose, tient cependant à préciser Renaud, "on a toujours un camping où on finit par repasser et prendre racine, parfois, un camping de cœur en quelque sorte." 

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