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Cinq heures de galère pour quinze jeunes migrants

Mis à jour le 18/03/2017 à 05:21 Publié le 18/03/2017 à 05:21
C'est le moment de se quitter. Après plusieurs heures d'attente à Breil-sur-Roya, quinze jeunes migrants ont été transférés dans un foyer à La Trinité.

C'est le moment de se quitter. Après plusieurs heures d'attente à Breil-sur-Roya, quinze jeunes migrants ont été transférés dans un foyer à La Trinité. R.M.

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Cinq heures de galère pour quinze jeunes migrants

Ils ont été transférés hier vers un foyer au col d'Èze, après cinq heures d'attente sous un abribus en face de l'hôpital de Breil-sur-Roya, entourés par les bénévoles de Roya Citoyenne

Ils sont quinze. Quinze migrants. Tous mineurs. Leurs bagages tiennent dans des cabas de supermarché en plastique. Ils sont à peine remplis. Les jeunes sont serrés les uns contre les autres, comme dans un réflexe de protection.

Aucun d'eux ne sourit. Ils iront dans un foyer à Nice, à Antibes ou ailleurs. Ils ne le savent pas encore. C'est une nouvelle épreuve vers l'inconnu, que va affronter un gamin de 12 ans. C'est le plus jeune de tous. Il ne lâche que rarement le bras d'un de ses copains de galère. Le plus âgé du groupe a 17 ans. Tous sont silencieux, immobiles, et même très sages.

Ils sont entourés de bénévoles de l'association Roya Citoyenne. Parmi eux, Cédric Herrou, qui a logé la plupart des mineurs qui partent ce matin-là. Ils sont un petit réseau à héberger, nourrir, soigner ces migrants. Des migrants qui s'engouffrent dans la vallée, croyant se rapprocher de Paris. Des passeurs leur ont expliqué qu'en laissant la mer dans leur dos au sud, et en marchant vers les cimes au nord, ils trouveront les routes du paradis, celles qui les conduiront jusqu'en Allemagne, en Angleterre ou quelque part en France. Des passeurs, qui leur ont dit qu'après Vintimille, Menton ou Nice, leur but est tout proche.

H. est Guinéen. Il parle un très bon français. Il a 16 ans. Il a mis un an pour arriver jusqu'à cet abribus, en face de l'hôpital de Breil, où un bus doit venir le chercher. Ici, en quelques secondes, tout passe ou tout casse. Il le sait. Il ne veut pas parler de son parcours mais lâche, comme s'il avait honte, avec timidité et pudeur, qu'il a vécu la violence. « Beaucoup de violence. Mais moi, j'ai eu de la chance. Pas comme d'autres en Libye, par exemple. »

Bloqués faute de place dans un foyer

Voilà le bus qui arrive. Il est 11 h 30. Cédric Herrou s'inquiète : « Mais c'est pas possible. Il n'y a que des agents de la Police aux frontières. Personne de l'Aide sociale à l'enfance. Ils ne vont pas refaire le coup d'hier. » La veille, jeudi, quatre migrants, dont un couple avec un enfant de 5 ans, ont été reconduits à Vintimille. Les gendarmes de Breil sont là aussi. Plus souriants que la PAF, ils cherchent à apaiser.

« Où vont-ils aller ? » demande Cédric Herrou. « On ne sait pas. Il n'y a de la place nulle part », répond la gendarme, tandis que la PAF s'écarte pour tenir un conciliabule.

Alertés, d'autres bénévoles de Roya Citoyenne arrivent. Parmi eux, Giby. Une petite fleur jaune pointe dans sa barbe. Il attend son procès prévu le 16 mai. Il a été contrôlé par la gendarmerie alors qu'il transportait trois migrants. « J'ai appliqué la loi des Hommes, dit-il. Je n'ai rien fait de mal. »

Les coups de fil se multiplient. Faut-il laisser partir les jeunes, au risque qu'ils soient reconduits en Italie ? Personne ne répond. Il est midi. « Il n'y a plus de place dans les foyers , répète un gendarme. Il y a eu une rébellion dans un foyer à Èze (à La Trinité, pour être précis, lire en page Côte d'Azur). On attend de savoir où les conduire. » Mais pourtant le rendez-vous n'a pas été improvisé s'interroge des citoyens. « Tant qu'on ne sait pas où ils vont, on ne les laisse pas partir. »

Un éducateur pris pour la PAF

13 h. Toujours rien. 13 h 30, Catherine Gros, une bénévole de l'association, part chercher des chips, du pain, du fromage, des sucreries et surtout de l'eau. Le soleil et l'angoisse ont assoiffé tout le monde. « C'est parti pour durer », lâche un autre bénévole. Le bus fait barrière entre, d'un côté, les migrants, de l'autre, les forces de l'ordre. Son chauffeur doit être remplacé. C'est le règlement. Il faut attendre celui qui va le relever et qui vient de Nice. PAF et gendarmes partent déjeuner.

14 h 30. Fanny, une jeune artiste qui donne des cours de français aux migrants, revient avec un ballon. Une partie de foot commence. Elle fait passer le temps.

15 h 30, toujours rien. C'est bientôt l'heure du goûter quand les gendarmes approchent à nouveau. « Mais il n'y a pas d'éducateur, on ne peut pas les laisser partir », insiste un membre de l'association Roya Citoyenne. « Mais si, l'éducateur c'est lui », dit un gendarme en pointant un homme du doigt. « Cet homme-là, si mal aimable, qui ne veut rien dire ? » L'éducateur ne s'est pas présenté, n'a pas adressé une seule fois la parole aux jeunes migrants, est resté tout le temps avec la PAF, ne s'éloignant que pour passer des coups de fil. « Je croyais qu'il était de la PAF », confie un membre de Roya Citoyenne. « Où vont aller les enfants ? », interroge un autre. « À l'Adret à Èze. » « Mais ce n'est pas là qu'il y a eu une rébellion des jeunes ce matin ? » « Ça s'est arrangé. »

Le moment de se quitter est arrivé. Les adultes prennent les enfants dans les bras. Petits et grands ont peur, mais c'est l'émotion qui l'emporte. Quitter une protection pour l'aventure encore et encore. « Il faut que ça s'arrête. En France, il y a des lois qui sont bien faites. Elles pourraient nous permettre de les accueillir dignement, mais elles ne sont pas respectées. Il faut que l'Europe prenne conscience de ce qui se passe ici », s'insurge Giby. Quelques minutes plus tard, l'abribus est redevenu quelconque. Pendant cinq heures il a abrité toute la misère du monde.


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